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Jean-Louis Borloo : 
Les affres de l'orgueilleux
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Un jour peut-être...

Jean-Louis Borloo : Les affres de l'orgueilleux

Comprendre la personnalité et les ambitions des prétendants à la course présidentielle, c'est le défi que s'est lancé le collectif Sophocle, auteur du livre "Les Candidats et ceux qui vont compter en 2012", dont Atlantico publie les bonnes feuilles. Coup de projecteur sur l'un d'entre eux, Jean-Louis Borloo...

 Sophocle

Sophocle

Sophocle est un collectif anonyme d’une douzaine de journalistes politiques, qui publient Les candidats et ceux qui vont compter en 2012 (Editions l'Archipel, 2011).

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Fiche d’identité

Nom : Borloo

Prénom : Jean-Louis

Âge en 2012 : 61 ans

Terre d’élection : Valenciennes

Fonction principale : Jean-Louis Borloo

Sur scène : « Moi, c’est pour vous »

Dans la loge : « Aimez-moi ! »

Message subliminal : « M’essayer, c’est m’adopter »

Comprendre : « Je suis le magicien dont vous rêvez »

Arme fatale : le bagou

Défaut majeur : l’angoisse

Qualité première : l’enthousiasme

Haine primale : l’énarchie politique

Mentor politique : Edgar Faure

Secret inavouable : culpabilisé par sa réussite

Il a les rides du bonheur au coin des yeux. Quand il vante son action de ministre, son regard se plisse comme celui d’un gamin facétieux. Ses discours pourraient se ponctuer de ce gimmick : « Elle est pas simple, la vie ? »

Car, avec Jean-Louis Borloo, tout est simple et joyeux. C’est un enthousiaste. À peine installé au ministère de la Ville et de la Rénovation urbaine en 2002, il est prêt à déplacer des montagnes. Ses prédécesseurs se plaignaient du manque de crédits accordés à leur portefeuille? Lui, non. « Ce n’est pas un problème d’argent ! L’argent, il y en a, il stagne au fond des tuyaux de la machine gouvernementale, il suffit de savoir le trouver. »

Jean-Louis Borloo a l’enthousiasme communicatif. Il entraîne son auditoire comme personne. Il a le talent du camelot. Qu’importe s’il compare des chiffres, des statistiques et des situations qui n’ont rien de commun, l’essentiel c’est qu’au bout du compte l’addition soit à son crédit politique. (…)

Le jeune ambitieux, bardé de diplômes, avait tout compris du droit des faillites. Il allait au tribunal de commerce repérer les entreprises en difficulté, proposait un plan de reprise mirifique. Les banques prêtaient, son client rachetait la boîte chancelante à un prix dérisoire. Et la revendait quelque temps plus tard, dès qu’elle paraissait florissante, en empochant un beau bénéfice au passage. Sur lequel l’avocat prélevait sa dîme, évidemment. Jean-Louis Borloo était alors l’un des avocats les mieux payés d’Europe. La légende assure qu’il fut même l’un des plus riches du monde. (…)

Jean-Louis Borloo a la réputation d’être un people, un personnage médiatique. Pourtant, il est d’une rare discrétion sur sa vie privée. Il ne l’a jamais mise en scène. Bien sûr, il n’a pu éviter quelques échos sur sa relation avec Nathalie Baye. Son mariage avec la présentatrice du 20 heures Béatrice Schönberg a donné lieu à des exégèses sur le conflit d’intérêts interne au couple. Mais il ne s’étend jamais sur ses origines familiales, sur ses enfants. Il n’est pas photographié lors des rendez-vous à la mode. (…)

Après avoir donné beaucoup de retentissement à son départ du gouvernement, faute d’avoir obtenu Matignon, où est maintenu son rival François Fillon en 2010, Jean-Louis Borloo disparaît des écrans pendant plusieurs mois. Ce qui n’empêche pas son nom d’apparaître régulièrement dans la presse. (…)

Contrairement à Nicolas Sarkozy qui sature l’espace, Jean-Louis Borloo part du principe selon lequel il ne faut se montrer que quand on a quelque chose à dire. Mais quand il se montre, il se montre beaucoup. Nul ne peut ignorer son message, qui se résume souvent à cette formule conjuguée au présent ou au futur : « C’est formidable, j’ai beaucoup travaillé. Vous allez voir, moi-même je n’en reviens pas, ce que je fais est génial. Que du bonheur ! » Le message est si bien, et si énergiquement martelé, que lorsque Jean-Louis Borloo observe une abstinence médiatique, chacun est persuadé qu’il travaille à son bonheur. (…)

Il a compris que, pour grimper en politique, il faut un parti politique qui fasse la courte échelle. Il choisit Force démocrate de François Bayrou. Jean-Louis Borloo est désormais UDF. Il sera même le directeur de la campagne de François Bayrou en 2002. Mais il ne semble pas vraiment convaincu de l’avenir de son chef de file. De toute façon, ce que veut Borloo, c’est se confronter au pouvoir de gouvernement. Pour le cas où Lionel Jospin l’emporterait, il fait des offres de services à ce dernier, via François Hollande. Coup de tonnerre le 21 avril, le socialiste est éliminé. Jean-Louis Borloo rejoint Jacques Chirac.

Mais il ne fera jamais vraiment partie de la famille. Les barons de la chiraquie ne comprennent pas cet énergumène.

Plusieurs fois, Jean-Louis Borloo sera persuadé qu’il va recevoir le coup de fil annonçant sa nomination à Matignon. Il en est sûr et certain, il le confie aux journalistes bavards. Mais rien. Nada. Juste un changement de ministère, ou une rallonge à son titre.

Combien de fois Jean-Louis Borloo décroche-t-il son téléphone pour constituer son futur cabinet de Premier ministre? En 2004, mais Jean-Pierre Raffarin est reconduit. En 2005, mais Dominique de Villepin l’emporte. (…)

Pour la présidentielle de 2007, il se voit bien tenir le premier rôle. Il y croit sincèrement. Il s’organise en conséquence. Il a adhéré au Parti radical, composante de l’UMP qui pourrait être bien utile pour récolter les signatures indispensables à sa candidature présidentielle. Il croit en ses chances personnelles. Il porte surtout un jugement sévère sur les autres candidats. Mais la machine Borloo n’est pas si solide. L’homme connaît le doute. Le camelot vomit d’angoisse, parfois, quand il mesure l’ampleur de sa tâche et de sa responsabilité de ministre. Il peut être beau parleur. Mais taiseux aussi, enfermé en lui-même. Agressif, vis-à-vis de ceux qui tentent de bousculer sa nature, en ces moments de solitude. À tel point que, parfois, il ne se sent pas de taille. En mars 2007, il rallie in extremis Nicolas Sarkozy. Qui, à son tour, le fait ministre.

Et Jean-Louis Borloo se reprend à rêver de Matignon. En juin 2006, à l’Assemblée nationale, les députés UMP scandent son nom. « Vous savez pourquoi les députés m’aiment bien? Ils se disent que, si j’étais à Matignon, ils auraient plus de chance d’être réélus. Ce n’est pas faux. » Mais à l’automne 2010, les députés de la majorité sont convaincus de l’inverse. Ils ne veulent pas de Jean-Louis Borloo à Matignon. Une pluie de petites phrases critiques, méchantes et anonymes, s’abat sur l’ambitieux. Nicolas Sarkozy recule. Jean-Louis Borloo est persuadé que François Fillon était à la manœuvre, pour conserver son poste de chef du gouvernement. Il a été blessé. Pire, humilié, rejeté.

Blessure d’orgueil. Car Jean-Louis Borloo est orgueilleux. Il déteste être détesté.

Il met en scène son refus de rester au gouvernement, tout en ne commettant rien d’irréparable envers Nicolas Sarkozy. Et puis il disparaît. Il digère. Il réfléchit. À lui, à sa vie, à son avenir, à la politique. Nicolas Sarkozy lui fait miroiter le poste de Premier ministre, après 2012. Il a besoin de lui, de sa capacité à capter l’électorat centriste et écologiste. Mais pas forcément sous forme de candidature à la présidentielle. Jean-Louis Borloo hésite. Peut-il encore faire confiance à Nicolas Sarkozy ? Certains de ses amis l’encouragent à être candidat. Il n’en sera que mieux respecté par le président de la République. Il est le seul à pouvoir rassembler la grande famille du centre. Hervé Morin ne pèse rien. Jean-Louis Borloo réfléchit.

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Extrait de Sophocle,Les candidats et ceux qui vont compter en 2012(Editions l'Archipel, 2011).

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