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Groupuscules d'extrême-droite : une menace réelle mais largement surestimée pour des raisons politiques ?
©MIGUEL MEDINA / AFP

Rapport sur les violences d'extrême-droite

Groupuscules d'extrême-droite : une menace réelle mais largement surestimée pour des raisons politiques ?

La commission d'enquête sur les violences d'extrême droite dévoilait ce jeudi son rapport.

Pierre Plottu

Pierre Plottu

Pierre Plottu est journaliste. Il dirige la rédaction de France Soir et est spécialiste des droites extrêmes et radicales. 

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Atlantico : La Commission de l'Assemblée nationale d'enquête sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite en France vient de produire ce jeudi 13 mai son rapport. Elle en tire 32 recommandations pour faire face à des organisations de plus en plus formées pour se jouer des lois en vigueur. Globalement, qu'est-ce qui vous a marqué dans ces "recommandations" ?

Pierre Plottu : Si le rapport est appliqué dans les faits, une chose importante est remarquable : le renforcement du suivi de ces groupes par les services de renseignement. C’est-à-dire donner des moyens, garantir la coordination, formation, affecter des personnes compétentes. Dans cette optique, on peut aussi comprendre le point 4 comprenant une remise annuelle d'un rapport afin d'obtenir des données statistiques dans le milieu, de la data. À terme, cela permettra de mieux suivre et gérer les missions de renseignement sur l'ultra-droite.

Le signal d'alerte avait déjà été donné en 2016 par Patrick Calvar, ancien directeur général de la sécurité intérieure. À l'époque, il pointait déjà du doigt le danger des extrêmes, eux qui "n'attendent que la confrontation […]. Cette confrontation, je pense qu'elle va avoir lieu. Encore, un ou deux attentats et elle adviendra. Il nous appartient donc d'anticiper et de bloquer tous ces groupes.» Son propos était donc d'attirer l'attention sur l'urgence sur le suivi et la prévention de cette extrême-droite.

Pour lutter contre ces groupes, la commission prévoie également de "faciliter la procédure de dissolution vis-à-vis de ces organismes, [elle] préconise donc de pouvoir sanctionner « leur inaction ou leur abstention à faire cesser de tels agissements ». Selon vous, est-ce une mesure efficace – d'autant que l'efficacité de la dissolution n'est pas véritablement prouvée, pouvant amener ses membres à déplacer dans des partis "moins" extrêmes comme c'était le cas avec le GUD et le Front national ?

Pour compléter, cela va même plus loin. Pour résumer, l'objectif de la Commission, ici, est de pouvoir rendre responsable les groupes et les associations d'actes de leurs membres. Exemple ; demain, le membre d'un groupuscule commet une infraction. Si le groupuscule ne l'exclue pas, ou du moins ne prend pas de mesures contre ce membre, le groupe peut être tenu pour responsable. C'est quelque chose qui peut avoir un impact sur des opérations non-revendiquées – le militant en question n'ayant pas mis les apparats du groupe pour ne pas les mouiller-, mais commises par des gens dont on connaît bien l'appartenance à tel ou tel groupe. 

Concernant la dissolution, et si ses membres peuvent rejoindre des groupes structurés comme le FN; c'est vrai pour le GUD, mais il a aussi créé le Bastion social qui vient d'être dissous, et qui lui-même créera autre chose. Dissoudre ne mène pas effectivement à grand-chose à partir du moment où on peut facilement recréer un autre groupe. On le voit aussi avec Yvan Benedetti, recondamné pour reconstitution de ligue dissoute, qui se proclame depuis la dissolution de son groupe toujours invariable "Président de l'œuvre française envers et contre tous". D'un autre côté, la constitution dans un groupe "normalisé", c’est-à-dire qui mène des activités spécifiques, tient un local…, amène ses militants vers une sorte de normalisation. C'est l'exemple d'Ordre Nouveau –ce qu'explique bien Nicolas Lebourg, chercheur spécialisé sur ces questions qui faisait circuler des notes internes pour dire à ses militants de se tenir à carreau pour se protéger des enquêtes à venir des journalistes ou de la police qui va interroger le voisinage. Donc, en gros, "vous êtes gentils avec les gens de l'immeuble, vous tenez la porte aux vieilles dames"… Cela mène des groupes d'inspiration violence ou fascisante vers une normalisation. Après, cela peut devenir difficile à tolérer. Exemple avec le Bastion social qui est un mouvement qui avait pour visée la promotion de choses interdites (la haine raciale, les idées fascisantes...). De pouvoir les dissoudre à partir du moment où ils deviennent trop importants, ou une action trop dangereuse pour l'ordre public, est important. Mais cela doit être couplé avec la possibilité de les condamner pour reconstitution, assurer la dissolution, et pour cela mieux suivre ces groupes.

Comme le rappelait Nicolas Lebourg, on parle d'une mouvance de 2 500 personnes, en stagnation depuis quelques années. Dans quelle mesure le risque d'attentat de l'ultra-droite relève-t-il du fantasme ou de la réalité ? Nicolas Lebourg précisait que la tentation de l'attentat était héritée de 2015 ?

Effectivement, Nicolas Lebourg parle bien des "enfants de 2015". Après, la réalité d'un potentiel passage à l'acte terroriste de militants de l'extrême-droite radicale –plus que celle d'un groupe de l'extrême droite- est matérialisée par les faits. Depuis 2002, avec la tentative d'assassinat de Jacques Chirac par Maxime Brunerie d'Unité Radicale, on au moins une tentative par an. Rien que l'année dernière, deux groupes se faisaient également arrêter : Action des Forces Opérationnelles et les Barjoles. Il y avait des projets très concrets. Pour le premier, lors de l'arrestation, les services de renseignements se sont rendu compte que l'un d'entre eux était en train de construire un laboratoire de construction d'engins explosifs.

Ce potentiel de passage à n'est pas due aux groupes, mais plus à une radicalisation des militants qui se fait principalement sur Internet via des sites de la Fachosphère –pour certains déjà très violents, pour d'autres qui sont en train de le devenir- qui portent souvent un message de guerre avec des camps identifiés (les collabos, les résistants..etc.). Pour eux, il y a une guerre ethnique, communautaire ou raciale ; c'est une guerre larvée qu'ils attendent ou cherchent à provoquer, le tout sur fond de la farfelue théorie du "Grand Remplacement". Celle-ci, d'ailleurs, nous explique que si nous ne provoquons pas aujourd'hui une guerre communautaire ou ethnique, demain nos enfants seront occupés sous la domination d'une communauté, musulmane principalement.

Propos recueillis par la rédaction

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