Emmanuel Macron ne sait plus trop que faire pour la fin de son quinquennat : voilà comment il pourrait faire sortir la France par le haut <!-- --> | Atlantico.fr
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Emmanuel Macron a-t-il une chance de renverser l'opinion publique ?
Emmanuel Macron a-t-il une chance de renverser l'opinion publique ?
©Teresa SUAREZ / POOL / AFP

Inaugurer les chrysanthèmes ?

Le chef de l'Etat est-il réellement condamné à l'inaction pour la fin de son second quinquennat ?

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Frédéric Mas

Frédéric Mas

Frédéric Mas est journaliste indépendant, ancien rédacteur en chef de Contrepoints.org. Après des études de droit et de sciences politiques, il a obtenu un doctorat en philosophie politique (Sorbonne-Universités).

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Atlantico : Que pourrait faire le président de la République ? De quoi la France a-t-elle besoin ? Qu'est-ce qui est réalisable ?

Frédéric Mas : Déjà ce qui pourrait être utile c’est qu’Emmanuel Macron fasse un peu confiance à la démocratie parlementaire. Si la Macronie se trouve déboussolée aujourd’hui, c’est parce qu’elle se trouve à suivre les instructions d’un homme seul qui a organisé son propre isolement politique. 

Sur la plupart des sujets, on a la désagréable impression que l’ensemble du gouvernement comme la majorité parlementaire n’ont qu’on fonction godillot, celle d’approuver les décisions du chef de l’état quelque soit le sens de ses initiatives. Le macronisme, en un certain sens, c’est l’hyperprésidentialisation poussée à son paroxysme. Et quand l’hyperprésident hésite ou joue les girouettes, forcément, c’est tout l’édifice qui bringuebale. 

Un jour réformateur libéral, un autre planiste écolo social-démocrate, un troisième conservateur anti-immigration bon teint, plus personne ne sait sur quel pied danser avec le locataire de l’Elysée. La meilleure solution pour Macron comme pour les Français serait finalement de prendre au sérieux les institutions démocratiques de la cinquième république au lieu de chercher à les contourner ou les neutraliser pour conserver le pouvoir. Sa défiance envers le peuple lui fait oublier que les différents pouvoirs au sein d’une démocratie, les corps intermédiaires et la société civile doivent nécessairement être associés à l’exercice du pouvoir politique pour que l’action publique soit efficace.

De quoi la France a-t-elle besoin ? Pour être tout à fait franc, la France a besoin de moins de Macron et d’un peu plus de libertés. Emmanuel Macron veut tout faire, tout incarner, dans la logique du « en même temps ». Mais on ne peut pas être à la fois la startup nation et la France de la planification écologique, et cette indécision a un coût le déficit de l’État représenterait l’an prochain 45,7 % de ses ressources. En 2024, 60 % des recettes d’impôt sur le revenu (94,1 milliards d’euros attendus) serviront à financer les intérêts de la dette. En d’autres termes, la France avait besoin d’une Margaret Thatcher pour enrayer la crise du modèle social français, Emmanuel Macron a réussi à faire pire que François Hollande.

Emmanuel Macron a-t-il brûlé tous ses vaisseaux ? Son isolement actuel le condamne-t-il à l’inaction ? Là encore, la seule option qui lui reste pour durer, sans être réduit à inaugurer les chrysanthèmes, c’est de proposer de lâcher du leste, d’accepter au sein de la macronie des voix discordantes, de se mettre à l’écoute de la société civile. Au lieu de piocher dans la haute fonction publique pour s’entourer, il devrait tenter des profils politiques plus expérimentés. Il y en a beaucoup dans le pays, il doit juste surmonter la défiance qu’il cultive aussi avec le monde politique qu’il a sans doute enterrer un peu trop rapidement.

Don Diego de la Vega : Nous ne pouvons que supplier Emmanuel Macron d’arrêter de nous tirer des balles dans le pied ! Pour prendre des exemples concrets, je pense que le plan hydrogène à 7 milliards ou le plan supercalculateur à 5 milliards sont deux projets qu’il faut arrêter. Il faut également stopper tous les projets qui n’ont pas un rapport direct avec les problèmes prioritaires du pays. Quels sont-ils ? L’immigration est un sujet urgent à traiter. L’école est aussi une priorité. Si on est dans l’idée d’investir, on ne peut pas investir que matériellement. Il faut aussi investir sur le plan immatériel. L’éducation est en chute libre. Aujourd’hui, les petits français sont moins bien formés à 15 ans qu’un jeune chinois. Donc, ce n’est pas qu’un problème de budget. Retrouver un niveau convenable scolaire pour une majorité, cela pourrait être une belle priorité nationale. 

Pour réveiller le pays et son économie, il faut peut-être officialiser le divorce avec l’Allemagne et essayer de trouver de nouveaux partenaires. Nous sommes dans un mauvais couple où, en plus, notre partenaire est particulièrement instable et volage. Le panier allemand est devenu un panier percé. Les allemands sont en crise. Ils sont un peu dans une impasse et nous entraînent vers le bas. Il faut faire un divorce intelligent. 

Enfin, il faudrait être honnête et ne plus raconter d’histoires sur la croissance et le soutien à l’activité. Nous avons un recul des gains de productivité depuis plusieurs années. Nous sommes probablement en suremploi et surpayés collectivement. Donc, il faudrait arrêter de diffuser l’idée aux français qu’on va aller vers le plein emploi et augmenter les salaires. Ce n’est pas vrai. Quand on a perdu 6 points de productivité en 5 ans, il faut être réaliste. Ce qui nous attend dans les prochaines années, c’est plutôt soit des pertes d’emplois, soit des salaires qui stagnent, peut-être même les deux. Dire la vérité, ce serait une grande avancée sociale. 

Christophe Bouillaud : Au stade où nous en sommes arrivés après 6 ans de « Macronisme », il serait surtout utile qu’Emmanuel Macron daigne lui-même se reposer, ne plus lancer d’initiatives intempestives, ne plus passer son temps en micro-management de tout et de n’importe quoi en matière de politiques publiques, comme lorsqu’il a demandé des programmes d’histoire chronologiques, ne plus réagir à tout événement sans réfléchir une seconde, sans consulter des experts vraiment compétents sur la situation par rapport à laquelle il faut se positionner. La séquence ouverte le 7 octobre par l’attaque du Hamas contre Israël a été un modèle de ce qu’il ne faut surtout pas faire. De fait, plutôt que de penser à un remaniement, qui est vraiment le dernier souci des Français, notre Président ferait mieux de laisser travailler les ministres en charge des différents dossiers. 

De plus, il faut qu’Emmanuel Macron arrête d’inventer à tout bout de champ des procédures extra-parlementaires pour soi-disant faire émerger un introuvable consensus entre les forces politiques, économiques et sociales. Le Parlement, avec ses deux assemblées, est là pour cela, et j’ajouterai qu’il existe aussi le Conseil économique, social et environnemental. Les conseils de la refondation et autres discussions de St-Denis ne servent qu’à délégitimer encore plus les institutions de la République. On n’imagine que trop où cela nous mène. Toutes ces réunions Théodule, comme aurait dit un grand Président, ne servent à rien, sinon à souligner in fine l’isolement du pouvoir, son incapacité foncière à écouter vraiment. 

Par ailleurs, il faut arrêter d’annoncer à tout bout de champ des plans mirifiques organisés en 19 axes et 463 mesures, dont l’inévitable numéro vert, censés répondre à tel ou tel problème rencontré par les Français ou par un secteur de l’action publique. L’écart entre leur côté mirifique lors de leur annonce et leur néant bureaucratique et financier dans la pratique finit par être tellement visible que cela constitue une insulte au bon sens de nos concitoyens. Il vaudrait mieux faire peu, concrètement, mais vraiment. On pourrait même dans les ministères se mettre à lire les rapports de la Cour des comptes. Et aussi savoir avouer aux Français que l’on ne peut pas faire, soit par manque d’argent, soit par manque de personnel, soit par manque de compétences. Un peu d’honnêteté en la matière ne nuirait pas.

Je sais bien qu’arrêter de bombarder les médias de nouveautés, plus ou moins recuites d’ailleurs quand on regarde les mesures annoncées avec l’œil du spécialiste, supposerait que le Président Macron et le gouvernement Borne donnent du coup une impression d’immobilité. En même temps, est-ce que le « bougisme », consistant à annoncer qu’on change tout et n’importe quoi sans vraiment réfléchir aux tenants et aboutissants de ce que l’on fait, ne finit pas par lasser tout le monde ? Pour prendre un seul exemple, on parle d’une nième refonte de la formation initiale des enseignants. Vu l’enjeu s’agissant des deux corps les plus nombreux de la fonction publique d’Etat, encadrant 12 millions d’élèves, on pourrait prendre le temps d’y réfléchir avec une réelle concertation avec les professionnels concernés, plutôt que de se lancer dans une énième réforme à la hussarde, pour occuper cinq minutes de temps de cerveau disponible sur les chaînes d’info. Plus généralement, écouter vraiment, sincèrement, attentivement ce que les acteurs de terrain ont à dire sur leur secteur serait une vraie avancée : en somme, faire en 2024 ce que promettait de faire Emmanuel Macron en 2016 dans sa pré-campagne présidentielle allant faire du porte-à-porte auprès des Français. Eh oui, c’est fort ironique de rappeler que le Président le plus vertical dans son approche de la société française a commencé par prétendre avoir un programme issu des tréfonds de cette dernière. 

Rien de tout cela n’est sans doute réalisable, j’en suis bien conscient, car cela reviendrait à demander à Emmanuel Macron et à ses équipes de faire une pause, de réfléchir, d’écouter vraiment, et malheureusement, pour eux, dans l’intervalle ainsi laissé, les médias et les oppositions auraient un peu trop le temps de leur côté de faire le bilan du désastre qu’a été la gestion macroniste du pays depuis 2017. Le « bougisme » macroniste est un indispensable écran de fumée qui permet de ne surtout pas faire le bilan. Un problème, une annonce. Toujours, tout le temps. En arrêtant, la chute n’est que trop probable.

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