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Comment parler avec des extra-terrestres (surtout s'ils n'ont pas d'oreilles...) : la NASA livre ses réflexions
©Reuters

Maison téléphone E.T.

Comment parler avec des extra-terrestres (surtout s'ils n'ont pas d'oreilles...) : la NASA livre ses réflexions

Georges Lucas n'aurait pas fait mieux : la NASA a récemment publié un ouvrage concernant les différents moyens d'aborder un extraterrestre. Sans doute que les communications changent selon qu'il s'agisse d'un Chewbacca ou d'un E.T.... A défaut de savoir à qui s'adresser, il paraît aujourd'hui évident que la vie existe ailleurs, et que les civilisations sont, à l'image des nôtres, divisées. Un point à prendre en compte lors d'éventuelles conversations.

Douglas Vakoch

Douglas Vakoch

Douglas Vakoch est le directeur du programme Interstellar Message Composition au SETI Institute (Search for Extraterrestrial Intelligence). 

Il a dirigé la rédaction de plusieurs ouvrages, dont Communication with Extraterrestrial Intelligence, Civilizations Beyond Earth: Extraterrestrial Life and Society, Psychology of Space Exploration: Contemporary Research in Historical Perspective, et Ecofeminism and Rhetoric: Critical Perspectives on Sex, Technology, and Discourse.

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Atlantico : Dans votre récent ouvrage Archaelogy, Anthropology and Interstellar Communication, vous vous interrogez sur la manière dont nous pourrions communiquer avec des extraterrestres, dans l’éventualité où nous serions amenés un jour à une prise de contact. Comment les humains se préparent-ils à un tel événement, alors même qu’ils ignorent totalement à quoi ces extraterrestres pourraient ressembler ? Imaginez par exemple qu’ils n’aient ni yeux ni oreilles…

Douglas Vakoch : Bien que nous ne sachions pas quels organes sensoriels les extraterrestres pourraient utiliser, si nous entrons effectivement en contact avec eux un jour, nous saurons forcément quelque chose de la technologie qu’ils utilisent. Pour établir un contact avec une autre civilisation au travers des vastes distances de l’espace, les extraterrestres ont besoin d’un moyen, quel qu’il soit, de nous envoyer un message que nous sommes en mesure de détecter. Si des scientifiques terriens du laboratoire Search for Extraterrestrial Intelligence (SETI) sont amenés à faire la découverte d’un signal radio clairement artificiel en provenance d’un autre monde, nous saurons que, peu importe l’identité de celui qui l’émet, ce dernier possède des transmetteurs radio. Cela signifiera que les extraterrestres maîtrisent au moins quelques principes techniques élémentaires, et peut-être également une partie de nos connaissances mathématiques et scientifiques. Ces dernières pourraient apporter les bases d’un langage commun nous permettant de nous comprendre mutuellement malgré les distances considérables qui nous séparent, quand bien même nous percevrions nos mondes respectifs au moyen de sens différents

Dans la perspective d’une communication avec l’inconnu, que nous enseignent les sciences humaines comme l’anthropologie, l’ethnologie, l’histoire ou l’archéologie ? Comment nos ancêtres s’y prenaient-il pour entrer en contact avec des cultures qui leur étaient entièrement inconnues ?

Dans l’histoire des premières prises de contact entre les civilisation terriennes, typiquement, celles-ci se faisaient face-à-face, ce qui apportait le luxe d’apprendre la langue des uns et des autres en désignant des objets et en les nommant, pour ensuite aller vers une sophistication toujours accrue de leur usage.

Les recherches menées à des fins communicationnelles sont rendues beaucoup plus difficiles dès lors qu’il faut déchiffrer des langues perdues, sans accès direct aux personnes que l’on essaye de comprendre. Par exemple, pendant plusieurs siècles les savants européens ne surent pas comment interpréter les hiéroglyphes égyptiens, car ils présumaient que chaque glyphe représentait un concept abstrait. La clé du décodage des hiéroglyphes égyptiens se présenta sous la forme d’un bloc de granodiorite découvert par l’armée de Napoléon Bonaparte sur les bords du delta du Nil, dans un petit village appelé Rosette. Cette pierre était gravée du même texte écrit en grec et en égyptien. C’est au début du 19e siècle que l’on parvint enfin à décoder cette langue jusqu’alors insondable : Jean-François Champollion sut établir des connections entre certains caractères égyptiens et les mots d’une langue qu’il connaissait déjà, à savoir le grec. Les scientifiques du SETI retiennent de cet exemple qu’il nous faut systématiquement remettre en question nos suppositions. D’autres avant Champollion avait été confrontés à des textes en grec et égyptien gravés en parallèle sur des pierres, mais aucun d’entre eux n’avait été capables de décoder les hiéroglyphes car ils ne pouvaient imaginer que certains de ces caractères correspondaient seulement à des sons, et non à des mots entiers. Par conséquent si nous éprouvons des difficultés à décoder un message en provenance d’extraterrestres, l’exemple de Champollion nous rappelle que peut-être nous n’utilisons pas la bonne approche.

Le défi ultime des scientifiques du SETI consiste à trouver une pierre de Rosette cosmique, c’est-à-dire un élément qu’humains et extraterrestres auraient en commun. Une des possibilités réside dans notre compréhension commune de l’univers : si nous envoyons un message contenant le tableau périodique des éléments, par exemple, les extraterrestres pourraient reconnaître les mêmes modèles numériques servant à décrire les régularités entre les groupes de produits chimiques découverts sur Terre.

Dans l’imaginaire collectif les extraterrestres sont souvent constitués en un peuple uni qui attaque notre planète. La science-fiction nous empêche-t-elle d’imaginer ce à quoi une intelligence extraterrestre pourrait réellement ressembler ?

Bien que les cultures humaines soient très différentes les unes des autres, nous avons tendance à nous figurer que des extraterrestres évolués partageront nécessairement une culture globale. Mais peut-être la diversité culturelle est-elle aussi importante chez les extraterrestres qu’elle l’est chez les humains. Cela signifie qu’il deviendrait beaucoup plus difficile de savoir comment interpréter les messages que nous pourrions recevoir d’un autre monde. Un tel message serait-il l’émanation d’un consensus global, une missive émise par une version extraterrestre des Nations Unies, ou bien porterait-il la parole d’une seule nation, ou encore, d’un groupe culturel ou religieux distinct ?

La science-fiction s’est représenté en long et en large toutes les formes extrêmement différentes que pourraient revêtir les extraterrestres, mais ne s’est pas attelée avec la même fougue à imaginer à quel point ils pourraient percevoir et penser leur monde d’une manière radicalement différente de la nôtre. Nous autres humains, nous nous reposons fortement sur nos sens visuel et auditif. Ces derniers nous permettent de percevoir très précisément le temps et l’espace, de décrire des objets se trouvant en des lieux spécifiques – objets qui peuvent aussi bien être présents qu’absents à n’importe quel instant du passé, du présent ou du futur. Mais imaginez un extraterrestre qui se repose sur son odorat pour appréhender son environnement. Dans ce cas, il n’est pas évident de savoir si un objet ou une substance existe à un moment précis – comme lorsque l’on entre dans un ascenseur bien rempli et que l’on renifle une légère pointe de parfum. Comment savoir si c’est celui d’une personne qui se trouve dans l’ascenseur, ou qui en est sortie à l’étage précédent ? Le temps et l’espace pouvant être appréhendés d’une manière radicalement différente par cet extraterrestre olfactif, ce dernier pourrait avoir une toute autre façon de conceptualiser la structure fondamentale du monde.

Est-il permis de supposer que des extraterrestres, tout comme nous autres humains, partagent une mémoire collective ? En quoi cela pourrait-il faciliter les échanges avec eux ?

La civilisation humaine est rendue possible par notre mémoire collective. Nous n’avons pas besoin de conserver l’intégralité de nos connaissances dans notre cerveau, nous pouvons les archiver dans nos bibliothèques et sur internet. Le défi serait néanmoins de faire le tri de toutes ces connaissances pour identifier des expériences communes aux civilisations humaines et extraterrestres. Cela pourrait être très difficile.

Lorsqu’il est question de mémoire humaine, le plus important pour le SETI serait éventuellement d’être en mesure d’archiver les messages que nous pourrions envoyer à des civilisations extraterrestres. Pour le moment les programmes du laboratoire consistent exclusivement à écouter, et non à  transmettre. Mais si un jour nous lançons un projet durable de transmission de messages à d’autres civilisations, il nous faudrait garder une trace de ces messages, de sorte que si nos descendants sur Terre reçoivent une réponse au cours des siècles à venir, ils sachent la nature du message initialement envoyé.

Soutenues par la NASA, vos recherches sont très sérieuses. Mais quand pourrions-nous entrer en contact avec des extraterrestres ? S’agit-il d’un travail sur le très long terme, bien plus que les projets de voyages humains vers Mars ? Etes-vous en train de préparer le terrain pour nos descendants, dans plusieurs siècles ?

Il est extrêmement difficile de prédire avec exactitude quand nous pourrons établir un contact avec des extraterrestres – si cela arrive un jour. Il est possible que pas plus tard qu’aujourd’hui nous découvrions des signaux artificiels envoyés par des extraterrestres, car nous effectuons un travail d’écoute permanent avec le radiotélescope du SETI, installé en Californie du Nord. Mais si nous décidions de lancer des signaux intentionnels à d’autres civilisations, au lieu de simplement écouter ceux en provenance de l’espace, cela deviendrait en soi un projet multigénérationnel. Cela prendrait quatre années à  un signal radio pour voyager de la Terre jusqu’à l’étoile la plus proche, et encore quatre autres pour obtenir une réponse. Mais il est fort probable que les planètes hébergeant des civilisations technologiques les plus proches se trouvent bien plus loin. Tellement loin d’ailleurs, qu’il faudrait des siècles voire des millénaires pour qu’un aller-retour puisse se faire. Par conséquent, alors que nous pouvons réussir à découvrir de la vie au-delà de la Terre à tout moment, une discussion entre deux interlocuteurs s’inscrirait dans une durée multi générationnelle.

 

Propos recueillis et traduits par Gilles Boutin

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