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Les centristes de l'UDI de Jean-Louis Borloo se réunissent tout le week-end à Poitiers.
Les centristes de l'UDI de Jean-Louis Borloo se réunissent tout le week-end à Poitiers.
©Reuters

Boîte à idées

L'UDI face au défi de la réinvention du centre

Créé il y a moins d'un an, le parti de Jean-Louis Borloo se réunit ce week-end à Poitiers pour sa première université d'été.

Alexis Massart

Alexis Massart

Alexis Massart  est directeur d'Espol, école européenne de sciences politiques et sociales de l'Université catholique de Lille.

 

 

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Créée il y a bientôt un an, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) poursuit son travail de structuration avec un espoir évident : devenir progressivement un parti qui compte sur l’échiquier politique. Cinq conditions sont à minima nécessaires pour espérer atteindre ce statu

1) Le rassemblement des Centres

C’est peu dire que le centre droit français n’a pas une tradition d’union de ses forces. Entre la démocratie-chrétienne, le radicalisme, le libéralisme, l’histoire politique est plutôt caractérisée par une division partisane récurrente que par un effort de mise en commun des forces politiques au sein d’une seule et même formation. Même l’UDF, tout en apparaissant comme l’étiquette commune des ces familles politiques, n’avait pas réussi en engager la fusion de partis qui la composaient. Cette absence de fusion explique en partie l’échec de ce parti.

Aujourd’hui, le problème est double pour l’UDI. Tout d’abord véritablement engager un fort rapprochement entre les partis qui composent la composent mais surtout, régler la problématique Modem.

Si l’électeur lambda n’a que peu de connaissances de la structure interne de l’UDI, l’existence de deux partis sur l’échiquier politique qui se revendiquent du Centre pose un vrai problème de cohérence. Même s’il existe des subtilités de positionnement, de moins en moins claires du coté de Bayrou, l’image première qui ressort est bien la cohabitation de deux partis qui souhaitent incarner le Centre. Un rapprochement entre les deux partis aurait un double avantage : une clarification de l’offre politique et une addition de leur poids électoral respectif qui ouvre la voie a des scores à deux chiffres pour les prochaines échéances électorales.

 2 ) Clarifier son identité

La notion de Centre reste parfois floue dans l’opinion publique. Le discours autonomiste de François Bayrou est venu brouiller les pistes par rapport à une image plus traditionnelle de centre droit allié à la droite républicaine. Le problème pour l’UDI est de retrouver une image claire dans son positionnement partisan entraînant une distanciation plus marquée avec une droite UMP flirtant avec des thèmes plus marqués à droite, y compris tout récemment par celui, François Fillon, qui incarnait, au travers de son héritage séguiniste,  le dernier rempart dans la course poursuite de l’UMP vers les thèmes du Front national. Attirer vers l’UDI l’électorat de droite et de centre-droite, réticent face à cette dérive, passe par une affirmation forte d’une identité politique résolument républicaine, quitte à être davantage en opposition à l’UMP.

3) Clarifier sa ligne politique

Au-delà de l’identité politique, l’UDI pêche encore par un manque de lisibilité de sa ligne idéologique et son positionnement face aux principales questions de l’agenda politique. L’UDI étant quasi exclusivement incarnée par la figure de Jean-Louis Borloo, l’analyse du positionnement de l’UDI se confond avec l’activité gouvernementale de Borloo, à savoir principalement la cohésion sociale et le grenelle de l’environnement. Si ces deux éléments sont en soit des marqueurs assez forts ils sont insuffisants pour parler d’idéologie. L’enjeu qui doit désormais être celui de l’UDI est bien d’afficher un corps de doctrine global qui soit cohérent et argumenté, et qui dépasse ainsi l’addition de réactions politiques ponctuelles. Le débat budgétaire qui s’annonce est le rendez-vous à ne pas manquer pour afficher une ligne politique claire.

4 ) Gérer la relation à l’UMP

Si, comme je l’ai indiqué auparavant, l’UDI doit pouvoir prendre ses distances avec certaines dérives droitières de l’UMP afin d’affiner son identité partisane, cela ne peut pas passer par une rupture au goût de définitif. Le système politique français, au-delà de apparition des extrêmes  garde tout de même une dimension bipolaire qui nécessite, si un parti souhaite avoir des élus, une capacité à se réunir au second tour. Peu de villes l’an prochain et peu de circonscriptions lors des prochaines législatives seront gagnées par l’UDI sans un accord de second tour avec l’UMP. Toute la subtilité est donc de créer de la différence pour attirer une partie de l’électorat sur un discours de centre-droit traditionnel sans dépasser une certaine ligne jaune qui empêcherait une alliance de deuxième tour qui, seule, peut ouvrir la voie de l’élection.

5 ) Un candidat présidentiel sinon rien

La condition ultime, pour que l’UDI devienne un grand parti ne se concrétisera que lors de la prochaine élection présidentielle. En effet, sous la 5ème République, la question de la candidature présidentielle est existentielle pour un parti politique. Notre Constitution n’a certes pas créé un régime présidentiel mais le président de la République est très rapidement devenu la clef de voûte de notre système politique. L’élection présidentielle est celle qui organise, pour 5 ans, les rapports de force au sein de l’échiquier politique. Si un parti veut compter parmi les grands partis politiques il ne peut faire l'impasse sur ce rendez-vous désormais quinquennal. En soutenant la candidature de Mitterrand en 1974 dès le 1er tour de la présidentielle, le Parti communiste s’est engagé sur la voie du déclin qui l’a quasiment fait disparaître du jeu politique. Plus proche de nous, et plus proche de l’UDI, le choix de l’UDF en 1995 de soutenir le gaulliste Balladur a été la première étape de sa disparition. Si l’UDI ne respecte pas cette règle d’or des Institutions françaises, elle deviendra un parti de seconde catégorie condamné à servir d’appoint à une coalition qu’elle ne dirigera pas et qu’elle aura peine à influencer… L’UDI aura alors été un coup pour rien.  

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