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Emmanuel Macron et Edouard Philippe au Palais de l'Elysée à Paris le 29 juin 2020.
Emmanuel Macron et Edouard Philippe au Palais de l'Elysée à Paris le 29 juin 2020.
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Bonnes feuilles

La "nuit du déconfinement" ou comment les dissensions entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe sur la crise sanitaire ont été révélées face au risque de poursuites judiciaires

Michaël Darmon publie "Les secrets d’un règne" aux éditions de L’Archipel. Depuis le 16 mars 2020, Emmanuel Macron s'est progressivement mué en dirigeant solitaire. Force est de constater que la pandémie de la Covid-19 a réveillé les orgueils nationaux. Et que le macronisme, qui marchait " sur deux jambes ", a changé de pied et d'électorat en cours de quinquennat. Extrait 1/2.

Michaël Darmon

Michaël Darmon

Michael Darmon est journaliste, chef du service politique de Itele.

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Dans la chronique interne du quinquennat et dans les couloirs de l’Élysée, on appelle cet épisode « la nuit du déconfinement », comme on dirait la nuit de Varennes ou le 18 Brumaire. Un événement qui marque une césure.

Dans la nuit du 10 au 11 mai 2020, le Premier ministre a voulu empêcher le déconfinement annoncé par le président depuis plusieurs semaines et auquel les Français se préparent. Le 11 mai doit marquer leur libération après une longue période d’enfermement. Les terrasses, les plages, les cinémas, les restaurants seront à nouveau autorisés à accueillir du public. C’est tout ce processus que le Premier ministre veut stopper car il manque un document signé du Conseil constitutionnel. Il est vrai que, si les Français piaffent d’impatience, nombre d’élus, d’acteurs publics et de managers de lieux publics s’inquiètent. Quelle sera leur responsabilité en cas de reprise de la contamination sur leur espace professionnel ? La loi a été votée en urgence et il ne reste qu’une dernière étape : la validation du Conseil constitutionnel. Problème : Laurent Fabius, son président, est dans sa maison à Toulouse et refuse de réunir les « sages » avant le début de la semaine. Édouard Philippe tente de lui tordre le bras, mais Fabius reste inflexible devant ses menaces de prendre les Français à témoin au « 20 heures », selon le récit des événements compilé par Le Journal du dimanche. Le Premier ministre se rend alors à l’Élysée et prévient le président que dans ces circonstances, sans couverture juridique pour la loi sur le déconfinement, il convient de le retarder. Il a même prévu de l’annoncer aux Français. L’équipe du pool accrédité de France Télévisions est en alerte.

Emmanuel Macron est sidéré : son Premier ministre est sur le point de stopper un déconfinement prévu à minuit car le dossier n’est pas complet. Deux heures avant, il faudrait tout arrêter faute de couverture juridique ? Branle-bas de combat à l’Élysée où l’attitude d’Édouard Philippe, c’est le moins que l’on puisse dire, suscite incompréhension et colère. Mais le Premier ministre ne veut rien laisser au hasard. La situation est trop grave à ses yeux. Le président, qui veut libérer le pays au plus vite, demande qu’un dispositif réglementaire soit mis en place en attendant la validation de la loi par le Conseil constitutionnel. Pour les proches du chef de l’État, il n’est pas question que celui-ci fasse les frais de ce qui est considéré comme « une erreur de Matignon qui s’est ensuite défaussé sur le secrétariat général du gouvernement ». Une fois de plus, Édouard Philippe est soupçonné de se prémunir contre toute action en justice sur cette période. La petite phrase du président – « il gère son risque pénal », en confidence à Philippe de Villiers – a ulcéré Édouard Philippe. Emmanuel Macron or‑ donne de trouver une solution. Édouard Philippe s’exécute. Réunions et appels téléphoniques se prolongent tard cette nuit-là, où les Français ont bien failli ne pas être déconfinés.

Dès lors, rien ne sera plus pareil au sein du couple exécutif. Cette soirée de tension du 10 mai marque une nouvelle étape dans la dégradation des relations entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe. Ceux qui suivent leur histoire de près comprennent que le président paraît surréagir parce qu’il « y a déjà beaucoup d’eau dans le gaz entre les deux ». Entre le classique juppéiste et le disruptif macronien, la communication devient difficile. Pour emprunter au registre du cinéma et de la télévision que tous deux affectionnent, il y a de l’« inamicalement vôtre » dans l’air.

Comme d’habitude, Édouard Philippe garde tout pour lui. Mais il sait que leurs échanges peu amènes, durant l’incident du 10 mai, s’inscrivent dans la logique de l’histoire secrète du confinement, depuis qu’Emmanuel Macron a ouvert le casting pour lui trouver un rem‑ plaçant. « Mais pourquoi est-il comme ça ? » La question revient souvent autour du couple Macron, qui ne comprend pas de quel bois est fait Philippe. Certains, fatalistes, n’ont pas de mal à expliquer sa rigidité : « Bah, il est bien un collaborateur de Juppé. »

Extrait du livre de Michaël Darmon, « Les secrets d’un règne, dans les coulisses d'un quinquennat de crises », publié aux éditions de L’Archipel

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