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Inégalités salariales : une nouvelle étude vient contredire le postulat selon lequel les femmes demanderaient moins d’augmentations que les hommes
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Inégalités salariales : une nouvelle étude vient contredire le postulat selon lequel les femmes demanderaient moins d’augmentations que les hommes

D'après une enquête réalisée par la Harvard Business Review, les femmes demanderaient autant d'augmentations de salaires que les hommes... mais les obtiendraient moins.

Cecilia García-Peñalosa

Cecilia García-Peñalosa

Cecilia García-Peñalosa est directrice de recherche Cnrs à l’Ecole d’Economie d’Aix-Marseille (AMSE) et membre du Conseil d’Analyse Economique.

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Atlantico : Alors que certaines études avaient pu faire état d'un biais féminin à demander moins souvent des augmentations de salaires que les hommes, une nouvelle recherche, publiée par la Harvard Business Review tendrait à invalider cette hypothèse. Selon les résultats publiés, les femmes demanderaient autant d'augmentations de salaires que les hommes, mais les obtiendraient que dans de plus rares occasions (15% contre 20% pour les hommes). Quelles sont les conséquences d'une telle étude concernant les causes des différences salariales entre hommes et femmes ?

Cecilia García-Peñalosa : Effectivement, l’étude d’Art, Goodall et Oswald semble contredire des résultats précédents. Il y a deux explications pour cette différence. D’abord, ce type d’étude est fortement contextualisé. Quand on parle de « attitudes » l’environnement culturel est extrêmement important. L’étude en question a été effectuée en Australie, un pays avec un gap salarial femmes-hommes particulièrement faible et qui a eu une femme comme premier ministre, Julia Gillard. Il est simplement possible que les différences entre hommes et femmes soient plus faibles en Australie que aux Etats Unis où un grand parti de ce type d’études ont étés effectués.

Une deuxième différence peut se trouver dans le type de données. Les auteurs ne dissent pas qu’il n’y a pas des différences entre les demandes des hommes et femmes, mais que ‘à caractéristiques équivalentes’ les unes font des demandes si souvent que les autres. Par exemple, les travailleurs avec plus âgés demandent plus d’augmentations que les plus jeunes, et comme il y a plus d’homme dans les tranches d’Age supérieurs, ceci implique les hommes en demandent plus souvent. L’Australie fait des enquêtes bien plus précises sur les négociations salariales qu’aucun autre pays ; il est ainsi possible que le fait d’avoir des informations plus détaillées que les travaux précédents soit la cause de la différence.

Les implications de l’étude sont importantes. Une lecture des travaux précédents était que le gap salarial étaie ‘la faut’ des femmes car elles ne demandaient pas des salaires plus élevés. Cette étude revient à la vielle question de la discrimination : si les demandes sont équivalentes mais les augmentations ne le sont pas, peut-être que les employeurs discriminent contre les femmes.

Dès lors, si les demandes entre hommes et femmes sont équivalentes, comment peut-on évaluer les causes des différences dans le traitement de ces demandes ? 

Il y a trois explications possibles. La plus simple est une discrimination consciente envers les femmes. Les employeurs les considèreront ainsi moins méritantes et sont plus réticents à donner suite à leurs demandes. Il se peut aussi que les employeurs entament une discrimination ‘implicite’ ou subconsciente. Par exemple, les femmes sont pénalisées quand elles ont des ‘attitudes masculines’  et les études d’entreprise montrent que les femmes qui mettent en place une négociation avec des supérieurs (concernant leur salaire ou un autre sujet) reçoivent des évaluations négatives de leurs supérieurs, ce qui n’est pas le cas pour les hommes. Ce type de perception pourrait amener l’employeur à moins apprécier une femme qui fait une demande et donc affecter négativement sa décision. Enfin, les aptitudes à la négociation pour son propre intérêt semblent bien différer entre les sexes : les hommes négocient plus intensément quand c’est pour son propre intérêt, les femmes quand elles le font pour autrui. Un employeur qui a vu une femme donner le tout dans une négociation pour l’entreprise pourra interpréter une attitude moins agressive comme un signal que la femme ne tient pas tant que ça à l’augmentation salariale, et par conséquent la lui refuser.

Selon cette même étude, un effet par structure d'âge permettrait de mettre en évidence, en Australie (lieu de l'étude réalisée) un lissage plus égalitaire entre jeunes hommes et jeunes femmes, laissant penser que la situation serait en voie de normalisation. Ces résultats semblent-ils cohérents avec ce que l'on peut observer ailleurs, et notamment en France ?

Effectivement, ces résultats sont en accord avec une panoplie de données en France et ailleurs. La génération Y, aujourd’hui au début de sa vie professionnel, semble avoir fait disparaitre une grand partie des différences entre les sexes, soit concernant le travail et ambitions professionnelles que les attitudes vers la famille. Par contre, ces attitudes peuvent changer. La génération X (des individus nés entre 1965 et 1979) était la première dans laquelle la réussite en matière d’éducation était équivalente entre hommes et femmes et, au moins pour les plus qualifiés, il n’y avait pas grande différence dans les premiers emplois et salaires entre les deux groupes. Avec le temps, cette génération s’est retourné vers une vision traditionnelle du genre, ce qui s’est manifesté par, en moyen, moins de réussite professionnelle pour les femmes et une division des tache ménagères biaisée. L’égalité observée lors de leur jeunesse a été ainsi en grande partie érodée.

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