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Les glaciers peuvent se révéler une source importante en archéologie.
Les glaciers peuvent se révéler une source importante en archéologie.
©Reuters

Âge de glace

Hibernatus : la nouvelle science des découvertes permises par la fonte des glaciers

Depuis la découverte d'Ötzi en 1991, une momie retrouvée congelée dans un glacier entre la frontière italienne et autrichienne, les archéologues se penchent de plus en plus sur un nouveau type d'archéologie dite "glaciaire".

Gérard Daponi

Gérard Daponi

Gérard Daponi est archéologue spécialisé dans la recherche glaciaire.

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Atlantico : Pourquoi les glaciers peuvent se révéler une source importante en archéologie aujourd'hui ? Peut-on assimiler cela à une nouvelle "science" ? Quelles découvertes y a t-on faite ?

Gérard Daponi : Les glaciers permettent de conserver des vestiges composés de matières périssables et ce pendant des millénaires. La glace préserve de façon exceptionnelle le bois, les tissus, les cuirs, la peau humaine… Seule l’archéologie lacustre permet de récolter des éléments en matière organique en si bon état.

Les vestiges ne sont pas mis au jour par des fouilles en excavation, mais apparaissent à l’air libre : il s’agit de récoltes d’objets de surface suivant la méthode de relevé archéologique traditionnelle.

De plus, les vestiges proviennent souvent de zones d’altitude et livrent des informations totalement inédites sur les parcours à travers les massifs, sur les passages, sur l’équipement des "voyageurs".

La "glacial archaeology" n’est pas véritablement une nouvelle science ; elle est totalement du ressort de l’archéologie avec ses méthodes d’investigation spécifiques ; s’y ajoutent cependant plusieurs disciplines applicables au vu de la conservation des vestiges : analyses ADN, etc.

On a déjà fait des découvertes de ce type au tournant du XIX-XXe siècle, et quelques découvertes au milieu du XXe siècle. Les recherches dans le pergélisol en Sibérie à la recherche de mammouths congelés ont été menées dès le XIXe siècle, mais ont été ciblées sur ce mammifère tout particulièrement.

Cependant le point de départ reste dans les Alpes à la découverte de la momie du Hauslabjoch Oetzi en 1991, qui a suscité de nombreux travaux et de réflexions mais dans l’immédiat peu de recherches directement orientées sur les milieux glaciaires. La mise en place d’une vraie "glacial archaeology" date du tournant du XXe au XXIe siècle (travaux des chercheurs anglo-saxons, en particulier E. James Dixon), puis s’est développée en Alaska, Canada, Norvège ; en altitude, dans les Andes et les Alpes. Une revue a vu le jour en 2014 le "Journal of Glacial Archaeology".

Quelle est la part de responsabilité du réchauffement climatique dans l'évolution de cette matière ?

Il est évident que le réchauffement climatique et la fonte accélérée des glaces entraînent en parallèle une augmentation du nombre de découvertes de vestiges et l’urgence de sauvegarder ce patrimoine en péril. 

Quelles difficultés les archéologues peuvent-ils rencontrer ?

Les difficultés sont surtout d'ordre pratique. Dans les zones septentrionales de l’hémisphère nord (Canada Alaska, Norvège, Sibérie), ce sont les étendues importantes des secteurs à prospecter qui rendent les opérations difficiles à organiser (vols hélicoptère, etc.).

Dans les Alpes, c’est surtout un problème d’accessibilité (parcours parfois dangereux, dénivelés importants, etc.) qui rendent les opérations délicates dans certains secteurs couverts de glaces.

A l'heure actuelle il y a des recherches en cours, dans les Alpes autrichiennes, dans les Alpes du Haut-Adige (vestiges de la Guerre Blanche Guerra Bianca). Mais aussi des travaux dans les Alpes suisses (canton des Grisons, dans les Alpes suisses orientales, Canton du Valais et de Berne dans les Alpes suisses occidentales)  qui visent à créer des modèles de déplacement, des modèles glaciologiques du retrait glaciaire, etc. Mais aussi des parcours, des travaux de prospection plus ou moins systématiques.

Comment la science peut-elle aider à cibler les zones à explorer ? Des programmes spéciaux sont-ils mis en place ?  Quelles sont les projections faîtes dans les prochaines années ?

Les surfaces glaciaires importantes qui sont en cours de fonte où que ce soient, rendent illusoires des opérations de prospection systématique ; il s’avère nécessaire de trouver des méthodes de travail permettant de cibler les zones les plus "sensibles".

A ce titre, l’emploi des outils appliqués dans le domaine des systèmes d’information géographique (outils SIG) s’avère très prometteur. Ces outils permettent de proposer des modèles théoriques de déplacement (hommes, animaux) dans l’espace, avec des parcours et des points de passage obligés ; l’apport de modèles glaciologiques permet également de simuler la fonte des glaces dans le futur. La conjonction de ces deux types de modèles doit permettre de proposer des zones archéologiques "sensibles", où devrait se concentrer les opérations de sauvegarde du patrimoine archéologique, un patrimoine extrêmement fragile et une source d’informations de premier plan.

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