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Une habitante de Hong-Kong réfugiée à Taïwan passe devant l'idéogramme "liberté".
Une habitante de Hong-Kong réfugiée à Taïwan passe devant l'idéogramme "liberté".
©Sam Yeh / AFP

Fuir le régime

L’effet Xi Jinping : le nombre de demandeurs d’asile chinois augmente en flèche

Entre 2012 et 2020, le nombre annuel de demandeurs d'asile en provenance de Chine a été multiplié par sept. Les résidents de Hong Kong et les Ouïghours sont particulièrement concernés.

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron est géographe et spécialiste de la Chine contemporaine. Il a enseigné la géographie et la géopolitique de la Chine à l’INALCO de 2014 à 2018. Il est enseignant-chercheur associé à l'Ecole navale.

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Atlantico : Entre 2012 et 2020, le nombre annuel de demandeurs d'asile en provenance de Chine est passé de 15 362 à 107 864, selon les données du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Quel est le profil de ces demandeurs d'asile ?

Emmanuel Véron : C’est bien une réalité. Depuis une décennie environ, le nombre de demandeurs d’asile a véritablement augmenté, plus précisément de manière accrue depuis les 2017-2018. Le profil des demandeurs est sensiblement le même qu’il y a une ou deux décennies. La différence réside fondamentalement dans le nombre de demandes. La plupart sont des populations jeunes entre 20 et 40 ans, voire une génération au-dessus se répartissant pour la grande majorité d’entre eux entre des personnes de Hong Kong, des minorités nationales, précisément ouïghours. La dernière partie qui compose ses demandeurs sont des chinois Han, souhaitant quitter le territoire pour des raisons politiques, environnementales ou sociales. Toutefois, il est à noter que rapporter au volume démographique de la Chine, le nombre total des demandes reste un chiffre assez faible, qui s’explique entre autres par le contrôle interne du territoire chinois et l’enfermement de la population dans un système répressif et policier. Aussi, l’on observe des demandes chez les populations chrétiennes dans de nombreux territoires et provinces de Chine populaire.

Les demandes, qu’elles émanent de populations ouïghoures ou de Hong Kong ou d’autres franges de la sociologie chinoise, ont fortement progressé depuis 2014 et se concentrent pour la grande majorité sur quelques pays occidentaux avec en tête : Etats-Unis, Canada, Australie et Royaume-Uni. En 2020, c’est environ 70 % des demandes concernent l’Amérique du Nord comme choix migratoire. Le Royaume-Uni enregistre plusieurs dizaines de milliers de demandes et accueille des Hongkongais.

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Cette explosion des départs semble coïncider avec l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Est-ce lié ou est-ce que d'autres raisons les poussent à partir ?

Cette augmentation contrastant avec la décennie précédent l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, notamment sur le volume des demandes est liée à la dégradation des conditions de vie d’une partie de la population en Chine populaire et à Hong Kong. La situation aggravée des populations ouïghours (ou autres populations turcophones) sur tout le territoire chinois, la pression de Pékin à Hong Kong et les questions liées aux conditions de vie et des libertés d’une manière générale en Chine expliquent cette augmentation. Ainsi, les motifs de demande se sont intensifiés à la fois géographiquement et dans le temps de manière concentrée autour des sujets des droits de l’homme, d’intimidations et répressions contre les populations minoritaires et à Hong Kong et leurs familles restées ou non en Chine…

Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, c’est environ 615 000 demandes d’asile émanant de la République populaire de Chine. Ces données proviennent de l’UN HCR et le régime à Pékin continue de garder un œil sur ces questions sensibles à l’ONU.

Une autre raison serait économique, à l’instar des fuites de capitaux très massives ces 10 dernières années, et qui se sont traduites par des investissements souvent loufoques… cela renvoie à l’incertitude de la stabilité du régime et de son économie. Cette tranche de populations n’est pas sécante avec celles décrites plus haut liées aux raisons de violences, menaces, libertés etc.

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Ce phénomène est-il un sujet d'inquiétude aux yeux du pouvoir central ?

 C’est en effet un sujet important et de préoccupation pour le régime tant sur son propre territoire comme à l’international. D’un côté le nombre de demandes augmentent fortement depuis un peu moins de 10 ans, de l’autre, les procédés inquiètes Pékin. Le mode opératoire est assez régulièrement le même pour déjouer les contrôles des autorités chinoises. En premier lieu, les chinois souhaitant fuir, demande un visa de tourisme ou d’affaires puis font une demande d’asile.

Le sujet est largement devenu géopolitique. Les demandes de migrations concernent quasi essentiellement l’occident. Pour Pékin c’est une question d’image, mais aussi dans la carte ADN paranoïaque du régime, une inquiétude forte. Des ressortissants chinois fuyant la Chine pourraient révéler des secrets d’Etat ou simplement témoigner de ce qu’il se passe en Chine et décrire la vie politique, sociale, économique etc. Aussi, le sujet vient assoir un peu plus la dégradation des relations entre une partie de l’occident et la Chine. Que les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie ou alors Taïwan accueillent des ressortissants ouighours, hongkongais ou des individus prodémocraties agacent le régime de Pékin. La question des menaces et pressions sur les familles restées en Chine est cruciale, d’autant que les moyens de surveillance et de répression n’ont pas faibli ces dernières années. Pékin emploie et envoie toujours plus de policiers en Europe via les représentations consulaires afin de contrôler et le cas échéant identifier des ressortissants chinois. Le cas de ouighours est assez archétypal. Plusieurs pays du monde sont concernés de l’Afrique à l’Asie en passant par l’Europe.

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