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Crise de l’Europe : ce qu’une thérapie familiale et un bon coach pourraient apporter à l’Union
©Pixabay / Free-Photos

L’Union fait la Zizanie

Crise de l’Europe : ce qu’une thérapie familiale et un bon coach pourraient apporter à l’Union

Lorsque la confiance a été mise à mal dans un couple qu’il s’agisse d’un mensonge ou d’une tromperie. Il est souvent difficile de s’en remettre. Certains ne s’en remettent même jamais.

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

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Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Que l’on soit la personne qui a trahi ou celle qui a subi, quels conseils donneriez-vous afin de reconstruire la confiance et le lien qui unissait le couple jusqu’ici ?

Jean-Paul Mialet : La confiance est à la base du couple. Deux personnes se sont rencontrées, se sont attirées et ont décidé de partager leur existence. Pourquoi ? Certainement pas pour des raisons purement érotiques: même si cette dimension n’est pas absente, le couple ne se fonde pas sur le besoin d’avoir au quotidien un partenaire pour le plaisir des sens. Le besoin de vivre à deux repose plutôt sur la nécessité de se sentir accompagné dans l’existence par un complice de confiance pour entreprendre un chemin irréalisable seul. Toute la difficulté est dans le décalage entre le rêve que chacun porte au fond de soi et la réalité qu’il est amené à vivre. Nous souffrons d’une solitude essentielle et aspirons au fond, même si nous n’en sommes pas dupes, à rencontrer cette moitié de nous-même que nous aurions perdue dans un lointain paradis et dont nous manquons douloureusement : la métaphore du Banquet de Platon recèle une part de vérité. Hélas, ne faire qu’un, partager tout et n’avoir pas plus de mystère pour notre partenaire que pour nous-même, chacun sait combine ce rêve est inaccessible. Un couple reste l’assemblage de deux individus singuliers qui ne vivent pas et ne ressentent pas la même chose au même moment. Ils peuvent avoir des désirs qui divergent. La plupart des désaccords sont mineurs, et peuvent être surmontés par des explications, voire des disputes bénéfiques parce que correctrices. Parfois, l’un des partenaires a des exigences qui ne peuvent être remises en cause sans provoquer de crises graves qui mettraient en péril le couple. L’autre s’adapte alors en respectant ces exigences qu’il apprend à aimer ; quelque fois il triche et ment pour ne pas décevoir. Les mensonges diplomatiques ont ainsi leur place dans la vie de certains couples pour apaiser des caractères difficiles mais ils ne sont pas sans dangers : la vérité finit la plupart  du temps par triompher, faisant exploser une crise grave.

Une exigence constante – pour ne pas dire universelle - est celle de la fidélité. L’amour est exclusif : chacun des partenaires se veut unique pour l’autre. Or la vie quotidienne du couple expose à des fluctuations dans les sentiments liés aux tracas ordinaires des responsabilités et à la monotonie des habitudes. Lorsque l’exigence de fidélité n’est pas respectée, elle représente une blessure profonde pour l’autre. La question qui se pose est alors celle de la foi des deux partenaires dans leur couple. La construction du couple ne peut se faire sans hauts et bas ; elle est un chantier jamais terminé et porteur des satisfactions de l’accomplissement de l’aventure conjugale, mais aussi de ses imprévus. Elle ne peut se faire sans mise à l’épreuve de soi-même comme de l’autre. Des déceptions sont inévitables. Lorsque la confiance est rompue, il revient à chacun de s’interroger sur ce qu’il attend de son couple. Si au regard du chemin parcouru et du futur projeté, la confiance dans le couple persiste, elle prendra la priorité sur la baisse de confiance d’un moment envers le partenaire. Le couple s’en trouvera même grandi, comme à chaque épreuve surmontée.

On aurait tort d’interpréter la remarque précédente comme un encouragement à l’infidélité. Aujourd’hui, beaucoup de sollicitations (sites Internet, exaltation du désir dans les médias, etc.) fragilisent la fidélité du couple ; coup sur coup, sont apparus en librairie deux livres à succès vantant les mérites de l’infidélité. En fait, peu de couples sont assez robustes pour se remettre sans mal d’une infidélité qui n’entame pas seulement la confiance que l’on porte à son partenaire, mais également la confiance que l’on plaçait en soi-même. Les blessures de l’amour propre peuvent avoir des effets ravageurs sur le lien et comme vous l’indiquiez, certains ne s’en relèvent pas. Ils préfèrent mettre un terme à leur couple afin de retrouver la dignité que la trahison leur a fait perdre. Mais chaque couple est une aventure singulière et il m’a été donné, à l’inverse, d’assister à des infidélités bénéfiques : il faut parfois avoir peur de perdre l’autre pour lui prêter l’attention qu’il mérite. Dans tous les cas, l’expérience est aussi douloureuse que périlleuse et je ne me risquerai pas en faire une méthode de sauvetage pour couples en difficulté …

Michelle Boiron : « Ma femme est très portée sur le sexe. Malheureusement ce n’est pas le mien » (Pierre Desproges) 

Etre un couple et le rester est une décision. Aujourd’hui plus que jamais c’est un chemin difficile. La crise est parfois un moyen de réfléchir et de remettre les pendules à l’heure.

La transgression du contrat passé, s’il était basé sur la confiance implique de se poser pour réfléchir à un nouvelle donne. Cela exige de re /communiquer, et d’inventer un nouveau couple à partir de la crise. Les concepts de consommation d’un côté et d’épanouissement de l’autre ont mis en danger la pérennité du couple. L’infidélité reste un sujet explosif. Avant le passage à l’acte c’est la tentation qui est le plus grand danger.

Or la tentation qui existe depuis la nuit des temps a été merveilleusement illustrée par Adam et Eve. A l’époque, c’est une pomme qui incarnait la tentation.

Aujourd’hui cette même pomme est utilisée en publicité pour « tenter » les femmes à s’inscrire sur un site dédié aux infidèles qui souhaitent « tromper » leur conjoint en toute tranquillité affective.  

De nos jours, il y a une conjugaison entre la tentation à acheter tout et n’importe quoi et l’hyper-sexualisation dans laquelle nous évoluons du matin au soir. On est dans l’air de «l’avoir», poussé par une sollicitation quasi permanente à posséder des objets, de l’utile au futile, et dans le même temps obligé à « être » tel ou tel super man ou super women : un bon amant et une femme aux multiples orgasmes vaginaux, cela va de soi : clitoridienne s’abstenir !

Le concept de produits « nouvelle génération » a accentué le côté « has been », éphémère de  l’objet encore en état de marche qui est condamné avant même d’être hors d’usage. Les relations humaines ne sont pas épargnées par ce phénomène et plus particulièrement les deux protagonistes qui forment le couple. La tentation de quitter le navire arrive, taraude et la moindre goutte d’eau qui déborde est prétexte pour aller naviguer ailleurs, vers d’autres cieux que l’on pense plus cléments.

De tous temps l’homme a été un être de désir, mu par des pulsions naturelles, pour se sentir « vivant ». Aujourd’hui, il semblerait qu’il se soit petit à petit déconnecté de ses instincts sexuels (reproduction, odeurs…), l’obligeant à en recréer de nouveaux artificiellement. C’est là où Internet, avec ses multiples connections, anticipe les désirs et crée à la place des tentations, des excitations à posséder, un besoin donc un manque. Tout un univers qui est accessible en deux clics et s’insinue partout dans votre vie, votre intérieur, votre intimité sans aucun filtre, et crée ainsi une certaine tendance à la   passivité. Une machine à vous satisfaire, vous combler, voire anticiper votre demande avant qu’elle n’ait pu être formulée consciemment !

Par ailleurs, la sollicitation dans la vraie vie, celle en chair et en os, n’a jamais été aussi active du côté féminin avec le désir qui ose s’exprimer, réclamer son dû, et exige sa jouissance à l’homme, le mâle qui n’a pas encore été castré et veut bien jouer le jeu.

Or n’oublions pas que le désir se nourrit du manque et s’accroît parce qu’il est différé. Le « ici et maintenant » prôné et valorisé dans la société de consommation est l’apanage du nourrisson qui,  pour des raisons de survie, se vit dans l’urgence du besoin à satisfaire immédiatement. Devenir adulte, c’est avoir la capacité de différer, et ce pas seulement pour être libre, non dépendant mais surtout pour en jouir plus.

« Le meilleur moment de l’amour c’est lorsque l’on monte l’escalier» (Georges Clémenceau).

Les 2 du couple éprouvent ils toujours cette émotion ou bien la montée de l’escalier est-elle différée ?

Quelles sont les solutions pour éviter les crises qui peuvent faire exploser la bonne entente du couple ?

Michelle Boiron : La notion de couple est une entité récente, avant c’était la famille qui prédominait. Il est important de savoir ce que l’on attend du couple ?

Aujourd’hui le couple devient la priorité. C’est une aventure difficile à réussir d’une part car elle s’inscrit dans une réalité que l’on a fantasmée comme idéal et qui subit tous les aléas de la vie, du temps qui passe… D’autre part le couple subit les pressions de la société notamment dans l’exigence de qualité de réussite, de performance, dont la sexualité devient le baromètre et Internet l’outil.  

On est rentré dans le voyage via Internet, même s’il n’est qu’une escale pour se rencontrer, pour initier le profane du sexe il est aussi pour certains une porte d’entrée vers d’autres mondes, dont celui  de la pornographie qui va « choper » les plus faibles d’entre eux en leur créant un nouveau besoin. La société de consommation et l’exigence de performance sont en partie responsables de ces dérives. Si l’on tente de se recentrer sur la sexualité comme un épanouissement dans le couple on comprend pourquoi cela exige une certaine éthique pour ne pas se perdre et une inventivité de part et d’autre pour maintenir le désir dans le couple.

Néanmoins individuellement, et dans l’intimité de chacun, même si le discours ambiant le valorise, l’infidélité demeure un choix cornélien qui a des incidences sur la relation de couple et sur sa pérennité.  L’ignorer, la refuser, la dompter ou bien l’acter, la déguster, en tirer du plaisir, en jouir, y succomber ou s’y vautrer ? Il est utile d’en mesurer les bienfaits et les risques. Se faire prendre, se faire « choper » malgré soi ou prendre une position pour ou contre en harmonie avec soi et avec l’autre : pour être infidèle il faut au moins être deux ! 

Jean-Paul Mialet : Je vais revenir sous une autre forme à la conclusion de la question précédente. Il n’y a pas de « solutions », il y a une attention – une attention portée au couple, qui en fait une préoccupation prioritaire. Dans ces conditions, tout ce qui peut nuire à la poursuite de l’aventure du couple est soigneusement évité. Et tout ce qui peut renforcer le couple est encouragé. De l’attention portée au couple, on déduira naturellement l’attention dont doit faire l’objet le partenaire. Ce qui renforcera le couple sera de savoir prêter attention à son partenaire en ayant soin de le rendre heureux et surtout de lui éviter de se sentir ignoré : les plus grandes crises naissent quand on se sent ignoré par un conjoint qui ne vous comprend pas et semble ne pas penser à vous – ne pas vous « calculer », selon l’expression consacrée. Etre à l’écoute de son partenaire, se montrer curieux de sa personne, respecter sa sensibilité particulière, faire en sorte qu’il ne se sente pas seul face à certaines difficultés : l’harmonie des relations naît de cette disposition d’esprit qui comble l’autre parce qu’il se sent reconnu, regardé, en un mot, aimé. Hélas, comme rien n’est simple dans l’aventure conjugale – d’où son prix – la difficulté consiste à ne pas s’oublier soi-même, tout en maintenant toujours son attention en éveil pour son conjoint : il y aurait alors, à terme, le risque de ne plus penser à soi… Cet oubli de soi est une menace pour le couple aussi grande que l’ignorance du partenaire. Qu’a-t-on d’ailleurs à lui offrir si l’on ne compte pas pour soi ?

Vouloir rétablir la confiance dans certains cas n’est-il pas un vœu pieux ? Parfois ne faut-il pas savoir lâcher prise ?

Jean-Paul Mialet : Certains couples se sont fondés sur des illusions de jeunesse qui ne résistent pas à l’épreuve de l’expérience. Mais la jeunesse n’est pas seule en cause. Il y a d’ailleurs des couples jeunes qui sont soudés par leurs souvenirs communs et à l’inverse, des couples formés tardivement qu’un passé trop rempli éloigne. Les erreurs de choix ne sont donc pas une simple question d’âge. Mais les erreurs d’ajustement qui rendent certaines séparations bénéfiques sont plutôt liées à l’histoire de chacun.

Ce qui nous pousse vers le choix d’un partenaire est en rapport avec des lacunes que nous cherchons à combler. Dans beaucoup de cas, le résultat en est un bénéfice mutuel : les qualités de l’un viennent compenser les défauts de l’autre, et réciproquement. Dans quelques cas, la relation produit au contraire une exaltation des défauts respectifs. Par exemple, une carence affective du passé menant à un besoin de maternage attire un conjoint immature et accroit sa faiblesse en l’infantilisant. Certaines dissimulations, trahisons et infidélités ne sont d’ailleurs que le moyen, pour un conjoint infantilisé, de se rassurer sur sa capacité d’échapper à une dépendance excessive. Dans ces cas où l’union s’est formée pour compenser deux déséquilibres en les aggravant, la crise du couple peut avoir un effet heureux en remettant chacun face à soi-même. La question se pose alors en ces termes : pouvons-nous nous sauver en révisant, chacun pour notre compte, notre logiciel propre ? Ou bien allons-nous continuer à tenter de réparer notre névrose en aggravant celle de notre conjoint, et en nous enfonçant nous-mêmes dans l’ornière ? La réponse dépend de la capacité des partenaires du couple à se remettre en question. On observe parfois dans ces conditions un malheureux acharnement à se faire souffrir l’un l’autre. L’angoisse d’affronter ses faiblesses, entretenue le plus souvent par le fantasme de n’être pas digne d’être aimé, pousse quelques uns à un agrippement douloureux et néfaste à leur couple bancal.

Michelle Boiron : Dans un premier temps un état des lieux avec un tiers pour prendre du recul dans une situation enkystée depuis  longtemps est fortement conseillé. Ne plus être dans le déni et penser que « ça va s’arranger » mais au contraire une prise de conscience pour sortir de la confusion dans laquelle immerge le couple après une infidélité.

La trahison lorsqu’elle soit démasquée ou avouée n’est qu’un symptôme qui vient comme un séisme pour dire que « on n’y arrive plus à deux ».

Le tiers est là pour dire. Il  apparait d’ailleurs comme échappatoire  uniquement parce que le couple existe.

La confiance a été certes trahie et il est important de la restaurer mais cela prendra du temps. Une forme de vigilance est souhaitable. Par contre le « flicage/fouillage » est très toxique. Si l’on a donné une autre chance au couple il faut « jouer » le jeu. La méfiance  ralentit le processus de reconstruction mais reste une défense bien organisée pour palier à la rechute du séisme qu’a engendré la trahison.

En revanche la question essentielle est de savoir si l’on peut/veut pardonner ? La blessure narcissique que produit la trahison vient aussi dire qu’il y a quelque chose à réparer au-delà de cette blessure.

Pour le couple est-ce trop tard ?  La reconstruction est-elle encore possible ?

Quelles sont les fondations que le couple a créées?

Rétablir la confiance n’est pas un vœu pieux mais plutôt une remise en question des deux côtés car quoi qu’il arrive dans un couple la responsabilité est à 50% pour chacun.

Renoncer à ce couple-là est peut être une solution, mais pas avant d’avoir tout mis en œuvre pour comprendre comment il s’est constitué et fabriqué et sur quel terreau il repose.  En revanche il faut sauver le couple si l’on a toujours « envie d’avoir envie de vivre ensemble ». Il est important de mesurer l’état du couple et les conséquences d’une séparation avant de renoncer à le réparer. Précisément parce que c’est la notion de couple qui est questionnée celui-là ou un autre.    

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