France : retard de (vraies) réformes, retard de (vraie) reprise | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
France : retard de (vraies) réformes, retard de (vraie) reprise
©DAMIEN MEYER / AFP

Croissance grippée

France : retard de (vraies) réformes, retard de (vraie) reprise

La reprise attendue n'est pas encore au niveau souhaitée. La faute à des réformes importantes qui tardent à venir en France quand d'autres pays en Europe comme l'Espagne ou l'Italie les ont déjà adoptées. C'est un passage inévitable.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

Voir la bio »

L’économie ne pardonne rien : la France a longtemps repoussé ses réformes, les voisins les ont faites. Les voisins vont donc mieux, après avoir beaucoup souffert, tandis que la France découvre avec horreur le début des réductions de dépenses publiques. La France est ainsi entourée de ces pays qui vont mieux, Allemagne, Espagne … et la voilà qui compte en profiter ! Pas mal joué, mais ceci ne sera possible que si elle se réforme elle-même. Elle finira alors par aller mieux, avec plus de croissance et moins de chômage, puis une stabilisation de sa dette, puis sa baisse, mais si elle devient elle aussi plus compétitive, en prix et en qualité. Il lui faudra du temps et des efforts, en acceptant les lois de l’économie : on n’a rien sans rien, et rien tout de suite, même si on profite des circonstances !

Nous voyons désormais, en vraie grandeur, comment fonctionnent les réformes, notamment sur le marché du travail : flexibilité, dialogue social, remontée des marges d’abord, formation, et le temps qu’elles prennent. Le modèle allemand d’avant crise ou espagnol de pleine crise ont bien montré la dureté des efforts à faire pour remonter la pente, efforts qui payent toujours, mais jamais tout de suite. Nous voyons, ensuite, une fois la dynamique vertueuse enclenchée, quelle est sa puissance. L’Espagne vient ainsi d’enregistrer une croissance de 0,9% au deuxième trimestre 2017, l’Autriche de 0,8%, l’Allemagne de 0,6% et la France se félicite de son 0,5%. La France métropolitaine vit une lente amélioration de son taux de chômage à 9,3% actuellement, mais dont 4,1% sont chômeurs depuis plus d’un an, contre un maximum de 10,5% mi 2015. L’Espagne est encore à 18,4%, contre un pic à 26,1% en 2013, et l’Allemagne poursuit encore son amélioration à 3,9%, contre un pic à 11,2%… en 2005. En pourcentage, ceci n’étant bien sûr qu’un indicateur partiel, le taux de chômage français a baissé de 12% depuis son pic en France, 30% en Espagne et 65% en Allemagne. La route française sera longue : Emmanuel Macron s’est donné cinq ans pour atteindre 7% de taux de chômage. Il faudra plus pour atteindre un plein emploi, compris entre 5 et 6% - et pourquoi ne pas aller plus bas ?

La France n’aime pas l’économie et préfère la politique : l’économie se venge. Keynes serait ainsi, ici, le chantre de " la relance par la consommation " (!) et Marx celui de " la lutte contre les inégalités " (?). La France n’aime pas trop les chiffres et préfère les concepts : ils sont de fait plus agréables. Or, de 2000 à 2011, sauf en 2008, le revenu disponible nominal a crû davantage en France qu’en Allemagne. Depuis 2012, il croit moins vite – ce qui est quand même normal, avec un taux de chômage double en France. Cette modération salariale est en fait le seul moyen de retrouver de la compétitivité et d’exporter. " En même temps ", rien ne sera possible sans plus de profitabilité des entreprises qui viendra de la baisse des prélèvements fiscaux et de la simplification des demandes et structures administratives. Ceci ira donc avec moins de contrôles et de vérifications, des demandes officielles mieux faites et non répétitives, plus de modernisation et d’informatisation, des structures plus efficaces, moins en silos, et partout plus de confiance. Il y aura alors moins de dépenses publiques, avec moins de fonctionnaires, et plus de croissance et d’emplois privés. Dans cet ordre, et pas vite. C’est de l’économie, du bon sens même, mais l’explication politique devra être présente.

Le travail d’explication sur les réformes n’est pas fini, les choix et le dosage français seront décisifs. Il n’est pas sûr non plus que les réformes envisagées suffiront. Longtemps, la France a ainsi expliqué qu’il fallait refuser l’austérité (elle n’était pas seule, avec les Espagnols, les Portugais et les Grecs notamment), s’endetter même pour ne pas en rajouter, défendre les acquis sociaux et " le modèle français ", lutter contre les inégalités et soutenir le secteur public. Elle se trouve aujourd’hui, après une longue série de déficits budgétaires, avec une dette publique (officielle) égale à son PIB et un taux record de prélèvements publics. Avec évidence, les réformes sont indispensables, mais le sens de l’urgence n’est encore pas là. La dette publique se refinance en effet sans problème et les déficits sociaux et publics qui explosent partout n’angoissent pas.

Le travail d’explication des réformes est encore insuffisant, d’autant que la convergence des mesures n’est pas clarifiée : formation, fiscalité, organisation territoriale. La politique de transparence est certes nécessaire, mais l’accent mis sur la remontée par l’export est autrement plus important, autrement dit sur la compétitivité prix-qualité. C’est le juge de paix.

Les autorités vont lancer en septembre le grand plan de soutien à la croissance et à la modernisation, privée et publique, sous la houlette de Jean Pisani-Ferry. Souhaitons qu’il soit bien fait (nous n’en doutons pas), mais en appui, pour accélérer les réformes économiques et sociales menées par ailleurs. Surtout, qu’il ne soit pas " ajouté ", avec multiplicateurs keynésiens à la clef. Le risque est en effet que le " plan " ne soit mené en lieu et place des réformes, alors que profiter de la reprise en cours implique d’abord un approfondissement des mesures, dans le cadre des " ordonnances ".

Réformes avec les ordonnances, la formation et le " plan " de septembre : il n’est même pas sûr que tout ceci suffise. Les taux d’intérêt vont monter, comme l’euro, les Etats-Unis ralentir ou entrer en récession, les progrès de nos voisins nous aident certes, mais nous rendent aussi la tâche plus rude s’il s’agit d’être encore plus efficaces qu’eux, puisque nous devons augmenter notre part de marché. Notre programme d’ensemble est encore taillé trop juste, sans doute pour des raisons électorales (on a vu ce qui s’est passé avec le programme de François Fillon), sans réforme suffisante de la fiscalité et surtout des retraites. 

Le temps économique est propice aux réformes, enfin. Mais il ne pourra qu’aider, et non pas les faire en lieu et place des salariés et des patrons, des administrateurs et des administrés. Les réformes sont très en retard en France, les sous-estimer risque de nous coûter cher, tant nous, Français attendons, bien sûr, des résultats rapides ! Si nous voulons plus de 2% de croissance, nécessairement par l’export, avec une réduction du chômage, un excédent budgétaire et une réduction de la dette, il ne sert à rien de ne pas annoncer ces objectifs à moyen terme, avec ce qu’ils impliquent. 

Mais alors, pourquoi ne pas chercher des victoires rapides, sur la construction et surtout les services à la personne ? Les gouvernements précédents nous ont habitués aux " emplois aidés " et au " soutien au logement ". Les premiers ont surtout aidé à… diminuer le nombre de chômeurs, le second a fait monter les coûts de la construction. Pourquoi ne pas simplifier l’acte de bâtir et permettre de construire plus haut, avec une pause sur les normes ? Pourquoi ne pas soutenir les services à la personne avec un crédit d’impôt à effet immédiat, sans attendre un an la déduction sur l’impôt ? Etrange, pour l’activité économique la plus sensible au prix et la plus créatrice d’emploi de toutes ! Ce sont en effet 200 000 emplois à la clef en 2 ans, selon une étude d’Oliver Wyman, si l’on fait bénéficier directement de la déduction fiscale celui qui achète un service de soin ou de ménage (par exemple), grâce à un système d’escompte à organiser. Quand on réforme tard et que la situation est favorable, on doit redoubler d’imagination et de courage pour réussir… plus vite.

 

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !