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Google nous transforme-t-il en robots sans mémoire?
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Mastermind

Google nous transforme-t-il en robots sans mémoire?

Grâce à Google et Internet qui nous relient à la connaissance de tous, la mémoire de l'Homme devient collective, et notre mémoire individuelle s'adapte à ce changement.

Ashley Anderson et Daphné Bavelier

Ashley Anderson et Daphné Bavelier

Daphné Bavelier est professeure de neurosciences à l’université de Rochester (New York) et directrice associée du Rochester Center for Brain Imaging.

Ashley Anderson est doctorante au département Cerveau et Sciences cognitives de l'Université de Rochester (New York).

Elles ont co-écrit cet article pour Atlantico.

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Jouer à des jeux comme les 6 degrés de Séparations avec Kevin Bacon requérait par le passé de se rappeler le casting de nombreux films. Ces jours-ci, ce jeu est devenu trivialement simple. N’importe qui peut chercher rapidement l’info sur des sites comme l’Internet Movie Database, et il y a même une application pour ça ! Dans de nombreuses situations, nous sommes de plus en plus dépendants de la recherche d’une information sur Internet plutôt que de s’en rappeler par soi-même, ce qui nous amène à la question suivante : Internet appauvrit-il notre mémorisation ?

Plus idiots ? Non !

Le Docteur Betsy Sparrow de la Columbia University, et ses co-auteurs, ne pensent pas que Google nous rend plus idiot, mais ils montrent plutôt que cela change le contenu de la mémoire. Oui, notre mémorisation des faits devient plus mauvaise, mais la mémorisation "transactive" s’est grandement améliorée. Même avant Internet, quand nous connaissions des gens qui connaissaient l’info recherchée (comme notre ami le cinéphile), nous la leur demandions plutôt que de se servir de notre propre mémoire. Avoir un accès instantané aux possibilités d'Internet est en train de rendre les gens de plus en plus dépendants de cette mémoire "transactive" et cela a changé notre méthodologie, se rappeler les faits par soi-même étant substitué à la capacité de se rappeler comment trouver ces faits.

Dans une étude récente publiée dans la revue Science Express, Sparrow et ses collègues ont intelligemment démontré ce changement en manipulant les attentes de cobayes à propos de leur accès à l’information. Si les participants estimaient être capables de trouver une information (par exemple, sur l’Internet ou un ordinateur), comment cela affectait-il leur capacité de se rappeler de l’information en elle-même ?

Capacités augmentées

Dans une série d’expériences, les participants devaient taper des faits et étaient par la suite testés sur ces faits. Durant certaines expériences, ils devaient effacer les recherches, et dans les autres ils pouvaient les sauvegarder. Les participants se remémoraient mieux les informations lorsqu’ils croyaient qu’elles allaient être effacées que lorsqu’ils croyaient qu’elles allaient être sauvegardées. Egalement, si on leur disait où les données étaient stockées, les participants se souvenaient mieux où se trouvaient les données que les données en elles-mêmes. Ce résultat frappant s’est confirmé même si les dossiers avaient des noms génériques similaires tels que « Faits » ou « Infos », élément qui aurait dû rendre la mémorisation plus difficile. Les participants se souvenaient également mieux où étaient stockées les données lorsqu’ils ne pouvaient pas se rappeler la donnée elle-même. En conséquence, Sparrow découvrit également que les gens se tournaient vers la recherche sur Internet dès que l’on leur posait une colle.

Avec la croyance que l’on peut trouver l’info à tout moment, on mobilise moins d’efforts pour se rappeler l’information, mais on en met plus pour mémoriser où retrouver cette information en cas de besoin. En agissant ainsi, nous dépendons moins de notre propre mémoire et de plus en plus sur la mémoire "transactive". La façon dont nous utilisons la technologie actuellement nous permet d’avoir accès à un plus grand nombre de mémoires. Cette dépendance à la technologie augmente également nos capacités à rechercher l’information et de se rappeler où nous l’avons trouvée. Bien que nous ne puissions plus réciter par cœur l’Odyssée d’Homère, nous savons désormais où la trouver, et encore davantage de Guillaume Apollinaire à Walt Whitman. Internet est certainement en train de changer notre mémoire, mais dans un sens cela nous permet d’avoir plus d’informations au bout des doigts.

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