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"L'Ecole des femmes" de Molière est à retrouver au Théâtre Le Lucernaire à Paris.
"L'Ecole des femmes" de Molière est à retrouver au Théâtre Le Lucernaire à Paris.
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"L'Ecole des femmes" de Molière : #balancetonbarbon

"L'Ecole des femmes" de Molière est à retrouver au Théâtre Le Lucernaire à Paris

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann est historien et maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lille III et à Sciences Po Paris. Il est également l'auteur de Ni bourgeois Ni prolétaires. La Défense des classes moyennes en France au XXe siècle (Seuil, 2001).

Voir la bio »

"L'Ecole des femmes" de Molière

Mise en scène : Anthony Magnier

Avec : Avec Agathe Boudrières et Eva Dumont (en alternance), Mikael Faluso, Mathieu Hornuss et Victorien Robert (en alternance).

INFOS & RÉSERVATION

Lucernaire

51 rue Notre Dame des Champs

75006 PARIS

01 45 44 57 34

http://wwwwww.lucernaire.fr

Jusqu’au 29 mai, 20h en semaine, 17h le dimanche.

Notre recommandation : EXCELLENT

THÈME

On connaît l’argument de L’École des femmes ; la compagnie Viva, qui l’interprète avec talent - Agathe Boudrière convaincante en poupée candide et apparemment manipulable ; l’expérimenté Mickael Faluso, très à l’aise dans le rôle d’un Arnolphe tragi-comique – insiste sur la dimension féministe de la pièce.

L’accent est donc mis sur les morceaux de bravoure de la pièce qui vont dans ce sens. Le propos, croise sans cesse le conflit entre générations avec celui entre tradition et émancipation, et le combine à la question de rapports de domination entre les sexes.

De plus, la volonté de souligner le carcan patriarcal imposé aux femmes en recourant au mime et à la danse s’avère assez original et pertinent. Il vient appuyer de manière convaincante la parole virtuose de Molière.

POINTS FORTS

On connaît l’argument de L’École des femmes ; la compagnie Viva, qui l’interprète avec talent - Agathe Boudrière convaincante en poupée candide et apparemment manipulable ; l’expérimenté Mickael Faluso, très à l’aise dans le rôle d’un Arnolphe tragi-comique – insiste sur la dimension féministe de la pièce.

L’accent est donc mis sur les morceaux de bravoure de la pièce qui vont dans ce sens. Le propos, croise sans cesse le conflit entre générations avec celui entre tradition et émancipation, et le combine à la question de rapports de domination entre les sexes.

De plus, la volonté de souligner le carcan patriarcal imposé aux femmes en recourant au mime et à la danse s’avère assez original et pertinent. Il vient appuyer de manière convaincante la parole virtuose de Molière.

QUELQUES RÉSERVES

Passe encore les masques en forme de groins pour appuyer le côté « farce » bien présent dans certaines pièces de Molière, mais le choix de doter les deux domestiques d’un accent francophone (canadien ou apparenté) peut laisser une impression déplaisante.

En effet, soit il s’agit de revenir à la prononciation de l’époque grâce à la « génétique théâtrale » comme Georges Forestier récemment mais alors on se demande bien pourquoi cet accent, pas utilisé dans toutes les tirades des domestiques, l’est seulement dans les dialogues ajoutés à la pièce. Soit il s’agit purement et simplement de l’accent quebecois, et cela déprécie implicitement les habitants de la « belle province », puisque c’est le parler des seuls serviteurs, qui ne brillent pas par leur intelligence dans L’école des femmes.

ENCORE UN MOT...

Le duel amusant et plein de rebondissements réjouissants entre un « blondin » avantageux et un « barbon » jaloux a pour enjeu une femme et pose la question de leur condition à l’époque (et depuis), prises qu’elles étaient (et demeurent dans nombre de sociétés) dans la mécanique implacable des projets et des désirs masculins.

Sans abus de « wokisme » ni de militantisme échevelé, il faut bien convenir que Molière, non seulement défend leur cause sans fard, mais aussi démonte les ressorts et les abus divers constitutifs de cette domination. Il signe avec cette pièce une charge contre les archaïsmes moraux et sociétaux de son temps.

Là réside la modernité de L’école des femmes qui fait qu’au-delà de la farce plaisante, 400 ans après sa naissance, Poquelin est encore joué, exploré, et célébré.

UNE PHRASE

Arnolphe : « Non, non, je ne veux point d'un esprit qui soit haut,

Et femme qui compose, en sait plus qu'il ne faut.

Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime,

Même ne sache pas ce que c'est qu'une rime ; [...]

En un mot, qu'elle soit d'une ignorance extrême;

Et c'est assez pour elle, à vous en bien parler,

De savoir prier Dieu, m'aimer, coudre, et filer.

CHRYSALDE : Une femme stupide est donc votre marotte ?

ARNOLPHE : Tant, que j'aimerais mieux une laide, bien sotte,

Qu'une femme fort belle, avec beaucoup d'esprit.

CHRYSALDE : L'esprit, et la beauté…

ARNOLPHE : L'honnêteté suffit. »

L'AUTEUR

• On se dispensera ici de rappeler l’œuvre et l’importance de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière. Il suffit d’indiquer que L’école des femmes, écrite en 1662, rencontre un immense succès, mais engendre une grande polémique, à laquelle Molière répondit dans La Critique de L’école des femmes.

• Cette pièce ne lui attira pas que des amis, notamment parmi le clan des dévots qui grouillaient à Versailles autour du roi, de ses favorites (Madame de Maintenon) et des princes du sang.

• Cela ne l’empêcha pas d’être ensuite montée par les plus grands metteurs en scène, à commencer par Louis Jouvet ou Antoine Vitez. Des comédiens de renom (Isabelle Adjani, Pierre Dux, Michel Aumont ou Pierre Arditi) firent honneur à un texte virtuose et engagé.

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