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Comment le numérique a révolutionné nos modes de vie : journée d’un individu ordinaire
©Reuters

"Vite fait"

Comment le numérique a révolutionné nos modes de vie : journée d’un individu ordinaire

Smartphones, tablettes, réseaux sociaux, e-commerce, etc... La possibilité d'être connecté 24h/24h a considérablement modifié notre quotidien.

Patrice Duchemin

Patrice Duchemin

Sociologue de la consommation, enseignant au Celsa et à l'Iscom, rédacteur de l'Oeil LaSer:  www.oeil-laser.com

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En 2011, un tiers de la population mondiale était connectée à Internet (soit environ 2,25 milliards de personnes). Par rapport aux dix dernières années, les internautes sont quatre fois plus nombreux à utiliser le Net selon le site d'information Business InsiderNotre utilisation des téléphones a également grandement évolué cette dernière décennie. En 2005, on comptait 200 millions de téléphones fixes sur la planète. Enfin, en 2015, on estime que le ratio sera d'un téléphone fixe pour cinq mobiles. Des chiffres qui démontrent notre besoin de plus en plus viscéral d'avoir un moyen de communication dans le moindre de nos déplacements et qui ont un impact sur notre quotidien.

Au réveil...

Si en 1993, un individu avait tendance à se réveiller au son du traditionnel radio réveil, en 2013, son smartphone ne le quitte jamais. Il est bien souvent le dernier objet qu’il regarde avant de s’endormir, il est aussi son premier geste du matin. A l’image d’une paire de lunettes sur une table de chevet. La connexion via des smartphones représente désormais 12% des connexions totales.

Les ventes de smartphones ont d’ailleurs dépassé l’année dernière les ventes de PC, selon Business Insider.Néanmoins, au réveil, nous aurions toujours tendance à privilégier l’écoute de la radio média d’accompagnement par excellence plutôt que d’ouvrir un ordinateur pour se rendre sur un site d’information.

Les ventes de tablette devraient elles aussi bientôt dépasser les ventes de PC, cela pourrait favoriser la lecture d’e-livres, notamment dans les transports en commun.

Déjeuner

Dans les années 1990 vous passiez votre commande à la caisse du fastfood, vous avez désormais la possibilité de le faire sur des bornes tactiles. Au restaurant, même changement, de plus en plus de serveurs ont troqué leurs bloc-notes pour des tablettes sur lesquelles ils notent votre commande.

Shopping

Aux Etats-Unis en 2012, la vente au détail représentait plus de 4,5 millions de dollars. Parmi ces ventes, l’équivalent de 500 000 dollars était réalisé en ligne. Si les consommateurs réalisent toujours la majorité de leurs achats en magasin, ils sont de plus en plus nombreux à s’informer en ligne sur les qualités d’un produit alors qu’ils se fiaient auparavant principalement aux conseils des vendeurs.  Aux Etats-Unis en 2012, 38% des consommateurs ont utilisé leur smartphone pour les aider dans leur prise de décision.

Soirée

Finies les soirées devant la télé. 22h, c’est le moment de la journée durant lequel les internautes regardent le plus de vidéos sur leurs téléphones portables ou sur leurs tablettes. 10% des vidéos regardées sur les tablettes, le sont à cette heure.

Atlantico : Selon un rapport de l'agence spécialisée de l'ONU sur les télécommunications (UIT), publié au mois d’octobre dernier, on comptait en 2012 plus de 2,3 milliards d’internautes, soit 1/3 de la planète. Dans quelle mesure Internet a-t-il modifié notre quotidien ?

Patrice Duchemin : D’une manière générale, il ne faut pas opposer le réel et le virtuel. Le virtuel s’immisce dans le réel et le réel s’inspire du virtuel. Lorsque vous allez dans les magasins aujourd’hui, les vendeuses ont des tablettes, tout comme les serveurs au restaurant. Dans certains fast-foods des panneaux vous permettent de commander. Les deux s’interpénètrent et s’inspirent l’un de l’autre.

En termes de journée type, nous n’éteignons presque jamais nos smartphones, nous dormons à côté de nos téléphones. Les téléphones mobiles sont comme des lunettes ou des bijoux. On les laisse sur sa table de chevet et le premier geste du matin est effectivement de regarder son téléphone mobile. En revanche, je ne pense pas que le premier geste du matin soit d’allumer son ordinateur puisque le média d’accompagnement par excellence sera la radio que l’on va écouter dans la salle de bain ou dans la cuisine. 

Internet a changé notre psychologie. Psychologiquement, nous avons le sentiment de passer à côté de quelque chose mais aussi que l’herbe est plus verte à côté. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes qui sont beaucoup dans la comparaison. C’est une grande modification dans notre quotidien.

Internet a-t-il également changé nos modes de consommation ?

Du point de vue de la consommation Internet a significativement modifié nos comportements. Les soldes d’hivers de cette année ont été plus largement marquées par le e-commerce que par le commerce traditionnel. Il faut distinguer les pratiques qui relèvent d’une volonté de contact, de socialisation, comme l’envoi de tweets, de mails, etc.. Ou même s’informer sur Internet.

Les consommateurs font beaucoup de repérage sur Internet mais ils achètent encore pour la plupart dans les magasins. Par exemple, si vous souhaitez acheter un appareil photo, vous vous rendrez d’abord sur Internet pour vous renseigner. Vous vous rendez ensuite en magasin pour voir le produit, puis vous retournez chez vous pour réfléchir. Vous achetez puis vous donnez votre avis. Il s’agit en fait d’allers-retours permanents.

Je ne sais pas si les consommateurs sont réellement mieux informés mais en tout cas, ils ont la conviction d’être mieux informés. Vous allez pouvoir discuter avec le vendeur avec des arguments que vous n’auriez pas nécessairement eu auparavant. Néanmoins, nous n’achetons pas de produits que nous ne connaissons pas sur Internet.

Selon une étude du Pew Research Center, 61% des utilisateurs de Facebook ont choisi de faire une pause de plusieurs semaines ou plus. Les réseaux sociaux sont-ils trop chronophages au détriment d’autres activités ?

Non, je ne pense au contraire que les gens font plus de choses à la fois. Au restaurant, ils dînent et envoient des textos en même temps, les élèves en classe sont derrière leurs ordinateurs et envoient des tweets, ou même au cinéma. Il y a une baisse de la concentration, vous êtes au cinéma et vous êtes en même temps en train de raconter ce que vous voyez.

Cela ne veut pas dire que ce que nous faisons en plus est utile. Simplement, c’est lié à la peur de passer à côté de quelque chose.

En 2012, la vente des smartphones a même dépassé les ventes d’ordinateurs portables. Dans quelle mesurer la possibilité d’être connecté 24/24 modifie notre quotidien ? Vivons-nous de plus en plus en « live » ?  

Nous appelons cela l’hyperprésence dans le jargon. Cela signifie qu’il y a une intensification des actions et le développement du multitasking. Les jeunes font plus de choses à la fois. Il y a une intensification, vous avez l’impression de vivre votre vie plus intensément. Cela crée une forme d’impatience, on perd le goût de la recherche, de la découverte.

Je ne déplore pas que les choses soient plus faciles aujourd’hui mais plutôt le fait que tout le monde ait accès à la même information. Je dénonce plutôt l’uniformisation.

Il y a plus d’impatience et plus d’insatisfaction. On n’arrive pas à rester trop longtemps sur un sujet, il faut tout le temps faire quelque chose de nouveau. La phrase type c’est : « vite fait », « je suis allé chez le boulanger vite fait », etc...

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