« Jeanne D’Arc » de Monica Guerritore, « L’aquaboniste » de Jean-Benoît Patricot et « L’installation de la peur » de Rui Zink : chronique festivalière du 16 juillet | Atlantico.fr
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« Jeanne D’Arc » de Monica Guerritore, « L’aquaboniste » de Jean-Benoît Patricot et « L’installation de la peur » de Rui Zink sont à découvrir au Festival d'Avignon
« Jeanne D’Arc » de Monica Guerritore, « L’aquaboniste » de Jean-Benoît Patricot et « L’installation de la peur » de Rui Zink sont à découvrir au Festival d'Avignon
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« Jeanne D’Arc » de Monica Guerritore, « L’aquaboniste » de Jean-Benoît Patricot et « L’installation de la peur » de Rui Zink : chronique festivalière du 16 juillet

Et aussi : « Cartable » de Vincent Toujas et Gloria da Queija ; « ZZAJ (à ceux qui ratent) ».

Jean-Pierre Hané

Jean-Pierre Hané

Jean-Pierre Hané est chroniqueur pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

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Bonjour à tous,

Vous avez rendez-vous avec l'Histoire mais aussi avec le curieux et le loufoque qui sont au rendez-vous de cette nouvelle chronique avignonnaise.

Bonne lecture.

Jean-Pierre Hané 

JEANNE D’ARC – de Monica Guerritore

Théâtre du Petit Chien – à 15H45 – relâches les 11,18,25 juillet 

Mise en scène : Monica Guerritore – collaboration artistique Bénédicte Bailby, Jeanne Signé 

Avec : Séverine Gojannot

Appelée par des voix divines, la jeune Jeanne de Domrémy va partir en mission pour sauver le royaume de France pour son roi Charles VII. L’épopée de la jeune fille s’achèvera par un procès inique – seul trace de son existence. Nous assistons ici à une partie de son procès.

POINTS FORTS

La sobriété de la direction d’acteurs

La force de l’incarnation de la comédienne

La scénographie épurée, sobre et hiératique

POINTS FAIBLES

On se passerait aisément de la dernière image du spectacle qui va à mon sens contre l’intérêt du spectacle mais ce n’est que mon avis de spectateur.

ENCORE UN MOT

Dans une interprétation sobre et très engagée Severine Gojannot insuffle à cette Jeanne la ferveur désespérée des êtres irradiés par une lumière intérieure intense dont rien ne pourra ébranler les convictions. Avec des évocations cinématographiques en fond de la Jeanne d’Arc de Carl Dreyer qu’incarna la magnifique Falconetti, les cris de Jeanne retentissent et viennent rebondir contre l’inflexibilité de ses juges. La pièce a son caractère mystique qui domine toute la pièce sans jamais être prosélyte, et l’on éprouve une empathie profonde pour cet enfant courageuse dans ce monde d’hommes implacables qui surent user de son image et de sa force pour la livrer pieds et poings liés à ses bourreaux quand l’office fut fait. Il aura fallu 500 ans pour la réhabiliter et pour l’église d’en faire une sainte. Un spectacle sur le courage et l’engagement bien au-delà de son contexte religieux. Une tribune contre tous ceux qui au nom du progrès s’élevèrent contre le tribunal de l’inquisition pour revendiquer une réalité scientifique et humaine.

L’AQUABONISTE – de Jean-Benoît Patricot

Théâtre Episcène – 17H20 – relâches les 11,18,25 juillet 

Mis en scène : Jean-Benoit Patricot

Avec : Bertrand Skol

Olivier Bécaille se réveille un matin …mort ! Enfin pas tout à fait, il est déclaré mort mais entend tout mais ne peut plus bouger. Il ne peut pas parler à la femme qu’il aime et se désespère à son côté, ni aux services d’urgence… Il reprend vie quelques heures plus tard mais pour tous, il est mort. Comment faire, revenant à la vie, pour se représenter à ceux qui vous ont perdus. Tout le dilemme du personnage va être de faire des choix pour opérer un retour réussit, mais en a-t-il vraiment tous les moyens.

POINTS FORTS

La remarquable interprétation de Bertrand Skol qui développe sa palette de comédien en retenue et parfaite maîtrise.

Une création lumière parfaitement adaptée.

POINTS FAIBLES

On s’égare parfois dans les méandres de la pensée du personnage mais à situation extraordinaire… il faudra que j’y retourne, ça doit être moi.

ENCORE UN MOT

Très largement inspirée d’une nouvelle peu connue d’Emile Zola, Jean-Benoit Patricot s’est emparé d’un sujet épineux qu’il a construit comme une intrigue policière à suspens où l’on suit à la fois l’horreur de la situation et les atermoiements d’un personnage à la dérive. Olivier Bécaille est amoureux mais il est pétri de peur et de contradictions dont il va falloir qu’il se débarrasse s’il veut atteindre la sérénité et retrouver toute la force de sa passion. Un chemin parfois aux confins de l’absurde, Edgar Poe, voisine avec Ionesco et ballotte le spectateur. Plongez dans un univers étrange pour tenter avec le personnage de démêler les fils d’un piège tendue telle une araignée par la vie ou la mort, c’est vous qui déciderez.

L’INSTALLATION DE LA PEUR  - de Rui Zink 

Théâtre des halles – 19H , relâches les 13,20,27 juillet 

Mise en scène : Alain Timar 

Avec : Valérie Alane, Charlotte Adrien, Edward Decesari, Nicolas Geny, Vadim Sher 

Tandis qu’elle joue tranquillement avec son fils une mère est interrompue par l’irruption d’une étrange brigade de deux hommes venus « installer la peur » comme convenu par une directive gouvernementale. Un combat s’engage alors ces trois protagonistes sous l’œil d’une maîtresse de cérémonie et de son pianiste, démiurges intemporels de cette situation kafkaienne.

POINTS FORTS

La forme cabaret du spectacle

L’univers burlesque de la mise en scène

POINTS FAIBLES

Une forme un peu répétitive qui pourrait souffrir de petites coupes de textes

ENCORE UN MOT

La peur est le moteur de tous les temps. Elle est contrôlée, gérée pour façonner une société, une civilisation, un monde. Elle prend des formes frontales comme sournoises. Elle va être décortiquée méthodiquement par les protagonistes entourant cette femme qui lutte pied à pied pour défendre son intimité d’une telle agression. La forme loufoque de ce « cabaret singulier » très fragmenté dans sa forme, échappe à toute logique de dramaturgie ce qui lui permet ses fantaisies et ses digressions constantes. Alain Timar signe une mise en scène originale avec la complicité de comédiens qui visiblement s’amusent beaucoup à incarner ces pantins grotesques, messagers de toutes les peurs que véhiculent notre monde qui quand il n’en a pas assez est capable d’en inventer de nouvelles. L’homme est inépuisable quand il s’agite de se compliquer la vie. « Quand il croit tenir son bonheur, il le broie, sa vie est un étrange et douloureux divorce » existe-t-il un monde heureux ?

CARTABLE – de Vincent Toujas et Gloria da Queija

Alya , l’espace – à 20H45 – relâches les 12,19,26 juillet 

Mise en scène : Vincent Toujas 

Avec :Gloria Da Queija 

La classe de CE1 a une nouvelle maîtresse : Madame Tapis. Hihi ! Les premiers rires passés, elle fait connaissance avec ses nouveaux élèves aux profils très caractéristiques d’une classe de 30 enfants. La vie de l’enseignante se déroule sur une année et nous amène à assister à tous les événements qui peuvent survenir dans une classe. L’attention que la maîtresse doit porter à chacun de ses élèves. Un métier d’engagement, de responsabilité mais aussi un métier de doute, de stress, de fatigue mais pour vivre une belle année riche d’humanité partagée.

POINTS FORTS

Témoignage juste et sincère d’un monde à qui nous confiant 6 heures par jour la vie de nos enfants et à qui nous devons un respect et un merci de transmettre à notre progéniture de belles valeurs humaines.

L’interprétation de Gloria da Queija qui se fond et se confond à merveille dans cette institutrice courageuse, sans caricature, ni excès.

L’image d’une école courageuse, magnifiée par ces portraits touchants d’élèves atypiques.

Une chaise, une comédienne… rien que du jeu, un bonheur !

POINTS FAIBLES

Sur 10 , les points faibles totalisent 0

ENCORE UN MOT

La réalité d’une salle de classe et l’authenticité de la comédienne dans un rôle qu’elle a tenu en vrai à la ville pendant 10 ans , confère à ce spectacle sa vérité , sa sincérité et pousse les murs de l’école pour ceux qui communément répètent aux enseignants : « Mais comment faites-vous avec 30 élèves, j’ai déjà tant de mal avec le mien ? » C’est un métier qui s’apprend, c’est un sacerdoce et ce spectacle nous montre à quel point nous avons de la chance d’avoir ces héros du quotidien qui s’attellent à faire de nos petits monstres les démocrates et les citoyens de demain en jonglant du grand écart de l’enseignement à celui de l’éducation. Un bel hommage, un beau spectacle, drôle et tendre à la fois.

ZZAJ (à ceux qui ratent)

Théâtre Baretta – 20H30 – relâches les 10,17,24 juillet

Mise en scène : Sandrine Righeschi 

Avec : Augustin Ledieu et Mathias Lauriot Prévost 

Dans un studio de radio quelconque le patron de la station a invité le public a assisté à l’émission du jour …sans en prévenir les animateurs ! Trop tard , il faut faire avec !

Les deux présentateurs sont décontenancés quand ils apprennent la nouvelle. Panique à bord, il va falloir réaliser l’émission « Voyage au pays du jazz » avec le matériel désuet présent sur le plateau, mission impossible ou presque… heureusement le public est là …

POINTS FORTS

Une surprise musicale débridée, loufoque mais diablement swing !

POINTS FAIBLES

Je crois que je vais finir par ne plus remplir cette case

ENCORE UN MOT

N’essayez pas de prononcer le titre du spectacle vous seriez atteints de dyslexie immédiate mais laissez-vous embarquez par ces deux olibrius qui vont nous retracer l’histoire du Jazz.

On pourrait l’assimiler à un duo de clowns particulier mais c’est avant tout un duo virtuose où Augustin Ledieu coche toutes les cases de musicien, chanteur et … danseur, accompagné de Matthias Lauriot Prévost – auguste s’il en est – redoutable instrumentiste pluridisciplinaire de talent.

Jazz, be-bop, funk, gospell, blues , toutes les couleurs sont là et le public s’enflamme dans la salle. Un spectacle réjouissant !

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