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Les moustiques sont vecteurs de maladies humaines.
Les moustiques sont vecteurs de maladies humaines.
©Reuters

Piqûres de rappel

Dengue, Chikungunya, Zika : petit guide de toutes les maladies véhiculées par les moustiques

Un rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) affirme que le risque est "réel", : le virus zika, proche de ceux de la dengue et du chikungunya, pourrait se répandre en France métropolitaine.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : La dengue, le Chikungunya et le Zika, toutes ces maladies sont véhiculées par les moustiques. Quelles sont les autres maladies susceptibles d'être transmises par les moustiques sur notre territoire ?

Stéphane Gayet : Les deux seuls vrais concurrents sur terre de l'espèce humaine - si l'on excepte l'homme lui-même qui est peut-être son pire ennemi - sont les insectes et les microorganismes. Parfois, ces deux groupes s'associent contre nous : c'est le cas où un insecte nous transmet un virus en nous piquant. Non seulement nous subissons la piqûre qui est douloureuse et irritante, mais de surcroît nous sommes contaminés par la salive de l'insecte contenant un virus. C'est un comble. D'où la notion d'arbovirose.

Ce terme provient de l'anglais : c'est la contraction des trois mots anglais "arthropod", "borne" et "virus". Arbovirose signifie ainsi "maladie infectieuse due à un virus transmis (borne) par un arthropode". Il n'est pas inutile de préciser que l'embranchement animal des Arthropodes (animaux inférieurs ayant un corps segmenté, des pattes articulées et devenant adultes par une série de métamorphoses) comprend les Insectes, les Crustacés (crevette, crabe, langouste, homard, écrevisse, cloporte), les Arachnides (scorpions, araignées et acariens parmi lesquels : tiques, aoûtat, sarcopte de la gale et acariens de la literie) et les Myriapodes (scolopendre ou mille-pattes). La classe des Insectes comprend les neuf dixièmes des Arthropodes : c'est donc de très loin la plus importante. Elle comporte de nombreux ordres, dont celui des Diptères (deux ailes vraies ou avortées et des pièces buccales allongées pour piquer et sucer) et celui des Hyménoptères (quatre ailes, un fin cou et un aiguillon : abeille, bourdon, guêpe, frelon). C'est donc parmi les Diptères que nous trouvons les suceurs de sang : moustiques, dont les anophèles, les aèdes et les culex ; taons ; phlébotomes ; glossines, dont la mouche tsé-tsé ; puces (ailes atrophiées) ; mais aussi les mouches non suceuses de sang.

Cette association de malfaiteurs constituée d'un insecte et d'un virus est redoutable : les insectes nous piquent souvent le soir ou la nuit et nous surprennent. Les virus responsables d'arbovirose sont appelés arbovirus. Mais attention, il ne s'agit pas d'une famille de virus, c'est en réalité un ensemble disparate ayant en commun le mode de transmission. On range également parmi les arbovirus les virus transmis par la morsure d'une tique, tels que celui qui provoque l'encéphalite à tique dans le Nord-Est de la France. Rappelons ce qu'est un virus : une particule biologique d'un diamètre 1000 fois inférieur à celui de nos cellules, constituée d'un acide nucléique (le génome), d'une protection (la capside), de protéines - surtout des enzymes - et d'une enveloppe inconstante (le peplos). Un virus n'a pas de métabolisme (ni respiration, ni nutrition, ni croissance, ni mobilité) : inactif, c'est la cellule qui le reproduit (réplication), grâce à l'information du génome viral et aux enzymes virales. Précisons enfin que, devant une infection virale avérée, pratiquement aucun traitement n'est curatif.

Les arboviroses (maladies) peuvent se présenter sous la forme de différents tableaux cliniques, isolés ou associés entre eux : principalement un syndrome pseudo-grippal, des douleurs articulaires, une encéphalite, une hépatite ou encore une fièvre hémorragique. A part les formes discrètes, au maximum inaperçues, le syndrome pseudo-grippal est l'aspect le plus fréquent, sorte de tronc commun aux différentes présentations cliniques : début brutal, fièvre élevée, maux de tête (céphalées), fatigue (asthénie), courbatures et douleurs musculaires (myalgies).

Les douleurs articulaires (arthralgies) concernent surtout le rachis (colonne vertébrale), les coudes, poignets genoux et chevilles . Dans l'encéphalite, en plus du syndrome pseudo-grippal, on constate des vomissements, tremblements, convulsions et une altération de la conscience. Le décès n'est pas rare, et, en cas de guérison, des séquelles neurologiques sont assez fréquentes. L'hépatite comporte une jaunisse (ictère) et une grande fatigue (asthénie), qui peuvent s'associer à des saignements. La fièvre hémorragique comporte une atteinte sévère de l'état général et des petits épanchements de sang épars dans la peau (purpura), mais parfois de vraies hémorragies (digestives, respiratoires, cutanées ou encore urinaires). Les familles de virus comportant des arbovirus capables d'infecter l'homme sont les Toga-viridés, les Flavi-viridés, les Bunya-viridés et les Réo-viridés. Les familles sont elles-mêmes constituées de genres. 1. Parmi les Toga-viridés, on trouve le virus Chikungunya (CHIKV) ; ce nom signifie "marcher courbé" en Swahili, en raison des arthralgies. Il appartient au genre Alpha virus. Il est émergent dans l’océan Indien depuis 2005 (Comores, Mayotte, Seychelles, Réunion, île Maurice) et depuis 2006, à Madagascar et en Inde.

L’épidémie réunionnaise a comporté un peu moins de 300.000 cas, certains avec encéphalite ou hépatite. Les vecteurs sont des moustiques aèdes. Cette maladie est connue depuis 1952 en Afrique sub-saharienne, en Inde et Asie du Sud-Est. Le réservoir est animal (rongeurs, primates). Le premier cas autochtone en France date du 25 septembre 2010. Toujours dans le genre Alpha-virus, il faut citer le Tonate virus qui sévit en Guyane française. Si c'est un virus du cheval (en anglais Western equine encephalitis virus, ou WEEV), il peut aussi infecter l'homme. L'infection est heureusement souvent bénigne, mais elle peut parfois donner une encéphalite. 2. Parmi les Flavi-viridés, on trouve le virus de la fièvre jaune (YFV, virus amaril), ceux de la dengue (DENV, sérotypes 1, 2, 3 et 4), le virus de l'encéphalite à tiques (TBEV) et le virus West Nile (WNV). La fièvre jaune a une forte gravité, mais ne sévit qu'en Afrique sub-saharienne (pas en Afrique du Sud) et en Amérique du Sud (pas en Argentine).

La dengue est moins sévère et sévit en Afrique sub-saharienne (pas en Afrique du Sud), en Amérique du Sud (pas en Argentine), en Amérique centrale, en Inde et Asie du sud-Est. Lors de la fièvre jaune et de la dengue, il y a une fièvre hémorragique de gravité très variable. La première, souvent mortelle, associe fréquemment une hépatite et une atteinte rénale (néphrite). Dans la seconde, le syndrome pseudo-grippal et des arthralgies sont dominants, avec parfois des signes cutanés (taches colorées : "éruption").

Tous ces virus appartiennent au genre Flavi-virus. Toujours dans le genre Flavi-virus, on trouve l’encéphalite européenne à tiques (Tick borne encephalitis virus, TBEV) qui est donc transmise par les tiques avec de nombreux réservoirs animaux (rongeurs, ruminants). Elle sévit principalement en Europe de l’Est et jusqu'aux départements limitrophes de la France. Elle comporte un état fébrile avec des signes neurologiques à type de paralysies ou de convulsions et les séquelles sont fréquentes. Toujours dans le genre Flavi-virus, il y a l’infection à virus West Nile (West Nile virus, WNV). Cette infection, d'abord connue en 1937 en Ouganda, est arrivée au pourtour du bassin méditerranéen et en Europe du Sud dans les années 1990. Les réservoirs animaux sont les oiseaux et les chevaux, mais ces derniers sont souvent discrètement atteints. La maladie typique du cheval comporte une méningo-encéphalo-myélite (atteinte des méninges, de l'encéphale et de la moelle épinière) descendante (progression de la tête vers l'arrière), connue en Camargue ("lourdige").

Chez l'homme, on observe dans 25 % des cas un syndrome pseudo-grippal bénin ; une méningo-encéphalite se voit dans moins de 1 % des cas, de même que de rares hépatites, pancréatites ou myocardites. Mais en France, malgré la présence du virus, aucun cas humain n'a été rapporté. La maladie est au contraire assez répandue en Amérique du Nord. Le virus Zika (ZIKV) est également un Flavi-virus (voir question n°3). 3. Parmi les les Bunya-viridés, des virus assez nombreux sont responsables de tableaux cliniques divers. Nous n'envisagerons que ceux qui peuvent être rencontrés en France. Il s'agit d'arbovirus, mais une transmission est également possible à partir d'excréments de rongeurs infectés. Les fièvres hémorragiques avec syndrome rénal (FHSR) associent un syndrome pseudo-grippal sévère, des hémorragies cutanées et muqueuses et une atteinte rénale. Les virus en cause sont le virus Hantaan (Hantaan virus, HTNV) et le virus Puumala (Puumala virus, PUUV). Ce dernier provoque, dans le Nord et l’Est de la France et de l’Europe, des épidémies de syndrome pseudo-grippal douloureux, comportant notamment des troubles visuels et des hémorragies bénignes. Le deuxième tableau clinique est le syndrome neurologique (méningo-encéphalite) avec syndrome pseudo-grippal.

Les virus en cause sont le virus Toscana (TOSCV), le virus Tahyna (TAHV) et le virus Erve (ERV). Le TOSCV est transmis par les phlébotomes et donne de fréquentes méningo-encéphalites estivales autour du bassin méditerranéen. Le TAHV est fort répandu en Europe ; il est transmis par des moustiques de type Culex à partir des oiseaux et lapins. L'ERV donne des encéphalites ; il est transmis par les tiques (Nord et Est de la France et de l’Europe). 3. Parmi les Réo-viridés, le genre Colti-virus comprend des virus transmis par morsure de tique. Les animaux réservoirs sont variés (rongeurs, cervidés, canidés…). Parmi les virus en cause, le Eyach virus (EYAV) a été retrouvé chez des tiques en France et en Allemagne ; il peut provoquer des troubles neurologiques sévères (encéphalites, polynévrites) chez l’homme.

Comment s'en prémunir ? Certaines zones sont-elles à éviter ? Une vaccination est-elle possible pour les maladies les plus graves ?

Vis-à-vis du virus Chikungunya (CHIKV), il n'existe pas à l'heure actuelle de vaccin. Les deux arboviroses les plus fréquentes dans le Monde sont la fièvre jaune et la dengue, mais elles ne sévissent pas en France. Contre la fièvre jaune, il existe un vaccin très efficace. C'est un vaccin de type atténué (répliquant, "vivant") qui est obligatoire pour se rendre en pays atteint. Pour se protéger de la dengue, il n'existe pas encore de vaccin commercialisé. Cependant, un vaccin atténué (répliquant, "vivant") nommé CYD-TDV et dirigé contre les quatre sérotypes de la dengue (1, 2, 3 et 4) fait l’objet d’études déjà avancées. La sécurité d’utilisation et l’efficacité de ce vaccin administré en trois doses ont été évaluées par deux essais menés chez des enfants en Amérique du Sud et en Asie du sud-est. Ces deux essais ont donné des résultats favorables. Pour se protéger de l’encéphalite européenne à tiques (Tick borne encephalitis virus, TBEV), un vaccin à virus inactivé (non répliquant, "tué") est commercialisé sous le nom de TICOVAC. Ce vaccin est indiqué chez les personnes qui s'apprêtent à faire un séjour dans un pays endémique. Aucun autre vaccin n'est à ce jour disponible contre les différentes autres arboviroses, si l'on excepte l'encéphalite japonaise (EJ) qui est due à un Flavi-virus transmis par les moustiques, mais qui ne concerne pas l'Europe. Mais elles restent dans l'ensemble des maladies d'une fréquence relativement faible, à part peut-être le chikungunya qui commence à devenir un problème de santé publique. Alors, comment se protéger des arboviroses ? Il s'agit de se protéger des piqûres de moustique et des morsures de tique. Vis-à-vis des premières, porter des vêtements clairs, utiliser des répulsifs et des moustiquaires. Il faut éviter les zones humides qui sont indispensables à la reproduction des moustiques. Vis-à-vis des secondes, porter des manches longues ainsi que des pantalons, et éviter les promenades en zone de végétation dense sur laquelle se trouvent les tiques. Après une piqûre de moustique ou morsure de tique, il faut enlever doucement ce qui reste de l'arthropode et au plus vite désinfecter la zone de pénétration à l'aide d'un désinfectant cutané. Cette désinfection peut éviter une infection bactérienne et inactiver une partie des virus inoculés. Elle est à renouveler au bout d'une demi-heure. En revanche, il ne faut surtout pas presser la zone de piqûre ou de morsure, cela ne peut qu'aggraver les choses. 

Le Zika, ce nouveau virus, proche de ceux de la dengue et du Chikungunya, pourrait bien arriver en France métropolitaine. Quel est ce nouveau virus (symptômes, conséquences sur la santé…) ? D'où vient-il ?

Le Zika virus (ZIKV) est un Flavi-virus tropical qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Ouganda, ainsi qu'en égypte, en Inde, au Vietnam, en Thaïlande, en Indonésie, aux Philippines, en Malaisie, et en Polynésie française. Le réservoir animal semble constitué de primates. Le virus est transmis par des moustiques du genre aèdes. La présentation clinique de la maladie à ZIKV n'est jamais très grave : un syndrome pseudo-grippal (voir la question n°1), des douleurs articulaires (arthralgies) et taches cutanées ("éruption" ou rash). L'infection à Zika virus ressemble à la dengue, mais en moins grave. En 2013, une épidémie a sévi en Polynésie avec plus de 32.000 cas, dont quelques encéphalites et quelques polyradiculonévrites aiguës de type Guillain-Barré. Ces dernières sont des paralysies progressives et régressives des deux membres inférieurs, d'origine inflammatoire. Comme les autres arbovirus, ce virus passe de l'animal (primates) à l'homme, principalement par l'intermédiaire de piqûres de moustiques.

Doit-on craindre à l'avenir l'arrivée de nouveaux virus dans notre pays par le biais des moustiques ?

Les moustiques sont des vecteurs redoutables. Heureusement, bon nombre de moustiques et d'autres arthropodes vecteurs d'arbovirus ont un habitat géographiquement limité en fonction de la température. Cette notion est assez bien connue et claire pour les vecteurs des virus de la dengue qui sont des moustiques du genres aèdes, principalement Aedes aegypti. Elle est également établie pour d'autres arthropodes vecteurs de maladies parasitaires. Mais, d'une part, les moustiques ont une capacité d'adaptation, d'autre part, le réchauffement climatique que l'on observe actuellement va bousculer les écosystèmes animaux, en particulier ceux des insectes. Il y a donc vraiment à craindre en matière de changements de latitude des arthropodes vecteurs de virus dans les décennies à venir. La répartition géographique des maladies liées à ces virus va donc nécessairement évoluer. Il faut ainsi s'attendre à voir arriver en France de nouvelles arboviroses.

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