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Comment devient-on une ville riche ? Les recettes qui ont marché ailleurs (qu’à Marseille)
©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Désir d'avenir

Comment devient-on une ville riche ? Les recettes qui ont marché ailleurs (qu’à Marseille)

Le commerce international et la liberté économique interne et externe sont des éléments cruciaux à la réussite d'une ville.

Jacques Brasseul

Jacques Brasseul

Jacques Brasseul est ancien élève de l'École normale supérieure de Cachan, agrégé des techniques économiques de gestion, docteur d'État ès-sciences économiques de l'université de Lyon, et professeur des universités en sciences économiques. Il est notamment l'auteur de l'ouvrage Petite histoire des faits économiques: Des origines à nos jours.

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Atlantico : Les modèles de réussite pour les quelques villes Européennes qui ont su garantir leur développement peuvent sembler opaques. Que peuvent nous apprendre les exemples de Barcelone et Valence en Espagne, ou de Singapour pour la croissance d’une ville ?

Jacques Brasseul : 

"Villes et capitalisme, au fond, ce fut la même chose." Fernand Braudel

Les cités commerçantes, depuis les cités grecques, Venise et Gênes au moyen-âge, les villes indépendantes dans l'Italie de la Renaissance, les villes hanséatiques dans l'Europe du Nord, maintenant Hong Kong ou Singapour, ont effectivement dû leur réussite au commerce international.Mais aussi à la liberté économique interne et externe, dont Hong Kong est l'exemple le plus récent.

Les échanges internationaux, le fait d'être un port ou une capitale économique, sont les points cruciaux. La situation historique, le passé commercial sont importants, les exemples récents de réussite comme Singapour ou Hongkong sont des exemples de la liberté économique. Il faut aussi des institutions solides, comme l’exemple inverse de ports et de villes en Afrique, qui ne réussissent pas du fait de la faiblesse des institutions et la corruption endémique.La protection et la sécurité des agents économiques y sont souvent défaillantes. Elles sont nécessaires car la liberté économique seule est insuffisante. Depuis Adam Smith on sait que le libéralisme économique n’est pas la jungle, il faut aussi un Etat fort, respecté, faisant appliquer les règles de vie commune et la loi en général. Ce sont les deux piliers de la réussite : liberté du marché et de l’entreprise d’un côté ET institutions solides, Etat de droit efficace, de l’autre. En plus bien sûr d’une situation géographique favorable. Ces points sont essentiels, ainsi que les traditions historiques des villes commerçantes, de Barcelone à Hambourg en passant par Gênes ou Anvers, et bien sûr Londres, économie-monde au XIXe, selon la terminologie d’Immanuel Wallerstein et Fernand Braudel. L'histoire commerçante joue un rôle essentiel dans la formation des élites, la création de liens, les ramifications et réseaux extérieurs.

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Marseille a extrêmement bien réussi depuis sa fondation par les Grecs de Phocée, dans la calanque du Lacydon, il y a 2600 ans, mais elle est à présent handicapée par le déclin relatif du port (par rapport aux autres grands ports méditerranéens comme Gênes ou Barcelone) du fait des blocages syndicaux, des revendications permanentes, et handicapée aussi par un trop grand afflux de migrants que n'importe quelle ville aurait du mal à gérer, et la cité phocéenne se tiers-mondise.
Un exemple : j'y étais justement mardi soir. En descendant l'avenue qui mène des célèbres escaliers de la gare St Charles vers la Canebière, on trouve des familles entières vivant sur le trottoir, adossées aux murs, sur des matelas de fortune, des canapés de fortune, ramassés dans des décharges, trois générations sont là, survivant tant bien que mal.Il y a des forces de police qui circulent à proximité, mais indifférentes, impuissantes.

Que peut faire le pouvoir ?

Pas grand-chose malheureusement, c'est une pente descendante depuis des décennies.  Le réflexe du pouvoir est d'envoyer toujours plus de subventions, sur un argent qu'il n'a pas, creusant un peu plus une dette déjà énorme, et sans résultat, car les aides ne résolvent pas le problème, ce sont les emplois productifs qui le font. Mais pour les créer, ces emplois, il faut faire le contraire de ce que fait un État même bien intentionné (ie en France étatiser un peu plus chaque année), il faut libéraliser l'économie, c'est-à-dire libérer les 'animal spirits' (Keynes), laisser faire les agents économiques. Mais en France, c'est difficile, peu ont le courage politique des réformes de ce type, du fait des réactions à attendre (grèves, manifs, etc.). Les dernières années de libéralisation effective datent de Mitterrand avec la période Bérégovoy. Mais depuis Chirac, et malgré la tentative Sarkozy/Fillon, la pente est à l’étatisme, encore accélérée par le covid. On a souvent dit qu'en France un gouvernement de gauche (social-libéral) était plus à même de faire passer ces réformes qu'un gouvernement de droite (étatiste-gaulliste) parce que mieux accepté par la population. C'est fort possible, on pouvait espérer que la République en marche serait dans ce cas, mais c'est plutôt la continuation du hollandisme que celle du mitterrandisme réformateur.

Quelle est l’importance du système éducatif et des pôles culturels pour le développement d’une ville ?

Un passé culturel et une richesse touristique sont certainement un atout important, et un moteur de création de richesses, Marseille a investi dans de nouveaux musées et maisons de la culture, mais tout cela reste contrebalancé par la mauvaise réputation des quartiers difficiles, comme les derniers événements de règlements de comptes l’ont montré.

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