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Culture de canne à sucre au Mozambique.
Culture de canne à sucre au Mozambique.
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Gloutonnerie

Quand les fonds d'investissements se partagent l'Afrique

Les investissements étrangers se multiplient en Afrique où les spéculateurs tentent de s’accaparer de plus en plus de terres agricoles. L'équivalent de la superficie de la France a d'ores et déjà été vendu en 2009. Kofi Annan s'inquiète pour le développement du continent, d'autant que ces acquisitions auraient déjà poussé des milliers d'Africains à quitter leurs fermes.

La BBC rapporte une récente étude réalisée par l'Oakland Institute, un centre de recherches militant basé en Californie, qui dénonce l'achat de milliers d'hectares de terres agricoles en Afrique au détriment des populations locales.

Selon ses auteurs, ces investissements étrangers n'apporteraient pas les bénéfices économiques promis, notamment en matière d'emplois (et tout juste en matière de salaires ; certains travailleurs agricoles voyant leur traitement passer de 50 dollars à 70 dollars). L'essentiel des capitaux transiterait par Emergent, une société de gestion d'actifs londonienne, dont ses clients auraient investi près de 500 millions de dollars (350 millions d'euros). Considérant cet investissement comme potentiellement lucratif, ces derniers espèrent en retirer un rendement de 25 %. Emergent assure que “Les fonds de dotation universitaires et les fonds de pension sont évidemment des investisseurs privilégiant le long terme. Nous investissons dans l’agriculture en Afrique, nous y créons des entreprises et des emplois. Nous le faisons avec un grand sens des responsabilités… Les sommes engagées sont élevées, pouvant atteindre des centaines de millions de dollars. Il n’y a aucune spoliation. Nous voulons augmenter la valeur des terres. La taille est un facteur important, car les économies d’échelle permettent d’accroître la productivité".

Le rapport de l'Oakland Institue souligne que toutes ces entreprises étrangères souhaitent, à travers ces investissements massifs, assurer leur main mise sur le marché mondial de l'agriculture, et se placer sur le secteur des productions liées aux énergies renouvelables.

Les entreprises chinoises et moyen-orientales ne sont pas en reste. Ces dernières se sont aussi empressées de s'accaparer de terrains agricoles gigantesques en vue d'y développer des produits alimentaires à destination de leur pays d'origine. Les biocarburants et les fleurs coupées sont égalememnt très prisés

"Cela crée une insécurité très importante qui pourrait être plus dangereuse que le terrorisme", alerte le rapport. "Pour ces investisseurs, il est très facile de conclure à une vente. Très souvent, ils proposent au chef tribal en échange de ses terres une bouteille de whisky Johnny Walker", assure la directrice de l'Institut, Anuradha Mittal. Elle ajoute : "Les même entreprises financières qui nous ont conduit à la récession mondiale en gonflant la bulle immobilière par des manœuvres financières risquées font maintenant exactement la même chose avec l'offre alimentaire mondiale".

Madame Mittal précise : "En Afrique, cela se traduit par le déplacement de petits agriculteurs, des dégâts environnementaux, des pénuries d'eau et davantage d'instabilité politique comme les émeutes de la faim qui ont précédé les révolutions tunisienne et égyptienne".

L'enquête de l'Oakland Institue, menée en Ethiopie, Tanzanie, Sud-Soudan, Sierra Leone, Mali et Mozambique, se termine par un chiffre édifiant. Les fonds de pension internationaux et autres spéculateurs auraient déjà acheté, en 2009, l'équivalent d'une superficie égale à celle de la France. L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan se dit "troublé", nous indique Business Insider : "Il n'est ni juste, ni soutenable que des terres agricoles soient ainsi mises à l'écart des communautés locales, et que des denrées alimentaires soit exportées quand la famine guette à chaque pas de porte. Les populations ne supporteront pas ces abus, et nous ne le devrions pas non plus".




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