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Hervé Mariton : "L'UMP est abîmée mais elle est vivante"
©. REUTERS/Charles Platiau

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Hervé Mariton : "L'UMP est abîmée mais elle est vivante"

Candidat à la présidence de l'UMP, le député de la Drôme expose son projet pour redresser le parti d'opposition secoué par les crises et les déchirements internes.

Hervé Mariton

Hervé Mariton

Hervé Mariton est ancien ministre, député-maire de Crest, délégué  général de L’UMP chargé du projet, et président de Droit au Cœur.

 

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Atlantico : Vous vous êtes déclaré candidat à la présidence du parti dès le 5 juin. Vous avez déclaré : "C'est sans doute une démarche atypique, venant de la personne en charge du projet du parti, mais cela a un sens : le projet doit être central pour l'avenir".  Selon vous, l'UMP souffre-t-elle de ne pas être suffisamment rassemblée autour d'un projet ?

Hervé Mariton : Le monde politique français souffre de considérer que le projet serait secondaire. Soit on considère que les idées entrainent trop loin, soit qu'elles n'entrainent pas assez loin parce que leurs conséquences opératoires ne seraient pas au rendez-vous. Certains font également l'analyse qu'à droite les idées n'auraient pas d'importance car tout dériverait du chef. Ou encore qu'à droite, l'essentiel étant dans la conservation, il n’y aurait pas la même compulsion à avoir des idées qu'à gauche. Je récuse ces hypothèses. Oui, nous devons avoir des idées audacieuses vigoureuses et en même temps nous assurer de leur réalité opératoire. Non, le seul but de la droite n'est pas la conservation. Même si je suis un des rares à m'assumer conservateur, je revendique toujours la définition que Benjamin Disraeli avait donné du conservatisme : "Conserver ce qui vaut, réforme ce qu'il faut". Et mon conservatisme est un conservatisme éclairé et qui ne récuse pas le mouvement, l'innovation, l'initiative. Enfin, tout ne dérive pas du chef parce que toute la culture politique française n'est pas dans cette idée.

Nous sommes en 2014, nous sommes dans un monde largement horizontal, et il n'y a pas d'horizontale sans verticale. L'échange, la participation, la discussion, les corps intermédiaires sont essentiels et ne dispensent pas d'un leadership et d'une autorité. Mais l'autorité en 2014 ne se décrète pas, elle doit être légitimée. Il est faux en 2014 de dire que les idées passent après le chef. L'élection c'est un homme et des idées. Plus on discute des idées, moins il reste de la place pour la pure chamaille. Je ne sous-estime pas les enjeux de personne qui font partie de la vie politique mais ces enjeux de personnes, il faut les réguler. Mais si la vie politique est faite uniquement d'enjeux de personnes alors elle est d'une violence qui la met en péril. La violence peut faire avancer en politique mais au point où nous en sommes aujourd'hui à l'UMP, la part de violence qui est en nous, nous met en péril.

L'UMP souffre donc selon-vous ne pas être rassemblée autour d'un projet ?

Ce n'est pas tant à cause de la notion de rassemblement mais plutôt en raison du poids même des idées. On trouve effectivement à l’UMP des idées et des personnes assez éloignées les unes des autres. Comme l’écrivait récemment Denis Tillinac, il existe une extrême différence entre des bobos libéraux libertaires et les souverainistes. Mais au centre de l'UMP, un ensemble tout à fait considérable d'idées, de militants, d'élus et de parlementaire possèdent des convictions bien rassemblées. Et je pense me situer sur ce créneau qui est le cœur de la droite. D'où le nom de mon mouvement "Droit au cœur". Le cœur de la droite, pour moi, c'est ce que je qualifierais de libéral pragmatique et conservateur éclairé.

Vous souhaitez proposer une"Charte de bienveillance" pour éviter que les ambitions individuelles, légitimes, ne l'emportent sur l'intérêt de notre mouvement". N'est-ce pas un peu naïf au regard des tensions qui ont déchiré le parti au cours de ses deux dernières années ?

En effet, j'ai la certitude qu'une charte de bienveillance ne suffit pas à apaiser. Mais l'on doit pouvoir, et c'est effectivement un défi, y compris pour moi dans cette élection, débattre sur des faits sans avoir des mots blessants. Je pense qu'il faut échanger, on doit pouvoir dire des choses de manière vigoureuse mais il faut absolument éviter les mots qui blessent.

Et c'est bien parce que cela ne suffit pas que je prends cet engagement tout à fait central, si je suis élu président de l'UMP, je ne serai pas candidat aux primaires. Car la confusion entre la présidence de l'UMP et les primaires est en réalité le retour inévitable à des conflits terribles. Les mêmes causes produiront les mêmes effets, le président sera accusé d'utiliser le parti à son profit et nous aurons alors de nouveau six mois après, une bataille très rude.

C'est une mission importante de présider l'UMP. La mission est de faire en sorte que le meilleur parmi nous, et justement pas le président, puisse être candidat et ait ensuite les meilleures chances de gagner. Le fait que le président ne soit pas candidat aux primaires nous offrira de meilleures chances d'inclure l'UDI dans nos primaires.

Mais êtes vous sûr que l'UDI souhaiterait participer à des primaires à l’UMP ?

Certains le voudraient. Et donc il faut enclencher une dynamique en ce sens, seul l'engagement du président de l'UMP de ne pas être candidat aux primaires permet d'enclencher cette dynamique.

L'UMP n'est pas seulement divisée par les guerres de personnes mais est également traversée par des courants qui peinent parfois à cohabiter, ce fut notamment le cas sur le projet européen. Comment faire la synthèse entre les libéraux et les conservateurs ? Est-ce seulement possible ?

Il y a de grandes différences qu'il faut accepter. Je ne suis pas partisan d'une ligne unique. J'assume tout à fait la différence au sein de l'UMP, il faut que l'on trouve une cohérence, il fait trouver une synthèse et préparer un projet pour les grandes échéances. La ligne unique est un langage soviétisant.

Sur le projet européen, lors de la convention Europe en 2013, nous étions parvenus à une synthèse.

Pourtant lors des dernières échéances, les visions sur l'Europe ne se sont-elles pas affrontées entre partisans d’une Europe plus fédérale et ceux favorables à une Europe laissant une large part aux Etats ?

En 2014, la synthèse n’a pas été faite, sans doute le contexte était plus difficile. Nous n'avons assumé que très tard, Nicolas Sarkozy l'a fait à travers sa tribune dans Le Point, la question de la revue de compétences. Néanmoins, il aurait fallu le faire plus en amont.

On a beaucoup utilisé un vocabulaire qui ne correspond pas à la réalité de l'Europe et la compréhension des citoyens aujourd'hui. Je suis favorable à une Europe qui muscle. Et l'Europe qui muscle reconnait aussi la part des Etats.

Faut-il y voir la limite de la synthèse ?

Dans une certaine mesure. Pour autant, ne flattons pas uniquement les points saillants de chacun. Les convictions sont une question de curseur, on peut être en désaccord sur un point et en accord sur un autre.  Si on s'échine à dire que tout cela est incompatible, on n'arrive pas à le démontrer.

Vous estimez également que "Le temps des ingénieurs en politique est peut-être venu" et assurer que vous maintiendriez votre candidature même face à Nicolas Sarkozy. Mais l'UMP n'a-t-elle pas justement besoin d'une personnalité comme celle de l'ancien président de la République capable de rassembler la droite ?

Je ne conteste pas l'audience de l'ancien président de la République, ni l'autorité qu'il a et ses qualités. Mais ce qui se joue aujourd'hui ce n'est pas l'élection présidentielle mais la capacité à faire fonctionner un parti.

Et en termes de propositions, il est important que notre projet soit opérationnel. Je pense qu'en politique il faut beaucoup de lettres, mais comme on le constate aujourd'hui à l'UMP, il faut aussi des comptes. Il faut une part de lyrisme mais il faut aussi un brin de rigueur et d'organisation.

Si vous étiez élu à la présidence du parti, choisiriez de vous prononcer en faveur d'un candidat pour les primaires ou resteriez-vous neutre ?

Je resterai neutre. La mission que j'assigne au président du parti est d'organiser au mieux la primaire. De faire en sorte que le parti ait le meilleur candidat, et que ce dernier ait les meilleures chances de succès à l'élection présidentielle. Tout cela n'exige pas que le président du parti prenne position. C'est une vision sans doute modeste mais vu l'état de l'UMP aujourd'hui, c'est tout de même une rude tâche.

Vous vous fixez comme mission de "Redonner confiance aux électeurs". Mais l'affaire Bygmalion qui secoue actuellement le parti alors même que les sympathisants UMP avait été invités à mettre la main au portefeuille ne décrédibilise-t-elle pas l'UMP en tant qu'organisation dans son ensemble ?

Cette affaire ne nous arrange pas, c'est évident. Il faut en tirer les conséquences et surmonter cela. Je pense que pour redonner confiance, il faut une organisation robuste. L'UMP est abîmée mais elle vivante. Mais il y a du boulot.

Par ailleurs selon l'hebdomadaire Le Point qui révèle des notes de Pierre Godet, l'expert-comptable signataire du compte de campagne pour l'Association de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy 2012, les fausses factures n'auraient concernées que l'UMP et Bygmalion et pas la campagne de Nicolas Sarkozy. Peut-on parler d'une volonté de nuire à Nicolas Sarkozy ? 

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