L’hôpital sera aussi victime de l’inflation | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Tribunes
Des membres du personnel soignant dans les couloirs d'un hôpital lors de la crise du Covid-19.
Des membres du personnel soignant dans les couloirs d'un hôpital lors de la crise du Covid-19.
©©MARTIN BUREAU / AFP

Système de santé

L’hôpital sera aussi victime de l’inflation

Le secteur hospitalier français, public comme privé, connaît des difficultés structurelles que la crise sanitaire a exposées aux yeux de l’opinion. La spirale inflationniste, liée à la politique monétaire actuelle et la guerre en Ukraine, fait peser un nouveau danger immédiat sur le système de santé dans sa globalité, dont les patients seront, en bout de chaîne, les victimes. Un facteur conjoncturel que les pouvoirs publics doivent prendre en compte.

Patrick de Casanove

Patrick de Casanove

Président du Cercle Frédéric Bastiat, Patrick de Casanove est docteur en médecine. Il exerce à Ondres, commune dont il a été maire de 1995 à 2001. Il est l'auteur de "Sécu, comment faire mieux" (éditions Tatamis).

Voir la bio »

L’inflation concerne -aussi- le système de santé

Si la crise sanitaire a contribué à publiciser et à imposer dans l’agenda politique les difficultés systémiques de l’hôpital public, les maux dont souffre le secteur sont bien plus anciens. D’un point de vue global, la situation actuelle est la conséquence de plusieurs dizaines d’années de rationnement pour « sauver la Sécu ». La fermeture des services a débuté bien avant la crise sanitaire et se poursuit, y compris dans les services d’urgences. 5 700 lits ont ainsi été supprimés en 2020 dans les établissements de santé français, dont plus d’une vingtaine ont définitivement fermé. Pour « faire des économies », l’ambulatoire, aspirant à généraliser la chirurgie sans nuitée, s’est largement massifiée avec son lot d’effets délétères. En effet, une part croissante des patients avec une prise en charge ambulatoire ne s’acquittent plus du tarif journalier et de lourds investissements d’adaptation sont nécessaires pour, entre autres, la reconversion des chambres.

À ces difficultés systémiques s’ajoute désormais une contrainte ponctuelle, mais aux effets dévastateurs. En effet, l’hôpital est un agent économique comme un autre. Il subit, qu’il soit public ou privé, les conséquences de l’inflation, estimée à 5,1 % cette année selon les prévisions de la Banque centrale européenne (BCE). La structure des coûts des acteurs hospitaliers est ainsi logiquement bouleversée par l’accélération générale de l’inflation et la hausse brutale, depuis fin 2021, des prix de l’énergie. Dans ce domaine précis, la hausse est ainsi estimée à 29% pour l’ensemble du secteur, électricité et gaz compris. Une hausse des coûts qui s’inscrit déjà dans un contexte tendu du fait des conséquences de la crise sanitaire sur les hôpitaux, tant dans le domaine des achats médicaux, que des surcoûts de prévoyance liés à l’absentéisme. Au niveau des recettes, la généralisation de la bascule ambulatoire, qui aspire à limiter un maximum les nuits passées à l’hôpital, affecte aussi les recettes hôtelières du secteur. Cet environnement budgétaire grève largement les capacités financières des hôpitaux et rend leurs situations difficilement tenables. 

Une réponse paramétrique de court terme est nécessaire…

Rappelons aussi que les conséquences de l’inflation ne sont pas réductibles au seul secteur hospitalier. Les EHPAD font face à des difficultés similaires pour l’ensemble de leurs dépenses courantes. Dans une très moindre mesure, la médecine de ville n’est pas épargnée. En bref, ces prochains mois sont marqués par un ensemble de signaux particulièrement inquiétants pour la pérennité de leur mission de service public.

Certes, les dépenses de Consommation de Soins et de Biens médicaux sont très significatives et représentent, en 2020, 209,2 milliards d’euros. Malgré cela, au niveau sectoriel, le besoin de financement immédiat lié à l’inflation est estimé à 2,1 milliards d’euros. Dans ce contexte, le modèle de tarification du secteur hospitalier doit évidemment être repensé pour y inclure systématiquement l’inflation et ses conséquences sur l’ensemble de la filière. 

À court terme, les pouvoirs publics ne pourront pas faire l’économie d’une hausse du tarif hospitalier, sous peine d’affaiblir durablement un secteur déjà en tension. D’autant que l’adaptation tarifaire à l’inflation se retrouve dans les autres secteurs dits « régulés », qui englobent une pluralité de filières jugées stratégiques, comme les aéroports, le secteur ferroviaire ou encore La Poste. 

… mais n’empêche en rien une réponse macroéconomique et systémique 

Les réponses tarifaires sont paramétriques et il serait faux de penser qu’une simple approche compensatrice de l’inflation suffira à résoudre la crise de l’hôpital. En effet, le secteur a la plus grande difficulté à assurer ses missions en temps normal et se retrouve rapidement submergé lors d’événements exceptionnels.

Depuis 1945 et la création de la Sécurité sociale, le secteur de la santé a été exclu du marché et s’est ainsi privé du rôle capital des prix et de ses enseignements sur l’adéquation entre l’offre de soins et les besoins en soins des populations. Les technocrates sont donc obligés de mettre en place des outils pour corriger ce manque, comme l’IFAQ chargé « de la prise en compte de la qualité ». Il faut de plus en plus de personnels pour faire tourner une machine toujours plus lourde et réglementée, au sein de laquelle la part des personnels administratifs augmente dans les établissements aux dépens des soignants. C’est, à terme, d’une réforme systémique dont l’hôpital français a besoin pour mettre fin à un système de santé qui s’incarne dans un monopole public administratif intouchable, qui multiplie le poids des contrôles et de la bureaucratie. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !