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Comment les socialistes en sont arrivés à se demander ce qu'est le vrai vote utile pour eux
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Vote utile

Comment les socialistes en sont arrivés à se demander ce qu'est le vrai vote utile pour eux

La situation catastrophique de la liste de Raphaël Glucksmann dans les sondages conduit certains socialistes historiques à s'interroger sur la ligne qu'ils doivent tenir.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Les socialistes, première formation du futur Parlement européen? Ce n'est pas impossible , d'après les sondages effectués dans les pays de l'Union, et au vu des premiers résultats des Pays-Bas...Première formation européenne sans élus PS français ?... C'est également possible tant la liste conduite par Raphaël Glucksmann,(- qui n'appartient pas à la famille), est à la peine dans les sondages, créditée au mieux de 6% des voix. La situation est jugée tellement sérieuse que la  plupart des " vieux" éléphants qui n'approuvaient pas ce choix, ont fini par laisser leur rancoeur au vestiaire pour appeler à voter, - sans enthousiasme, mais par fidélité à leurs convictions, en faveur de la liste " Envie d'Europe" menée par un leader, Raphaël Glucksmann, qui n'appartient pas au PS et qui ne ménage pas ses critiques à l'encontre de celui-ci , tandis que d'autres membres du PS font le choix de se prononcer en faveur de la politique européenne d'Emmanuel Macron, pas uniquement par adhésion mais pour éviter que le Rassemblement National arrive en tête du scrutin ce dimanche .

Bernard Cazeneuve, François Rebsamen, Stéphane Le Foll, Martine Aubry, Anne Hidalgo, Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Marc Ayrault ont embrayé le pas à l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira (-qui n'est pas membre du PS mais très populaire à gauche) ,qui, la première , est venue à la rescousse de la liste "Envie d'Europe". Libéré de son obligation de réserve depuis qu'il a quitté le Conseil Constitutionnel, Lionel Jospin a annoncé son soutien  devant un cénacle restreint "par fidélité au socialisme démocratique". Il en a coûté à la plupart, car si Raphaël Glucksmann , non seulement n'est pas socialiste, mais il a tenu des propos jugés inadmissibles à l'encontre de François Mitterrand, l'accusant d'avoir été complice du génocide au Rwanda, ce qui a provoqué la colère d'anciens ministres de l'époque: Hubert Védrine, Roland Dumas, Paul Quilès ont écrit au premier secrétaire du PS Olivier Faure pour lui faire part de leur indignation : "Comment peut-on porter un tel jugement, alors que la France a été (…) le seul pays, dès le feu vert donné par l’ONU, à mener une opération humanitaire en 1994, pendant le génocide, pour sauver des vies, pendant que le monde entier restait indifférent?"....Si la politique française au Rwanda  "peut être critiquée, rien, absolument rien, ne peut justifier les accusations de ‘complicité de génocide’ relayées par Raphaël Glucksmann, alors qu’il s’exprime aujourd’hui au nom des socialistes", ont-ils écrit. Une des co-listière de Glucksmann, l'écologiste Claire Nouvian n'est en pas en reste: elle a " descendu" en creux tous les bilans des gouvernements de gauche, en déclarant que "l'abandon des classes populaires, des ouvriers, des exclus de la mondialisation, le CICE sans contrepartie, la loi travail, la politique migratoire de Manuel Valls et l'indigne déchéance de nationalité ne font pas partie des valeurs socialistes", provoquant un dernier concert d'indignations , à l'instar de celles exprimées par l'ancienne ministre Juliette Méadel...En dépit de ces polémiques , et afin que son silence ne puisse pas lui être reproché, François Hollande  a, d'abord du bout des lèvres, puis clairement ensuite, déclaré qu'il votera "pour la liste socialiste conduite par Glucksmann : "Je suis socialiste et c'est un vote utile".

Utile, certes, si à Bruxelles des députés français font partie du groupe en mesure de revendiquer la présidence de la Commission et d'autres postes clefs, comme en rêvent certains élus... Utile, parce que ce n'est pas tant le soldat Glucksmann que le PS qu'il faut sauver. Car  il leur en a coûté, comme le révèle, par indiscrétion, un extrait de conversation sur Whatsapp du maire de Dijon, François Rebsamen, qui se lâche sur Glucksmann, "un opportuniste qui a craché sur les socialistes, qui les appelle au secours, qui n'a pas d'histoire avec nous"..

Cette notion de Vote utile est également mise en avant par d'autre socialistes, mais pour venir en renfort à Emmanuel Macron et faire en sorte que la liste Renaissance soit en tête  et empêcher ainsi que le Rassemblement National soit le premier parti de France en termes d'électeurs, dimanche soir. L'ancienne ministre socialiste des Affaires européennes Elisabeth Guigou, a clairement pris position en faveur de la liste Renaissance pour soutenir la politique européenne d'Emmanuel Macron...Ségolène Royal est sur la même ligne. Ces anciennes ministres ne détiennent plus de mandat électoral. Il n'en va pas de même pour nombre de maires soumis à réélection en mars prochain. Par delà leur cote personnelle, il leur faudra obtenir un soutien politique et nouer des alliances . Avec La République en Marche?  Que pèsera alors le PS, qui a un temps compté le plus grand nombre d'élus locaux en France ? François Rebsamen qui préside la toujours puissante (-mais jusqu'à quand?), FNESR, (Fédération Nationale des Elus Socialistes et Républicains), avait sans aucun doute cette question à l'esprit en exprimant ses doutes . Elle se posera encore plus crûment au lendemain des européennes lorsqu'on entrera dans le vif de la préparation des municipales. Auparavant, Olivier Faure, le patron du PS qui n'a pas voulu se lancer dans la bataille des européennes, sera amené à s'expliquer, sur "sa volonté de rassemblement" en s'alliant avec Place Publique de Raphaël Glucksmann, une formation récente, sans assise territoriale, supposée incarner une nouvelle gauche . Au PS, pour l'heure, on reconnait être " dans le brouillard". Il s'éclaircira ou s'épaissira en fonction des résultats de dimanche . Un peu plus, ou un peu moins de 5% pour le parti  dont le candidat François Mitterrand a réuni près de 35% des suffrages au premier tour de la présidentielle..Mais c'était en 1988 ...Au siècle dernier ...

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