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INSEE : ce que l’évolution de l’espérance de vie révèle de l’état réel de la France
©GERARD JULIEN / AFP

Mi figue, mi raisin

INSEE : ce que l’évolution de l’espérance de vie révèle de l’état réel de la France

Selon une nouvelle étude de l'INSEE, l'espérance de vie continue d'augmenter en France. Une baisse de la natalité continue néanmoins d'être observée. Quelles sont les conséquences sur le vieillissement de la population ?

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico.fr : L'espérance de vie continue d'augmenter en France, à quoi est-ce dû ? Où nous situons nous par rapport aux autres grandes puissances européennes et mondiales ?

Laurent Chalard : Effectivement, en 2019, l’espérance de vie à la naissance en France a légèrement progressé, aussi bien pour les hommes (de 0,2 an) que pour les femmes (de 0,1 an) pour s’établir respectivement à 79,7 ans et 85,6 ans. La tendance à la hausse est structurelle depuis plusieurs décennies, mais on constate un ralentissement depuis une dizaine d’années. Entre 2009 et 2019, l’espérance de vie n’a progressé que de 2 ans pour les hommes et de 1,2 an pour les femmes alors qu’elle avait progressé respectivement pour chaque sexe de 2,8 ans et 1,9 an entre 1999 et 2009. La hausse de l’espérance de vie est liée à la poursuite des progrès de la médecine et à la réduction des comportements à risque au sein du sexe masculin, dont la moindre consommation de tabac au cours des dernières décennies, qui réduit le nombre de décès prématurés. Combinée à l’arrivée des générations nombreuses du baby-boom à des âges avancés, l’augmentation de l’espérance de vie contribue au vieillissement par le haut de la pyramide des âges.

Par ailleurs, par rapport à ce qui se constate dans d’autres pays développés, l’évolution française est plutôt bonne. En effet, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, l’espérance de vie diminue depuis plusieurs années, donnant l’impression d’un retournement de tendance ou tout du moins d’un plafonnement de l’espérance de vie. Pour les Etats-Unis, cela ne s’explique point par un recul de la médecine, puisque la mortalité pour les cancers recule grâce aux progrès médicaux, mais est principalement la conséquence de la crise des opioïdes à l’origine d’une importante surmortalité chez les jeunes adultes. Au Royaume-Uni, la diminution de l’espérance de vie est plus la conséquence d’une forte dégradation du système de santé suite à la crise financière de 2008, l’Etat central ayant fortement rogné sur les dépenses de santé, à l’origine d’une diminution des soins pour les plus pauvres et les personnes âgées que l’on ne soigne plus. C’est un avertissement pour la France où le gouvernement Macron a tendance à vouloir faire de même.

On continue en revanche d'observer une baisse (pourtant moindre que les dernières années) de la natalité, quelles conséquences cela a-t-il sur le vieillissement de la population ? 

Le nombre de naissances, qui s’établit à 743 000 unités pour la France entière en 2019, a diminué de 6000 unités par rapport à l’année précédente, prolongeant la tendance baissière des années précédentes. En 2019, il y a près de 90 000 naissances de moins que lors du pic de natalité constaté en 2010 du fait d’une légère baisse du nombre de femmes en âge de procréer mais surtout de la réduction de la fécondité, passée de 2 enfants par femme en 2010 à 1,87 en 2019 pour la France entière. C’est au sein des catégories populaires que la fécondité chute le plus fortement, corrélée à un retard à la première maternité, très vraisemblablement consécutif de l’évolution des mentalités avec une tendance à l’adoption du calendrier de fécondité retardé des catégories sociales supérieures par les femmes issues des classes populaires. 

Cette réduction du nombre de naissances est à l’origine d’un vieillissement par le bas de la pyramide des âges, c’est-à-dire que le pourcentage de personnes âgées dans la population totale augmente d’autant plus que le nombre de jeunes se réduit. A l’arrivée, la combinaison d’un vieillissement par le haut et par le bas de la pyramide des âges accentue le phénomène de vieillissement global, ce qui est considéré par la majorité des experts comme problématique dans l’optique de la pérennité de notre système de retraites.

Dans un contexte de réforme des retraites, qu'est-ce que tout cela nous dit de la manière dont nous considérons les personnes âgées dans notre société ? Y-a-t-il des inégalités de traitement au sein de la population ?

Comme l’a montré le débat sur les retraites, les personnes âgées sont perçues dans notre société comme des personnes à charge, c’est-à-dire qu’elles ne contribuent plus directement à la production de la richesse nationale alors qu’elles pèsent lourdement sur le budget de la santé, étant donné que c’est aux grands âges que l’être humain cumule les problèmes dans ce domaine, et qu’elles bénéficient de revenus plutôt confortables par rapport au minimum vital, surtout pour les personnes âgées vivant en couple. Il s’ensuit l’émergence d’un conflit générationnel entre des actifs, en particulier les plus jeunes d’entre eux, qui ont du mal à joindre les deux bouts alors qu’ils travaillent, et des retraités qui vivent bien souvent mieux que leurs enfants alors qu’ils ne travaillent plus.

Cependant, la situation des personnes âgées, en termes de bonne santé et d’espérance de vie, est très différenciée. D’un côté, les personnes âgées issues des catégories sociales moyennes (anciens fonctionnaires) ou favorisées, qui bénéficient des pensions de retraites les plus généreuses, vivent le plus longtemps et en bonne santé, ce qui leur permet de profiter pleinement de leur retraite, mais pèsent lourdement sur le budget des retraites, puisque les pensions les plus élevées sont perçues par ceux qui vivent le plus longtemps. D’un autre côté, les personnes âgées issues des classes populaires, en particulier celles vivant seules, perçoivent de faibles pensions alors qu’elles vivent beaucoup moins longtemps (l’écart d’espérance de vie entre les catégories sociales les plus et les moins favorisées est supérieur à 10 ans), pesant finalement peu sur le budget des retraites. Pour résumer, ce sont les retraités aisés qui creusent le déficit des retraites !

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