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Jean-Pierre Chevènement se rendra les 28 et 29 août aux universités d'été de Debout la France.
Jean-Pierre Chevènement se rendra les 28 et 29 août aux universités d'été de Debout la France.
©Reuters

Les contraires s'attirent

Comment l’union des souverainistes de droite et de gauche pourrait modifier le clivage politique français

Répondant favorablement à l'appel de Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement se rendra les 28 et 29 août aux universités d'été de Debout la France. Si celui que l'on surnomme le Che a quitté en juin dernier le parti MRC qu'il a fondé, il n'en reste pas moins une figure incontournable du souverainisme en France. Et le rapprochement des deux hommes intrigue.

Eddy  Fougier

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

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Atlantico : Dans quelle mesure le souverainisme de gauche incarné par Jean-Pierre Chevènement au sein du parti qu'il a fondé le MRC est-il différent de celui que représente Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la France ?

Eddy Fougier : Jean-Pierre Chevènement s’est toujours évertué à défendre une certaine idée de la République, qui rejoint en un sens l’idée de « nation » au sens révolutionnaire du terme c’est-à-dire de contrat national reposant sur l’identité républicaine, alors que le cheval de bataille de Nicolas Dupont-Aignan, sous une trame gaulliste, réside dans la nation, d’identité républicaine aussi.

Quand on regarde leurs constats, ils sont assez similaires sur le souverainisme : la France ne serait plus souveraine en raison de la mondialisation, de la domination des idées libérales, de l’évolution de la construction européenne, et d’une vision « multiculturaliste » de la société.
Mais les réponses à ces constats peuvent différer. Ils se retrouvent sur l’idée de patriotisme économique, d’une Europe à géométrie variable, avec une dimension plus sociale à gauche et davantage nationale voire nationaliste à droite. Il s’agit surtout de nuances. Des divergences apparaissent aussi quand on regarde leurs origines : du côté de Dupont-Aignan le parti est inspiré par le gaullisme et le mouvement de Chevènement descend du marxisme.

Peut-on imaginer que des électeurs tentés par le vote FN puissent se tourner vers Debout la France ou le MRC par exemple ?

D’abord, l’erreur magistrale a été d’avoir marginalisé et éliminé toutes les forces politiques entre le FN et l’UMP ou le RPR ; je pense  aux indépendants et paysans, Chasse pêche nature et traditions, les villéristes… Toutes ces formations qui représentaient un courant pas très à la mode dans les médias mais qui étaient importantes dans certaines régions, dans le monde rural. Tout ceci a été fondu dans la nébuleuse autour de l’UMP et un espace s’est libéré repris très largement par le FN dès que Marine Le Pen a repris le parti. Il y a probablement un espace possible pour une droite néo-gaulliste, post-gaulliste et souverainiste, mais la porte est très étroite. Cela fait un petit moment que Nicolas Dupont-Aignan est sur le marché et il fait des scores électoraux qui ne changent pas beaucoup/

Pourra-t-il profiter d’une forme de décrédibilisation du FN lié aux conflits internes ? Pourquoi pas. Pourra-t-il bénéficier d’un « recentrage » des Républicains si Juppé devait être candidat ? Cela dépendra aussi des circonstances. Sur le fond, il est évident que la thématique souverainiste ne va pas disparaitre, loin de là. La situation en Grèce par exemple a été certainement un facteur favorable suite aux constats qu’ils ont dressés avec l’idée d’une souveraineté nationale bafouée par les institutions internationales, européennes, par les marchés...  La vision défendue par les souverainistes a été certainement partagée par une grande partie des Français. Est-ce que cela va se traduire électoralement ? Une personnalité doit porter cette voix de façon audible et crédible. Jean-Pierre Chevènement faisait partie de ce genre de personnalité mais il s’est quelque peu retiré du jeu et Nicolas Dupont-Aignan ne peut pas compter sur une notoriété suffisante pour l’incarner, et ce, même avec le soutien du président du MRC.

Si le contexte leur est profitable, pourquoi ne séduisent-ils pas davantage les Français ?

Quand vous regardez la question des migrants simplement, enjeu crucial pour les élections à venir notamment à la prochaine présidentielle en 2017, cela influence le parti Les Républicains et ses leaders avec la re-négociation de Schengen par exemple. Le risque que courent les souverainiste est semblable à celui qu’a connu les Verts. A partir du moment où tous les partis décident de « verdir » leur discours, mettent un peu de vert dans leur programme, le parti EELV est alors dans une logique de surenchère qui aboutit à les décrédibiliser.
Concernant le souverainisme ou sa version plus présentable qui est le patriotisme économique, tous les politiques ont repris à leur compte cette vision-là. De Wauquiez à Montebourg – ce dernier pouvant appartenir à la catégorie des souverainistes d’ailleurs, avec la critique de la mondialisation, l’Europe libérale, la volonté de sortir de l’OTAN...
 Résultat : les partis estampillés souverainistes ne sont pas particulièrement audibles. Sans parler de l’ombre très forte du FN. 

Jean-Pierre Chevènement sera aux universités d’été le 28 et 29 août aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan. Comment comprendre le rapprochement entre les deux hommes ?

Je ne sais pas ce qu’il se passe dans la tête des uns et des autres, mais j’imagine aisément que les militants du MRC doivent être assez décontenancés ! On a observé des passages d’un camp à un autre plutôt spectaculaire, le plus connu étant celui de Florian Philippot, ancien chevènementiste qui a rejoint les rangs du parti de Marine Le Pen, désormais vice-président du FN.
On perçoit une évolution qui rencontre en partie les constats faits par Debout la France sur la société, la situation de la France en Europe et dans le monde etc.
Il faut aussi garder à l’esprit que Nicolas Dupont-Aignan est dans une logique gaulliste. Cela consiste à dire « Je ne suis pas nécessairement de droite, il faut dépasser les clivages gauche-droite et penser avant tout à la France. »
Quant à Jean-Pierre Chevènement, il n’est plus dans une logique politicienne.
Si le MRC et Debout la France peuvent se rassembler, des listes communes pourraient émerger aux européennes par exemple, néanmoins il y a peu de chances que cela aille bien plus loin.

Quels sont les liens entre les souverainistes et les partis plus classiques notamment le PS et l’ex-UMP ?

Toutes les personnalités politiques qui ont fondé des partis dits souverainistes appartenaient auparavant à des partis classiques. Chevènement était au PS, Philippe de Villiers avait rejoint l’UDF, Pasqua au RPR… C’est principalement autour des débats de Maastricht que les scissions ont eu lieu. A partir du moment où le PS et surtout le RPR ont affirmé leur caractère pro-européen – souvenez-vous en 1992 Chirac hésitait et Balladur l’a poussé à appeler à voter Maastricht alors que la majorité des sympathisants RPR votaient contre, même chose en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen puisque la majorité des sympathisants PS avait voté contre alors que le parti appelait à voter pour -  le départ des leaders souverainistes a contribué à clarifier la situation.

L’idée d’une grande coalition souverainiste, comme le projet d’une grande gauche radicale, fait partie des fantasmes, on ne l’a jamais vu. La pesanteur politique et institutionnelle en France conduit à ce qu’au second tour un choix s’impose, droite ou gauche, et si vous êtes au centre, ou si vous êtes de droite et de gauche, vous êtes marginalisé.

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