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L'activité solaire au plus bas depuis plus d’un siècle : serions-nous à la veille d'une mini ère glaciaire ?
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L'activité solaire au plus bas depuis plus d’un siècle : serions-nous à la veille d'une mini ère glaciaire ?

De nombreux scientifiques constatent une baisse de l'activité solaire plus forte et plus longue que d'habitude, ce qui pourrait provoquer une baisse des températures terrestres, voire même, selon certains, provoquer une mini-ère glaciaire d'ici trente ans. Des études à prendre toutefois avec des pincettes, car l'activité solaire est loin d'être le seul facteur capable de provoquer des changements climatiques de grande ampleur.

Serge  Planton

Serge Planton

climatologue à météofrance.

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Frédéric  Decker

Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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Atlantico : Pouvez-vous expliquer précisément ce qu'est "l'activité solaire" ?

Frédéric  Decker : On pourrait traduire le terme "activité solaire" par l'énergie et donc la chaleur dégagée par le soleil.

Elle est visible depuis la terre via le nombre de taches présentes sur la surface du soleil, qui varient en fonction de l'activité solaire. Plus l'activité solaire est basse - voire nulle, comme en ce moment - moins les tâches sont visibles.

L'activité solaire est naturellement cyclique, c'est-à-dire qu'elle croit et décroit tous les 11 ans.

L'activité solaire est en ce moment au plus bas depuis 1906. En quoi a-t-elle un impact sur la terre ?

Frédéric  Decker : Même si d'autres facteurs peuvent entrer en jeu, une forte activité solaire a tendance à réchauffer l'atmosphère, et inversement.

Une activité solaire faible ou nulle pendant une période prolongée, comme c'est particulièrement le cas depuis un an, peut donc conduire à un refroidissement des températures terrestres.

Si l'activité solaire continue d'être aussi faible sur une longue période, des chercheurs prévoient l'arrivée d'une mini-ère glaciaire d'ici trente ans. Cela vous parait-il plausible ?

Frédéric  Decker : En climatologie, tout est possible et il y a souvent de nombreuses surprises.

Mais je pense d'abord que prévoir un tel changement climatique sur une échelle de quinze à trente ans me parait trop court. Pour qu'un véritable changement de climat se produise, il faut à minima partir sur une échelle de plus de 30 ans, voire 50 ans.

Ensuite, de telles prédictions ne doivent pas se faire sur l'unique critère de l'activité solaire. Beaucoup d'autres facteurs entrent en jeu dans le changement de climat.

D'abord, il y a l'activité humaine, qui, par la génération du réchauffement climatique, contre-balance la faible activité solaire du moment. On pourrait d'ailleurs presque espérer que ces tendances se maintiennent, car cette faible activité solaire pourrait ralentir voir stopper le réchauffement climatique.

Pour qu'une mini-ère glaciaire soit prévisible, il faudrait au moins qu'on perde - toutes choses égales par ailleurs - deux degrés dans un futur très proche, ce qui est loin d'être gagné.

A l'inverse, des éruptions volcaniques intenses pourraient par exemple nous précipiter d'un seul coup dans une période glaciaire, sans que l'activité solaire n'y soit pour quelque chose. En effet, une série de fortes éruptions volcaniques enverrait beaucoup de poussières dans l'atmosphère, ce qui formerait une sorte d'écran à la lumière du soleil, et ferait chuter les températures de façon drastique.

De la même manière, la faible activité solaire de ces dernières années n'a pas empêché les années 2014 et 2015 de battre des records de chaleur, dus notamment au courant marin chaud El Niño. A l'inverse, alors que l'activité solaire était forte, la terre a connu une baisse des températures après la seconde guerre mondiale jusqu'aux années, sans doute due à une perturbation des courants marins.

Les éruptions solaires augmentent-elle l'activité solaire, et si oui ont-elles un impact sur le changement climatique ?

Frédéric  Decker : Non, les éruptions solaires n'ont pas d'influence sur la température terrestre, mais elles inquiètent tout de même les scientifiques.

Les éruptions solaires, ces tempêtes de particules et de rayons envoyés dans l'espace par notre étoile, vont parfois en direction de la Terre.

Quand une telle activité est dirigée vers la Terre, elle a le potentiel d'avoir un large impact. Cela inclut des coupures de courant, des perturbations de l'aviation, des pertes de communication et des perturbations (ou la perte) de systèmes de satellites.

A quand remonte la dernière ère glaciaire ?

Frédéric  Decker :  Par définition, le climat n'est pas linéaire. Il se réchauffe et se refroidit constamment depuis toujours. La dernière période "fraîche" remonte à la période 1950-1975, avec un re-glaciation du sud du Groenland, libéré des glaces par le brutal réchauffement des années 40. Le "petit âge glaciaire" qui s'est produit de l'an 1300 au milieu de 19e siècle fut plus frais voire froid, avec des hivers rigoureux en grand nombre et des étés souvent pourris. Mais il ne s'agissait pas d'une "ère glaciaire" à proprement parler.

La dernière véritable ère glaciaire s'est produite entre -110.000 et -10.000 ans avec un maximum d'intensité il y a environ 22.000 ans. La Manche était alors à sec. Les glaces recouvraient la majeure partie des îles Britanniques, le nord de l'Allemagne ou encore le Danemark. Durant cette longue période de 100.000 ans, la température de notre planète était environ 5 degrés plus basse qu'actuellement.

Serge  Planton : Le dernier changement climatique important remonte à la période du petit âge glaçaire, située entre 1450 et 1850. A ces échelles de temps-là, l'activité solaire a bien sûr pu jouer un rôle important dans la chute des températures, mais le volcanisme a aussi été avancé pour expliquer le phénomène, tout comme ce qu'on appelle "la variabilité interne" de la planète, c'est-à-dire les échanges d'énergie indépendants de l'activité humaine qui se produisent entre l'atmosphère, les glaciers et les océans.

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