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L'éducation nationale : cette formidable machine à produire circulaires et décrets au détriment de la créativité sociale
©Reuters

Bonnes feuilles

L'éducation nationale : cette formidable machine à produire circulaires et décrets au détriment de la créativité sociale

Un naufrage programmé ? Privatine, la mule croulant sous les fardeaux, s’est effondrée sur la place du village. Privatine ? C’est l’économie privée, la bête de somme qui soutient à bout de forces les 30 millions de personnes dépendant de la dépense publique. Accablée de charges, impôts et normes, elle est épuisée, dépassée par ses consoeurs étrangères qui caracolent loin devant. Et si Privatine venait à mourir ? Extrait de "Privatine, la mule qui souffrait d'être trop chargée" d'Irène Inchauspé et Olivier de Massy, aux Editions du Cerf (1/2).

Irène Inchauspé

Irène Inchauspé

Passée par Le Point et Challenges, Irène Inchauspé est notamment l'auteur de L'Echéance avec François de Closets et de L'Horreur fiscale avec Sylvie Hattemer. Elle est journaliste à L'Opinion.

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Olivier de Massy

Olivier de Massy

Ancien administrateur de l’Insee et ex-président de la Commission paritaire de la banque, Olivier de Massy est dirigeant d’entreprise.

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Ce qui m’a le plus énervée dans cette affaire de Code du travail, c’est que tout le monde voulait que je sois agile, plus agile encore, alors que ma charrette est tellement lourde qu’elle manque parfois de me soulever et que personne ne parlait de l’agilité du secteur public. Car moi, Privatine, je tire la charrette des dépenses publiques. Savez-vous que dans ce pays, ce sont trente millions de personnes adultes qui sont payées par les dépenses publiques ou en dépendent? Je compte les fonctionnaires, bien sûr, ceux qui travaillent pour l’État mais aussi pour les collectivités locales, ainsi que les chômeurs, les retraités, les étudiants pour partie (les études à l’université étant quasi-gratuites), les bénéficiaires de minima sociaux. Ces dépenses publiques représentent 57 % de la richesse produite chaque année par le pays. C’est ce que représentent aussi les trente millions de personnes adultes qui en dépendent: 58 % de la population adulte pour 57 % de la dépense publique. Voilà, c’est aussi simple que cela et cela démontre l’ampleur du « phénomène public » de notre royaume.

Alors qu’on me demande de tous côtés d’être agile, le roi, lui, n’envisage pas de s’attaquer à l’immobilisme de l’État et des autres administrations publiques. Droit dans ses bottes, il est heureux d’être à la tête d’une organisation centralisatrice, bureaucratique, encadré de structures pyramidales d’un autre âge. Beaucoup de gens ont réfléchi sur la manière dont on pouvait changer cela. Mais rien ne bouge. Prenez, par exemple, l’Éducation nationale.

Comme me l’a expliqué un jour une géniale professeur à la retraite (Suzanne Citron, tel est son nom), alors qu’elle devrait être le socle de la créativité sociale, elle est au contraire l’exemple d’une machine à produire circulaires et décrets. « Le ministère juxtapose une diversité d’organes: cabinet et bureau de la ministre, secrétariat, 3 inspections générales, 7 directions générales, dont la puissante Direction générale de l’enseignement scolaire (qui déploie ses propres départements, sous-directions, missions, bureaux), plus un ensemble d’organismes et de délégations: 17 régions académiques et 30 académies dont 26 métropolitaines, constituent des relais “déconcentrés” sous la tutelle de recteurs, avec cabinet, secrétariat, conseillers techniques, pôles d’activité » a-t-elle ainsi écrit. « Les rectorats d’académie se démultiplient en 97 directions départementales. Placées chacune sous la houlette d’un inspecteur d’académie et d’un adjoint, ces directions offrent à leur tour des divisions, services et bureaux » décrit ainsi Suzanne Citron.

Résultat, tout le monde se méfie de tout le monde : les professeurs des inspecteurs, ceux-ci des recteurs, les recteurs du ministère… et les élèves trinquent! On a parfois l’impression d’ailleurs que tout le monde s’en moque des élèves, ce qui est tout de même un comble. Au lieu d’empiler des réformes qui font tourner les têtes des professeurs, si je devenais un jour, moi Privatine, ministre de l’Éducation, je réformerais d’abord le ministère. À ce mammouth traînant la patte, je donnerai de la liberté, je lui permettrais de respirer. Enfin, au moins, j’essaierais. Car j’aurais sans doute fort à faire avec les hauts fonctionnaires bien installés dans la place. J’ai bien peur que très peu d’entre eux aient l’audace sacrificielle nécessaire à la mise en cause d’un système dont ils sont partie prenante.

Extrait de "Privatine, la mule qui souffrait d'être trop chargée" d'Irène Inchauspé et Olivier de Massy, aux Editions du Cerf 

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