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La pollution engendrée par les hommes a fait du plastique un nouveau type de roche
La pollution engendrée par les hommes a fait du plastique un nouveau type de roche
©REUTERS/Carlos Jasso

Poubellien

Comment la pollution humaine fait du plastique un nouveau type de roche

Une nouvelle roche composée de plastique a été découverte à Hawaï par une équipe de géologues canadiens. Ils lui ont donné le nom de plastiglomérat.

Eric Chaumillon

Eric Chaumillon

Eric Chaumillon est chercheur en géologie marine du littoral au LIENSs, le Laboratoire Littoral Environnement et Sociétés (Université de La Rochelle/CNRS). Il est coauteur avec Emmanuel Garnier et Thierry Sauzeau de l'ouvrahe Les Littoraux à l'heure du changement climatique (éditions Indes savantes, avril 2014).

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Atlantico : Sur certaines plages de l'île d'Hawaï, Il est possible d'observer depuis quelque temps des roches composées de sédiments, de basalte et  de… plastique. A la suite de quel processus ce matériau s'est-il formé, et l'appellation de "roche" convient-elle ?

Eric Chaumillon : Il faut avant tout savoir que les roches prédominantes sur la planète sont les roches détritiques. Comme leur nom l’indique, elles sont issues de l’accumulation de détritus de roches préexistantes. Ces deux roches dominantes sont le sable et l’argile. Si un Martien venait pour la première fois visiter la Terre, on lui dirait qu’il existe trois types de roches : magmatiques, métamorphiques et sédimentaires.  Dans  les roches sédimentaires, qui recouvrent plus de 70 % de la surface du globe, les deux tiers sont des roches détritiques. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit bien de cela, puisque c’est une accumulation de sédiments et de plastique.

Le nom qui a été donné à cette nouvelle roche est original : « plastiglomerate ». Il est issu de « conglomerate », conglomérat en anglais, qui est une roche détritique dans laquelle les éléments ont une taille supérieure à celle des sables. Comment passe-t-on du sédiment et de morceaux de roche et de plastique à une plus grosse roche ? Il faut pour cela que le sédiment soit cimenté. Des fluides interstitielles ont circulé dans le sédiment et ont opéré une cristallisation, c’est-à-dire entraîné un collage des grains et des morceaux de plastique entre eux.

On peut donc véritablement parler de roche, car il est sûr et certain que celles qui ont été observées vont fossiliser. Elle va venir s’ajouter aux subdivisions des roches conglomérées. Il faudra définir à partie de quel pourcentage de plastique dans la roche on se permet de donner un nouveau nom. 

En existe-t-il plusieurs sortes ?

Ce qui les différenciera, ce sera la quantité de plastique, comme je disais, et la taille des grains des éléments naturels. Sur les côtes françaises, on voit des bouts de plastique ou de verre stratifiés dans l’argile des marais. C’est la preuve que la sédimentation se fait très vite. 

Faut-il s'attendre à ce qu'au cours des prochaines décennies ces nouvelles roches-plastiques soient de plus en plus nombreuses, et présentes sur tous les rivages de notre planète ? Pourquoi ?

Hélas oui, il faut s’attendre à ce que le phénomène augmente. Certains géologues, pour décrire cette époque anthropocène, utilisent le terme de « poubellien ». Le volume de déchets plastiques en circulation dans les océans est très important, et n’augure rien de bon.

Pourquoi faut-il s'inquiéter de la formation de ces agrégats ? Ne peut-on pas y voir une manière pour la nature de s'adapter et, in fine, de "digérer" la pollution humaine ?

Une fois que le plastique se retrouve dans le sédiment on pourrait dire qu’il est piégé. Mais avant cela les effets environnementaux sont désastreux, notamment pour les oiseaux. Ces derniers avalent de petits débris dans leur jabot pour digérer, et lorsque c’est du plastique c’est fatal pour eux. Dans les eaux, beaucoup de mammifères marins confondent les sacs plastiques avec des méduses, ce qui est aussi catastrophique. Et sur un plan purement paysager, ce n’est pas acceptable non plus. La Surf Rider Foundation essaye d’y remédier, mais c’est compliqué.

Il faut aussi savoir que beaucoup de roches détritiques sont des roches réservoir. Entre les grains, malgré la sédimentation, subsistent des pores. On y trouve beaucoup d’accumulations en hydrocarbures, notamment. Des roches de ce type deviendraient de véritables barrières de perméabilité. Si dans les fleuves le plastique s’accumulait à l’avenir, cela constituerait un problème inédit, car on ne pourrait plus pomper d’eau dans les nappes phréatiques qui sont en dessous.

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