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Une étude menée par un chercheur norvégien de l’Ipsos révèle que seulement 210 millions de chansons ont été téléchargées illégalement en 2012 en Norvège, tandis qu’en 2008, ces derniers en avaient téléchargés plus de 1,2 milliards.
Une étude menée par un chercheur norvégien de l’Ipsos révèle que seulement 210 millions de chansons ont été téléchargées illégalement en 2012 en Norvège, tandis qu’en 2008, ces derniers en avaient téléchargés plus de 1,2 milliards.
©Reuters

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Comment les Norvégiens sont venus à bout du téléchargement illégal

Une étude menée par un chercheur norvégien de l’Ipsos révèle que seulement 210 millions de chansons ont été téléchargées illégalement en 2012 en Norvège, tandis qu’en 2008, ces derniers en avaient téléchargés plus de 1,2 milliards. Le téléchargement illégal de films s’est quant à lui réduit de la moitié, passant de 130 millions à 60 millions de téléchargements.

David Fayon

David Fayon

David Fayon est responsable de projets innovation au sein d'un grand Groupe, consultant et mentor pour des possibles licornes en fécondation, membre de plusieurs think tank comme La Fabrique du Futur, Renaissance Numérique, conseiller numérique d'Objectif France. Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il a publié avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

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Atlantico : Comment mesure-t-on le téléchargement illégal sur la toile? Les études de recensement sont-elles crédibles ?

David Fayon : Le téléchargement (direct ou en P2P) est très difficile à mesurer. Le Département recherche étude et veille de l’Hadopi a même publié une étude intéressante sur la question. On peut toutefois disposer de statistiques et d’estimations via les différents sites qui proposent le téléchargement en P2P notamment mais l’agrégation est délicate et il convient d’extrapoler certaines tendances observées.

La Sofres avait également publiée une étude intéressante en 2009 qui donnait des tendances (par exemple la pratique du téléchargement est plus répandue chez les jeunes et les cadres) même si depuis avec en partie l’effet dissuasif d’Hadopi le téléchargement a baissé. On observe globalement une diminution du téléchargement dans les pays occidentaux, par exemple aux États-Unis pour la musique.

Il n’existe néanmoins pas d’étude exhaustive et fiable sur la question. Pour autant elles permettent d’observer des tendances révélatrices des évolutions des comportements des internautes.

Qu’est ce qui peut expliquer que le téléchargement illégal soit en passe de mourir en Norvège ?

Le téléchargement illégal demeure néanmoins. Toutefois en effet, une étude de l’Ipsos  fait état d’une division par 6 du téléchargement illégal de musique entre 2008 et 2012. Pour les films et les séries télévisées, la division est d’un facteur deux. Cette forte diminution s’explique plus par une adaptation de l’offre que par la politique de répression car en Norvège la riposte graduée à la Hadopi n’a pas été instaurée. De nouveaux services comme Netflix permettent de regarder des séries et des films pour un abonnement mensuel inférieur à celui de Canal+ par exemple. Ou encore Spotify ou Wimp populaire en Norvège. C’est le succès du modèle "freemium" en somme avec une offre abondante.

Il est également possible que la fermeture en janvier 2012 du site MegaUpload par l’opération commando du FBI et qui correspondait à 4% du trafic du Web ait marqué les esprits.

Mais plus généralement se pose la question de la juste rémunération des auteurs et des ayants-droits. Ni la licence globale ni la répression à la Hadopi ne constituent des solutions.

Cette étude peut-elle compromettre le stéréotype de l’internaute du "tout gratuit" sur la toile? Quelles sont les plateformes payantes qui profitent de cette nouvelle manne ?

Tout n’est gratuit qu’en apparence sur Internet. En effet, les téléchargements même gratuits consomment de la bande passante qu’il faut bien facturer. Même si les coûts baissent tendanciellement, nous avons un effet de ciseau avec la quantité de données transmises, notamment la vidéo, qui augmente énormément. Ces coûts sont répercutés d’une façon ou d’une autre à l’abonné.

Toutefois, dans la conscience de l’internaute figure le fait que le coût marginal pour une copie, un téléchargement, tend logiquement vers zéro. Et qu’il convient de repenser des règles de rémunération des acteurs de l’écosystème des industries créatives alors même que les modèles économiques ont changé et que les anciennes recettes ne sont pas applicables aux spécificités d’Internet. Hadopi a été conçu plus pour satisfaire des intérêts d’une industrie déclinante et revient à subventionner la marine à voile alors que la marine à vapeur arrive.

Les plateformes comme Deezer mais aussi les stores où l’on peut télécharger des applications et des titres pour les mobiles (smartphones, tablettes) constituent un nouvel eldorado à exploiter. Le fait par exemple de ne pas payer l’ensemble des titres d’un album mais uniquement ceux que l’on souhaite à la carte correspond à un besoin. D’autre part, la théorie des "1000 vrais fans" de Kevin Kelly se vérifie pour les industries créatives et un artiste peut vivre non essentiellement des ventes de ses albums mais des produits dérivés (concerts, etc.). En outre la maîtrise des médias sociaux est un atout de poids pour les artistes

Ce changement radical du comportement des internautes vis-à-vis du téléchargement peut-il s’exporter ailleurs en Europe ? En France par exemple ?

Oui, c’est possible. Sachant aussi que les nouvelles pratiques d’achat et de consommation avec le smartphone et la tablette sont à intégrer ainsi que la télé connectée s’agissant des supports. En outre les réseaux sociaux pour le partage collaboratif autour de centres d’intérêt sont un profond accélérateur dans la consommation et les usages de la musique et des films.

Au-delà du téléchargement, c’est surtout la pratique légale du streaming qui se répand et qui traduit une mutation profonde dans les usages. Ce n’est pas tant la détention d’un bien qui importe mais son usage quand on en a besoin à l’image du Vélib. Quand mes enfants de la génération Z veulent voir un épisode de Tchoupi par exemple, ils se moquent de savoir si un DVD est mis dans le lecteur ou si celui-ci est visualisé en streaming. Seul le fait de regarder le dessin animé à l’instant l'importe. Les cartes sont à rebattre pour la consommation de biens culturels et c’est plus le terreau fertile pour que de nouvelles offres se créent en France qu’il convient de favoriser.

La France gagnerait à supprimer Hadopi à l’heure du "choc de simplification". Ce serait un signal fort. Avec une offre légale adaptée, à coût modéré et de qualité, on pourrait voir le piratage reculer. Et considérer qu’il a constitué une parenthèse entre deux périodes.

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