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Le président britannique de la COP26 Alok Sharma salue un délégué.
Le président britannique de la COP26 Alok Sharma salue un délégué.
©Ben STANSALL / AFP

Pour rien ?

COP 26 : un bilan plus que mitigé autour de coalitions disparates

La COP26, qui devait se terminer vendredi a été prolongée jusqu'à ce dimanche, les associations écologistes ayant jugé le brouillon de la déclaration finale insuffisant. Les délégations ont-elles décidé de tout faire pour obtenir un accord ambitieux ?

Philippe Charlez

Philippe Charlez

Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l'École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Expert internationalement reconnu en énergie, Charlez est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la transition énergétique dont « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » paru en Octobre 2017 aux Editions De Boek supérieur et « L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale » paru en octobre 2021 aux Editions JM Laffont.

Philippe Charlez enseigne à Science Po, Dauphine, l’INSEAD, Mines Paris Tech, l’ISSEP et le Centre International de Formation Européenne. Il est éditorialiste régulier pour Valeurs Actuelles, Contrepoints, Atlantico, Causeur et Opinion Internationale.

Il est l’expert en Questions Energétiques de l’Institut Sapiens.

Pour plus d'informations sur l’auteur consultez www.philippecharlez.com et https://www.youtube.com/energychallenge  

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Atlantico : La COP26, qui devait se terminer vendredi a été prolongée jusqu'à ce dimanche, les associations écologistes ayant jugé le brouillon de la déclaration finale insuffisant. Les délégations ont-elles décidé de tout faire pour obtenir un accord ambitieux ?

Philippe Charlez : Comme il fallait s’y attendre, la COP 26 n’aura été qu’un un coupé/collé des 25 éditions précédentes avec sa mise en scène, ses absents et ses présents, ses rites, ses lobbystes de tous bords, ses discussions interminables, ses huis clos, ses manifestations parallèles et enfin sa déclaration finale énumérant un catalogue de bonnes intentions agrémenté d’embrassades autosatisfaites de pure façade.

Comme en 2015, tout a commencé par la photo de famille des chefs d’Etat tous apparemment solidaires autour d’une même cause. S’en est suivi un cortège de discussions ouvertes puis fermées, l’attente dans un suspense insoutenable d’un nouvel agenda inversé, proposant un catalogue d’objectifs lointains sans moyens ni échéanciers. Comme chaque année, les rues se sont remplies de manifestants climato gauchistes instrumentalisant bien souvent la problématique climatique au nom de causes tierces comme « l’égalitarisme » « l’éco-féminisme » ou la « justice climatique ».

Prolonger de deux jours ne servait donc à rien sinon d’accroitre la déception de ceux qui attendent l’impossible.

La COP26 parle de limiter le réchauffement à 1,5 °C à l’horizon 2100 alors que l'accord de Paris visait 2 °C considérant 1,5 °C souhaitable mais difficile. Cet objectif ambitieux est-il atteignable ?

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On savait dès la COP 21 que l’objectif de 2°C ne serait pas atteignable sauf à lancer dès 2016 un programme mondial très agressif. Ce programme n’est jamais venu et depuis six ans les émissions mondiales se sont accrues de 5%. Les 1,5°C auxquels personne ne croit représente le plus malhonnête des agendas inversés d’autant que cet objectif n’est pas juridiquement contraint l’ONU n’ayant aucun moyen de pression pour obliger les signataires à l’appliquer.  

46 états se sont coalisés autour d’une « haute ambition » visant à réduire de moitié leurs émissions d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2050. En dehors de l’Union Européenne, du Japon, des Etats-Unis, de la Nouvelle-Zélande et du Chili on y trouve essentiellement tous les pays insulaires (Marshall, Samoa, Micronésie, Grenade, Fidji…) et quelques pays africains très pauvres (Ethiopie, Rwanda). En revanche, ni la Chine ni la Russie tous deux absents de la COP 26 ni l’Australie (gros consommateur de charbon) ni les gros producteurs d’hydrocarbures (à l’exception de l’Angola) ne se sont risqués à signer l’accord.  Mais le plus étonnant est d’observer la scission entre pays ouest européens (France, Allemagne, Italie, UK, Espagne) tous signataires et les pays est-européens (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie) tous non-signataires. 

La High Ambition Coalitionsemble accélérer une fracture géopolitique déjà bien présente. Les absences de la Russie et de la Chine cumulant le tiers des émissions de gaz à effet de serre montrent à quel point cette scission qui n’est pas sans rappeler la guerre froide est en train de s’opérer entre ceux qui veulent poursuivre leur développement aux dépends du climat et ceux qui sont prêts à résoudre la problématique climatique aux dépends de leur niveau de développement. Un débat de fond entre pauvres croissantistes et riches décroissantistes est manifestement en train de s’installer. Il n’est pas que mondial : il se retrouve aussi entre historiques membres européens occidentaux et nouveaux venus orientaux.

Pour première fois dans l’histoire la COP 26 s’est attaquée aux énergies fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole). Cela montre-t-il la perte d'influence des pays producteurs, notamment l'Arabie saoudite qui a encore répété que « les négociations « ne devaient pas avoir de parti pris pour ou contre une source d’énergie particulière » ?

Ce qui est un peu nouveau est l’émergence d’objectifs thématiques autour de coalitions multilatérales de quelques dizaines de pays en apparence hétéroclites. 

23 pays dont la France mais aussi les Etats-Unis et la Pologne se sont en effet engagés à stopper leur consommation de charbon mais sans en préciser l’échéance . Une volonté renforcée par les déclarations d’institutions financières promettant de ne plus sponsoriser de centrales à charbon…hors de leurs frontières. Cet engagement correspondrait à un transfert de 16 milliards d’euros par vers les énergies renouvelables. 

L’accord sur le charbon a été renforcé par un accord parallèle sur les hydrocarbures, 23 pays (dont la France et les Etats-Unis mais différents de ceux ayant signé l’accord sur le charbon) promettant d’arrêter dès 2022 tout financement de projet pétrolier et gazier hors de leurs frontières. Autrement dit et pour faire simple, un pays signataire comme les Etats-Unis cessera d’investir en Arabie Saoudite ou en Irak mais ne s’interdira aucunement se continuer à financer le développement des gaz et pétroles de schistes sur son territoire.

Dans le même registre, l’initiative BOGA (Beyond Oil and Gas)  co-présidée par le Costa Rica et le Danemark, ne réunit que 8 pays (dont la France) et quatre régions autonomes. Elle ambitionne de proposer pratiques et méthodes aux pays consommateurs pour sortir (mais toujours sans échéancier) de façon « maîtrisée » du pétrole et de gaz.

Enfin, une trentaine d’Etats associés à des constructeurs automobiles, des collectivités locales et des gestionnaires de flottes de véhicules se sont engagés à arrêter de construire et d’utiliser des véhicules thermiques au plus tard en 2040. De nombreux constructeurs et gestionnaires de parcs ont malheureusement brillé par leur absence.

Bien que reposant sur des catalogues de bonnes intentions sans date précise de sortie des fossiles, ces multiples coalitions renforcent l’idée que des coopérations thématiques ou régionales juridiquement contraignantes sont largement préférables à des « accords cadres » mondiaux qui n’ayant aucune chance d’aboutir. Sur ce point, l’évolution s’avère très positive. 

Hélas, la maladie des agendas inversé fixant systématiquement des échéances arbitraires risque aussi de nous entraîner malgré nous vers des situations inopinées pourtant parfaitement prévisibles. Ainsi, bien qu’elle puisse apparaître pertinente, la stratégie consistant à ne plus financer l’exploration et le développement de nouveaux champs pétroliers et gaziers peut s’avérer suicidaire. Quand on sait que la production des champs existant décline de 4% à 6% par an,, la chute des investissements risque d’accentuer structurellement la rupture offre demande responsable de la flambée des prix du pétrole et du gaz observée depuis cet été avec toutes les conséquences sociales que l’on peut imaginer. De la même façon, il ne suffira pas seulement d’arrêter la production des voitures thermiques et de produire des voitures électriques pour décarboner la mobilité. Encore faudra-t-il parallèlement fournir l’électricité verte et la puissance électrique requise pour charger les batteries ou fabriquer l’hydrogène vert.   

Parallèlement à la COP 22, un communiqué de presse signalait que la demande mondiale de pétrole atteindra en 2022 100,6 millions de barils par jour, soit 500.000 barils de plus que la consommation 2019, avant la pandémie donne au moins à court terme raison à l’Arabie Saoudite. Prédicateurs politiques et réalité économique font rarement bon ménage !

La finance climat fut l’un des sujets majeurs de cette COP26, et notamment la répartition de la somme allouée par les pays développés aux pays pauvres, entre adaptation et réduction. Pourquoi est-ce un enjeu majeur ?

Les grandes réserves de réduction des gaz à effet de serre se trouvent effectivement dans les pays émergents qui consomment 80% du charbon et émettent 65% du CO2. Cet état de fait est en grande partie dû à l’inefficacité de leur système énergétique : bâtiments mal isolés, voitures mal entretenues, outil industriel obsolète. Aussi, les pays riches s’étaient-ils engagés à mobiliser un « fonds vert pour le climat » de 100 G$ par an à verser en faveur des pays pauvres à partir de 2020. Ces promesses n’ont pas été tenues et ont été reportées à 2025. Mais, même si elles avaient été remplies en totalité, ces 100 milliards de dollars ne représentent qu’une partie infime des besoins réels. Selon l’économiste britannique Nick Stern, le respect des Accords de Paris vers une société bas carbone nécessiterait un transfert entre les pays riches et les pays pauvres de l’ordre de…2000 milliards d’euros par an soit environ 3,7 % du PIB de l’OCDE. La croissance économique de l’OCDE étant aujourd’hui inférieure à 2%, ce financement conduirait mécaniquement à une récession structurelle dans les pays riches. Mission impossible donc !

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