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Inversion de la courbe du chômage... c'est pour quand ? Les projections de 4 économistes (et leurs recommandations sur ce qu'il y aurait à faire pour y parvenir)
©Reuters

L'attente

Inversion de la courbe du chômage... c'est pour quand ? Les projections de 4 économistes (et leurs recommandations sur ce qu'il y aurait à faire pour y parvenir)

Alors que le gouvernement annonce depuis des mois une prochaine inversion de la courbe du chômage, il n'en est rien et l'horizon semble de plus en plus flou.

Atlantico : Selon vous, quand peut-on espérer réellement voir la courbe du chômage s'inverser de manière claire et nette ? 

Jean Peyrelevade : La courbe selon moi ne s’inversera pas avant 2015. Le taux de croissance en effet, jusqu’à cette date restera trop faible pour générer de la création d’emplois. Le taux de croissance reste la condition indispensable pour inverser la courbe du chômage.

André Zylberberg : Je n’en sais rien, et personne n’en sait rien d’ailleurs. Si on regarde rétrospectivement toutes les prévisions qui ont été faites dans le domaine, elles ont été fausses une fois sur deux. De plus focaliser le débat sur "Hollande va-t-il réussir son pari sur le chômage" n’est pas une approche intéressante, car cela empêche de discuter de la politique à mener à moyen et long terme pour réduire le niveau de chômage.

André Fourçans : C’est bien entendu très difficile de faire avec précision ce genre de prévision. Évidemment, il arrivera bien un jour où – à force de  monter – la courbe du chômage finira par prendre le chemin inverse, M. de La Palisse n'aurait pas dit mieux ! Jusqu’à quel niveau ? Je ne le sais pas, et c'est impossible à dire. J’espère cependant que cela arrivera avant qu’on n'atteigne un taux de chômage de 20%... En  tout cas, je ne vois pas comment la tendance pourrait s’inverser dans les trois mois qui viennent. Les conditions pour que le chômage baisse ne sont pas remplies, il va donc probablement continuer d'augmenter. La partie la plus sensible, le chômage des jeunes, va rester le problème le plus aigu, même si les emplois subventionnés, dits "d'avenir", pourraient l'atténuer un peu, sans pour autant résoudre le problème de fond. 

Pascal De Lima : On connaît déjà depuis deux trimestres une certaine stabilisation de la hausse mais on n’est pas du tout dans le temps de la baisse. Une stabilisation de la hausse du chômage de façon pérenne est possible sur 2014 et à partir de la fin 2013. Mais serions-nous heureux avec 10 % de chômage ? Rien n'est moins sûr. Disons que l'hémorragie pourrait être contrôlée sur 2014. Cela ne nous aide pas beaucoup car avec un taux de chômage aussi élevé, c'est la croissance potentielle qui baisse. Sur une baisse réelle, je n’y crois cependant pas du tout. Les contrats génération et les emplois d’avenir ne sont pas des créations de vrais métiers qui permettraient de s’insérer dans la vie professionnelle. Au niveau de la zone euro, à politique structurelle stable on va probablement stabiliser la hausse du chômage, puis, entre 2014 et 2016, les États dont le taux de croissance est supérieur à 1,5% connaîtront une légère baisse du chômage.

Quelles devront-être les conditions pour que ce virage s'amorce enfin ? 

Jean Peyrelevade : Il faut faire une politique qui vienne aider notre secteur productif à redevenir compétitif, ce qui est la condition obligatoire pour refabriquer de la croissance. Les mesures que prend le gouvernement pour rendre le secteur productif plus innovant ne sont pas suffisantes. Ce sont des choses qui vont dans la bonne direction, mais qui relèvent de l’homéopathie par rapport à ce qui serait nécessaire.

André Zylberberg : Cela dépend si on vise une inversion à court terme ou à long terme. Le gouvernement semble privilégier le court terme, à coups d’emplois aidés. C’est possible de freiner ainsi la tendance, à condition qu’il n’y ait pas trop d’emplois privés détruits. Et tout cela finira par peser sur la rentabilité des entreprises. Si on veut vraiment réformer le chômage, il faut des réformes structurelles du marché du travail, envisager la flexisécurité.  

André Fourçans : Une reprise de la croissance au niveau international donnerait un bon coup de main. Il n’est pas sûr qu’elle ait lieu demain. Il est donc peu probable que la croissance française reparte prochainement tant notre pays est handicapé par toutes sortes de rigidités. Ce serait pourtant le principal espoir à court terme. L’autre possibilité, c’est la mise en œuvre de mesures structurelles qui auraient dû être prises depuis des années: favoriser l’ouverture et la flexibilité du marché du travail ; réformer en profondeur le système de formation ; revoir les procédures relatives au salaire minimum qui éjecte les jeunes hors du marché du travail ; diminuer le coût du travail par la baisse des charges et des impôts, augmenter les incitations à travailler et investir en rabaissant l'ensemble des prélèvements obligatoires, ce qui implique une baisse significative des dépenses publiques. Ce type de mesure aurait dû être mis en œuvre depuis longtemps. Quelques gouvernements ont timidement essayé, mais se sont arrêtés en chemin. Il parait douteux que le gouvernement actuel les mène à bien, à la fois pour des raisons idéologiques mais aussi politiques et électorales. 

Pascal De Lima : Bien sûr, on peut tout imaginer en matière de réformes structurelles. Mais j'ai un doute sur la question de la croissance sans un nouveau modèle économique. Il faut complètement changer de modèle et créer un système social-démocrate américain appliqué à l'Europe et mettre un terme à cette mondialisation effrénée vis-à-vis de laquelle la zone euro, d'ailleurs, est beaucoup trop exposée par rapport à d'autres zones économiques et d'autres accords commerciaux du monde entier. 

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