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Pourquoi la campagne présidentielle 2012 n'a pas grand chose à voir avec celle de 2007
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Souvenirs, souvenirs...

Pourquoi la campagne présidentielle 2012 n'a pas grand chose à voir avec celle de 2007

La crise est passée par là et les personnalités des candidats portent des différences idéologiques loin d'être négligeables.

Raphaëlle  Bacqué, Carole Barjon, Michaël Darmon,Christian de Villeneuve, Joseph Macé-Scaron

Raphaëlle Bacqué, Carole Barjon, Michaël Darmon,Christian de Villeneuve, Joseph Macé-Scaron

Raphaëlle Bacqué est journaliste. Elle est actuellement grand reporter au journal Le Monde.

Carole Barjon est journaliste. Elle est Rédactrice en chef adjointe du service Politique du Nouvel Observateur.

Michaël Darmon est journaliste. Il officie sur la chaîne d'information en continu i>Télé comme éditorialiste politique et intervieweur.

Christian de Villeneuve est journaliste. Il est l'ancien directeur des rédactions du Parisien, du Journal du Dimanche et France Soir.

Joseph Macé-Scaron est journaliste et essayiste. Il est directeur adjoint de l'hebdomadaire Marianne.

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Atlantico : En quoi la campagne présidentielle de 2012 est-elle différente de celle de 2007 ?

Carole Barjon : La principale différence est bien entendu la crise économique et financière. En 2007, elle n'était présente que de manière sous-jacente. Aujourd’hui, les électeurs ressentent que le modèle social français est menacé. 

Raphaëlle Bacqué : La crise économique contraint aujourd’hui les programmes et la parole des candidats. La campagne est donc plus grave et plus sérieuse. Les électeurs sont aussi beaucoup plus sceptiques du fait de cette crise. Par ailleurs, en 2007, les deux principaux candidats avaient le même profil, ils étaient de la même génération - ce qui était une chose nouvelle par rapport aux élections précédentes - et étaient tous les deux politiquement dans la transgression par rapport à leur camp.  

Michaël Darmon : La différence fondamentale est qu'en 2007, il fallait remplacer quelqu'un qui s'en allait, en l'occurrence Jacques Chirac. En 2012, le Président sortant, Nicolas Sarkozy, espère réaliser l'exploit politique de la Cinquième République : être réélu en majorité sortante. Cela ne s'est jamais produit : jusqu'à présent, les Présidents sortants qui ont été réélus, ne l'ont été qu'en période de cohabitation. En outre, l'une des particularités de cette campagne c'est que ses évènements marquant se sont déroulés avant son commencement. Je pense à l'affaire Strauss-Kahn et aux primaires socialistes ; et dans une moindre mesure à Jean-Louis Borloo qui a fait croire qu'il pouvait tenter l'aventure. La décision de Nicolas Sarkozy de ne pas remplacer François Fillon en 2011, a été aussi un pré-signal de campagne : il indiquait ainsi qu'il se positionnait sur la logique de son bilan et non pas sur un tournant lié à une dimension plus centriste et plus sociale. Il démontrait aussi qu'il irait chercher son premier tour au même endroit que 2007.

Christian de Villeneuve : En 2012, le choix des électeurs se fera davantage sur le style du futur président que sur son programme. Je crois que les électeurs sont convaincus que les deux candidats principaux sont condamnés à mener une politique d’austérité quelque soit leurs différences programmatiques annoncées. La question est donc de savoir quel type de pilote les Français vont choisir pour traverser les gros temps. Une autre différence : la focalisation, dès le premier tour, sur deux candidats. Le risque d’un 21 avril à l’envers semble écarté car François Bayrou n’est en mesure de menacer ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande. Marine Le Pen fait elle aussi du surplace depuis quelques mois. Je remarque également une absence des thèmes environnementaux. Ces thèmes n’émergent pas à l’exception du débat sur le nucléaire. Sur les OGM, sur pleins d’autres choses, on n’entend pas les candidats.

La présence d’un président-candidat résume-t-elle l’élection à un référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy ?

Michaël Darmon : Effectivement, aujourd'hui, il y a une campagne dans la campagne : celle de Nicolas Sarkozy et du sarkozysme. Les Français vont devoir choisir : soit ils maintiennent un président dont ils n'aiment pas particulièrement la personnalité, mais qui est crédité  d'un volontarisme, d'une expérience et d'une compétence, soit ils sanctionnent la façon dont il a exercé la charge présidentielle. 

Christian de Villeneuve : Le début de la campagne, surtout quand Nicolas Sarkozy n’était pas encore candidat, était effectivement un référendum pour ou contre le Président. Aujourd’hui, je pense qu’on assiste plus à un choc de personnalités. Je trouve que Nicolas Sarkozy est sorti de son personnage imposé du Président. Il est assez à l’aise et me semble naturel. Il a cassé un peu son image.

Carole Barjon : Je pense que la campagne est en train d'évoluer. Pas seulement parce que Nicolas Sarkozy a fait son mea culpa, je pense vraiment que cela vient du fait du relatif immobilisme du candidat du PS : sa prudence commence à interpeller, même ses partisans. 

Joseph Macé-Scaron : Je ne crois pas que l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy ait changé quelque chose. La meilleure preuve reste que les intentions de vote sur le second tour lui sont peu favorables.

Coté socialiste, quelles sont les principales différences entre la campagne menée par Ségolène Royal en 2007 et celle de François Hollande en 2012 ? 

Raphaëlle Bacqué : Contrairement à Ségolène Royal, François Hollande ne suscite pas un enthousiasme immense. En revanche, il rassemblera mieux qu’elle car l’anti-sarkozysme est un élément très puissant à gauche.

Michaël Darmon : En 2007, Ségolène Royal a incarné une nouvelle génération de la pratique politique avec Nicolas Sarkozy.  Elle a raconté sa propre histoire à travers son discours : être femme, avoir pendant longtemps mis sa vie personnelle au service de son projet politique, une forme de ferveur mystique de la fonction sur laquelle ne joue pas François Hollande. Avec lui, on se situe dans une prise de risque inédite de la part d'un candidat socialiste : il ne formule aucune promesse de réel changement. Auparavant, quand un candidat de gauche concourait pour l'Elysée, il prônait une forme d'espoir pour finalement aboutir à de la déception. François Hollande lui part de la déception pour, peut-être, renouer in fine avec l'espoir. Il sait qu'il n'a aucune marge de manœuvre économique et financière.

Raphaëlle Bacqué : Il y a bien sûr des différences de caractères et de personnalités entre eux, mais également des différences politiques : Ségolène Royal prêtait une grande importance aux sujets de société, moins à la fiscalité. Le contexte de crise joue beaucoup, mais on voit bien que François Hollande privilégie lui l’économie. Il évoque beaucoup moins les sujets de société : l’éducation, par exemple, est abordée comme un passage obligé. Par ailleurs, Ségolène Royal était en rupture avec le PS tandis que François Hollande a dirigé le parti pendant plusieurs années.

Joseph Macé-Scaron : François Hollande est le premier candidat à une élection présidentielle française authentiquement social-démocrate.

L’extrême gauche était environ à 10% en 2007. Aujourd'hui Philippe Poutou comme Nathalie Arthaud sont très bas dans les sondages, tandis que Jean-Luc Mélenchon a passé la barre des 10%. En 2012, vers qui vont se porter les voix d'extrême gauche de 2007 ?

Raphaëlle Bacqué : Le problème de l’extrême gauche est d’avoir un leader charismatique. Elle a besoin d'un porte-voix. Le NPA a perdu les trois quarts de ses électeurs potentiels parce qu’il a perdu son leader. Philippe Poutou n’en est pas un. C’est donc Jean-Luc Mélenchon qui a remplacé Olivier Besancenot. Il s’agit du même électorat, des mêmes thématiques, de la même rhétorique.

Carole Barjon : Je pense qu’il faut rester prudent. Pour le moment, il est vrai que Jean-Luc Mélenchon  fait un score extrêmement important du fait de l’absence d’Olivier Besancenot qui avait beaucoup de talent. Mais l’égalité du temps de parole risque de limiter sa progression car les candidats de l’extrême gauche - Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, plus talentueuse qu'on ne le dit - pourraient finir par tirer leur épingle du jeu. Et puis, les électeurs attirés par un discours très radical vont peut-être se rendre compte que la radicalité de Jean-Luc Mélenchon est somme toute relative. Il appelle à l’insurrection civique, ce qui n’est jamais pour lui qu’un déplacement des masses pour aller voter. Les candidats plus à gauche sont quant à eux pour une réelle révolution par la lutte.

Michaël Darmon : Jean-Luc Mélenchon fabrique du renfort pour François Hollande. Il faut bien comprendre que le leader du Front de gauche joue à un jeu de rôle. Ce serait une erreur de croire qu'il est porté par le vote ouvrier. Quand on regarde son électorat, on a principalement des catégories très diplômées, très peu d'ouvriers, et cela annonce un taux de report très fort de ce candidat du premier tour vers le candidat Hollande au second tour. La progression de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages permet une montée en gamme du vote utile pour François Hollande. L'erreur de Nicolas Sarkozy c'est de compter sur l'influence de Jean-Luc Mélenchon pour diviser la gauche, sans voir qu'il fabrique du vote pour François Hollande au second tour.

Le fait que Marine Le Pen ait succédé à son père comme candidate du Front national représente-t-il un réel changement ?

Carole Barjon : Je pense que c’est effectivement une différence majeure. Marine Le Pen a tout de même dédiabolisé le Front national. Notamment quand elle a pris des positions comme la reconnaissance de la Shoah. C’est une différence majeure avec son père. Elle est moins transgressive qu'il ne l’était. La tentative de banalisation du FN à laquelle on assiste n’était absolument pas l'objectif de Jean-Marie Le Pen.

Michaël Darmon : Il y a des différences de fond dans le sens où Marine Le Pen veut participer au pouvoir, elle veut représenter plus qu'une simple candidature de témoignage, elle veut faire partie du système alors que son père à toujours profité du fait d'en être banni.

Raphaëlle Bacqué : Je ne suis pas sûre qu’il y ait une grande différence. Les gens considèrent que Marine Le Pen est la fille de son père, il y a une continuité idéologique même si elle est moins cultivée que lui, même si elle est moins présente sur le thème de l’immigration. La différence se fera aux législatives en cas de défaite de Sarkozy à la présidentielle et d’éclatement de l’UMP.

En 2007, 84% des inscrits sur les listes électorales se sont rendus dans les bureaux de vote. L’estimation de ce chiffre pour cette année est de 71%. Cette campagne présidentielle serait-elle moins enthousiasmante que la précédente ?

Raphaëlle Bacqué : Les électeurs considèrent que quel que soit le candidat élu, de droite comme de gauche, il sera pris dans les obligations que lui imposent la crise et que les changements seront minimes entre tel ou tel programme. C’est clairement démobilisateur.

Carole Barjon : Je refuse de me prononcer aujourd’hui sur un taux d’abstention supposé. On verra cela à l’arrivée. Mais il est vrai que compte-tenu du positionnement de François Hollande, et peut-être même de son tempérament, cela fait une campagne avec des personnalités moins hautes en couleur. Reste que le désintérêt est beaucoup plus profond que cela. Je pense que c’est aussi parce que les Français savent parfaitement dans quelle situation on se trouve. Que cela soit l’un ou l’autre, il devrait y avoir des réductions dans les dépenses et cela sera dur pour tout le monde. Nicolas Sarkozy avait gagné en 2007 sur le thème du volontarisme. Il avait réconcilié les Français avec la politique. Aujourd’hui, les gens n’ont plus beaucoup d’illusions.

Michaël Darmon : On observe la montée en puissance d'une génération des 18-30 ans qui ont organisé et structuré leur pensée sur les faits négatifs : la crise, les études qui ne mènent à rien et une vision intégrée de l'impuissance des politiques. Ajoutez à cela ceux qui se déclarent primo-sarkozystes de 2007, qui ont été déçus par l'action présidentielle, qui ne se retrouvent pas dans sa nouvelle candidature et qui ont l'intention, au moins au premier tour, de s'abstenir...

Christian de Villeneuve : Je ne crois pas du tout que les Français pensent que cette campagne est moins excitante que la dernière. Je pense que plus la campagne avancera plus les passions devraient monter. Je ne vois pas pourquoi les Français iraient aux urnes moins nombreux qu’en 2007. 

Joseph Macé-Scaron : Je ne crois pas du tout que cette élection soit moins enthousiasmante que celle de 2007. Je pense que la campagne ne plait pas aux gens mais je crois tout de même qu’ils iront voter. Quand on voit les audiences que font les hommes politiques lors de leurs prestations télévisées, le désintérêt de la campagne est tout à fait relatif.

 

Propos recueillis par Aymeric Goetschy, Franck Michel et Jean-Benoît Raynaud 

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