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Crèmes solaires : vous ne protégez probablement pas bien votre peau.
Crèmes solaires : vous ne protégez probablement pas bien votre peau.
©Reuters

Tu m'en mets dans le dos?

Des crèmes solaires aux protections trompeuses ? Pourquoi vous ne protégez probablement pas votre peau autant que vous croyez

Des études montrent comment les crèmes solaires et autres produits cosmétiques contenant des filtres peuvent être inefficaces, insuffisants voire dangereux.

Laurence Coiffard

Laurence Coiffard

Laurence Coiffard est professeure de pharmacie à l'Université de Nantes, et est expert en cosmétiques.

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Atlantico : Le rapport publié par le Time le 19 mai affirme que 80% des crèmes solaires ne remplissent pas leur rôle et contiennent des produits inquiétants, notamment l'oxybenzone ou la vitamine A. Comment l'expliquer ?

Laurence Coiffard : En réalité, l'étude va même plus loin puisqu'elle mentionne nombre de produits cosmétiques courants comme les crèmes de jour ou certains maquillages. Au sein de notre équipe de chercheurs, nous remettons en cause l'utilisation à des fins marketing de produits dits "filtres solaires" : les consommateurs pensent que c'est un produit solaire alors que ce n'est absolument pas le cas..

Est-ce la première fois que vous entendez parler de ce genre de choses ?

Ce n'est pas la première fois : nous avons eu l'occasion de travailler nous-mêmes sur ce genre de sujets depuis une dizaine d'année, avec de nombreuses publications dans des revues internationales sur ce thème. Elles montrent que d'une part que 25 à 30% des crèmes solaires ont un indice surestimé et qui induit donc un faux sentiment de sécurité chez le consommateur, ce qui rejoint le propos de l'article. Les filtres solaires sont devenus omniprésents et en particulier dans les cosmétiques, or ils n'ont rien à y faire (crèmes de jour les sticks labials, etc). Comme l'auteur l'indique on peut être en présence de vitamine A ce qui est potentiellement dangereux : soleil et vitamine A ne font pas bon ménage. 

Pour certains produits, l'emballage indique un indice de protection 50 ou 50+ alors qu'en réalité il n'est que de 6, 7, ou 10. Ce seront hélas les cancers cutanées de demain. Le deuxième danger, quand la personne utilise une crème hydratante qui contient des filtres, c'est qu'elle ne va pas en réappliquer puisque personne ne réapplique sa crème de jour toutes les deux heures. Là encore, il existe un faux sentiment de sécurité puisque la personne ne réapplique pas le produit.

Quels sont les produits en cause concrètement ?

On peut citer la vitamine A qui peut avoir des conséquences lourdes lorsqu'elle est combinée à une exposition au soleil, et peut entraîner des cancers cutanés. L'oxybenzone peut également poser problème : il s'agit d'une molécule connue pour ses effets allergisants. 

Vous semblez dire que ces problèmes sont suffisament relayés dans la littérature scientifique. Pourtant ces composants sont toujours utilisés. Que reste-t-il à prouver ?

Les industriels restent très attachés à la détermination in vivo des produits solaires, d'ailleurs un certain nombre de publications de mon équipe a démontré qu'il était possible de surestimer assez facilement et artificiellement les indices quand on les détermine de cette manière.

Il y a clairement des lobbys industriels au niveau européen. Le lobby des industries cosmétiques auprès de la commission à Bruxelles s'appelle Cosmétique Europe. Ils défendent les industries,  l'intérêt économique et les intérêts de l'industrie par rapport à la santé du consommateur européen ou hors Europe d'ailleurs.

Il faut que l'industrie arrête d'utiliser les méthodes de détermination in vivo. C'est cette méthode qui génère de nombreux biais et permet de surestimer les indices. C'est d'ailleurs ça qui les intéresse. C'est économique, car le niveau de protection dépend directement de la quantité de filtre que l'on met dans une préparation. Plus on met de filtre, plus l'indice FPF sera élevé. Ce qui a un coût dans le formule, c'est le filtre. Beaucoup d'industriels veulent afficher un indice de 50/50+ en mettant le minimum de filtre. La méthode qu'ils utilisent permet quand même de visualiser un indice de 50/50+. C'est toute la problématique des cosmétiques solaires bio qui n'utilisent que du dioxyde de titane et rien d'autre. On sait que ça ne permet pas d'obtenir du 50/50+. Ils vont même plus loin en utilisant aussi de l'oxyde de zinc qui n'est même pas un filtre autorisé par la réglementation. Mes courriers envoyés depuis 10 ans restent sans effet, cela montre bien que le lobby et l'industrie font leur loi.

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