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Une vue aérienne prise le 4 février 2021 montre le village de Bassanne, dans le sud-ouest de la France, inondé après que la Garonne a débordé les digues.
Une vue aérienne prise le 4 février 2021 montre le village de Bassanne, dans le sud-ouest de la France, inondé après que la Garonne a débordé les digues.
©MEHDI FEDOUACH / AFP

Bataille des chiffres

Dérèglement climatique : les dommages dûs aux catastrophes naturelles n’ont absolument pas explosé sur les 25 dernières années

Selon un article de la revue Risques, le montant des dommages liés aux catastrophes naturelles ne permet pas de trancher le débat sur l'augmentation de l'intensité ou de la fréquence des catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique.

Emmanuel Garnier

Emmanuel Garnier

Emmanuel Garnier est directeur de recherche CNRS, UMR Chrono-Environnement-Université de Franche-Comté.

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Daniel Zajdenweber

Daniel Zajdenweber

Daniel Zajdenweber, diplômé de l'École des hautes études commerciales (HEC), est professeur émérite à l'université Paris-Ouest-Nanterre-la Défense et membre du comité éditorial de la revue Risques.

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Dans la revue Risques, vous indiquez, grâce aux exemples des cyclones aux Etats-Unis depuis le début du XXème siècle, que le montant des dommages liés aux catastrophes naturelles n'est pas un argument valable pour parler d'une augmentation de l'intensité ou de la fréquence de ces catastrophes naturelles dues au réchauffement climatique.  Pour commencer, comment est-ce qu'on peut chiffrer le montant des dommages causés par une catastrophe naturelle ?

Daniel Zajdenweber : Pour ce qui est des dommages liés aux catastrophes naturelles ou de toutes origines, notamment aux Etats-Unis, il y a d'excellentes sources de données officielles qui proviennent soit d'évaluations faites par des organismes publics, soit par les assureurs ou le assurés, soit par des études qui sont signalées dans la bibliographie des articles que j'ai écrit. Il y a eu des scientifiques et des universitaires qui ont travaillé en relevant des données comté par comté. Il y a eu plusieurs statistiques officielles qui ont été corrigées pour tenir compte de l'inflation, de l'augmentation des biens, de la croissance économique. Les assureurs parlent d'exposition puisqu'ils savent combien ils ont payé d'indemnisations mais surtout, ils connaissent la valeur des biens assurés. Grosso modo, dans les catastrophes climatiques, on considère que la moitié des dommages sont assurés et l'autre moitié ne l'est pas.

Comment expliquer que les dommages dûs aux catastrophes naturelles n'aient pas explosé sur les 25 dernières années. Est-ce dû à un plus faible nombre de catastrophes naturelles que ce que l'on peut penser ? Est-ce dû à une économie qui s'adapte désormais mieux à ces cas de figure ?

Emmanuel Garnier : Comme je le démontre dans mon article pour « Risques », les reconstructions historiques des catastrophes climatiques ne laissent pas apparaître de signal climatique, un constat également fait par le CRED (UCL Louvain), institution de référence au plan international pour les catastrophes) dans son dernier numéro. Comme moi, il déclare, je cite, “if we look at the number of events per calendar year (from 2001), there is no clear trend visible”. 

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En conséquence, je ne pense pas qu’il faille y voir les signes tangibles d’une « adaptation » de nos économies.

Depuis que ces chiffres ont été « normalisés », c'est-à-dire en prenant en compte l'augmentation des variables comme la croissance de la population sur les littoraux ou l'inflation des biens immobiliers en bord de mer, à combien peut-on chiffrer ces dommages en milliard ?

Daniel Zajdenweber : On sait à peu près qu'il y a des cyclones qui sont assez anciens mais quand on les  « renormalise » avec l'augmentation de la population, on arrive à des montants faramineux qui approchent et dépassent même la centaine de milliards de dollars pour un événement. Il y a 100 ou 120 ans, certains endroits étaient inhabités sur les côtes Américaines. On a un bon exemple chez nous avec la côte d'Azur.

Si on prend l'exemple des sinistres qui ont eu lieu en France comme la tempête Xynthia, est-ce qu'on peut parler, plutôt que du réchauffement climatique, d'une défaillance des administrations dans la délivrance des permis de construire ?

Daniel Zajdenweber : Dans le cas de Xynthia, les historiens connaissent bien la chose. Il y a 50 ans, personne n'habitait là où on a construit des lotissements touristiques. D'autant plus que c'était sur des bords de mer très exposés à des tempêtes. Ces tempêtes n'ont pourtant rien d'extraordinaires comparées à celles en Hollande, où l'on a construit des digues aussi hautes que des maisons.

Si toutes ces raisons, n'invoquant pas le réchauffement climatique, expliquent l'importance des dégâts enregistrés, pourquoi est-ce que certaines personnes continuent d'évoquer ces chiffres en tant que preuve irréfutable ?

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Daniel Zajdenweber : Est-ce que le réchauffement climatique est à l'origine de tempêtes plus intenses, plus fréquentes ? Ce n'est pas évident de répondre. Il y a des cas où c'est évident comme les sécheresses et des grandes inondations mais cela dit par rapport à l'accroissement des richesses, le réchauffement climatique n'a pas l'importance qu'on lui attribue. A long terme oui mais pas à court terme. Si vous ne construisez pas sur les côtes, vous n'aurez pas de dégâts liés aux tempêtes. Le réchauffement climatique ne se mesure pas d'une année sur l'autre, il se mesure de dizaines d'années sur dizaines d'années ou de centaines d'années sur centaines d'années. Il y a un problème de temporalité. On ne peut pas utiliser, en l'état actuel des connaissance, les dégâts pour parler d'une hausse des catastrophes naturelles. Ce n'est pas le bon levier pour comprendre.

Pourtant, tous ceux qui vont à l'encontre de la posture dominante des défenseurs des thèses du Giec sont vus comme des climatosceptiques. Cela nuit au débat ?

Daniel Zajdenweber : Ceux qui ont écrit qu'on ne pouvait pas partir des dommages pour parler du réchauffement climatiques ont été accusés d'être climatosceptiques mais ce n'est absolument pas le cas. Ils disent simplement qu'avant d'utiliser les données des dommages, il faut corriger ces données. C'est le fait qu'on ait construit sur les côtes qui a tout changé. Tout le monde veut s'installer sur les côtes car le climat y est meilleur et les marchandises arrivent via les ports. Mais en bord de mer, il y a plus de tempêtes. Aujourd'hui, la majorité des populations vit tout près de côtes, tous les démographes le savent.

Est-ce que les assureurs n'ont pas un rôle à jouer pour apporter plus de clarté au débat ?

Daniel Zajdenweber : Le problème, c'est qu'en France, il y a des systèmes d'indemnisation liés aux catastrophes naturelles qui ne sont pas assez discriminants pour empêcher de construire des pavillons au bord de l'eau. SI vous êtes inondés, vous serez largement indemnisés. Il y a eu beaucoup de congrès et de colloques sur ce problème mais c'est un problème d'ordre historique, comment interdire à certaines personnes de s'installer au bord de l'eau et en autoriser d'autres ? C'est un problème inextricable.

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