Combien de temps pourra-t-on encore maintenir l’exception française dans une Europe en crise ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Combien de temps pourra-t-on 
encore maintenir l’exception 
française dans une Europe en crise ?
©

EDITORIAL

Combien de temps pourra-t-on encore maintenir l’exception française dans une Europe en crise ?

Face à Angela Merkel restée sur la dynamique installée durant l'ère de Nicolas Sarkozy, François Hollande - en insistant sur la croissance et avec la proposition de retour partiel vers la retraite à 60 ans - semble à contretemps. Mais combien de temps pourra-t-il maintenir cette position ?

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

Voir la bio »

Le noyau dur franco-allemand qui devait constituer le cœur de l’Europe se fissure chaque jour davantage. L’invective à peine voilée est en train de prendre le pas sur les propos diplomatiques. Le discours s’est raidit comme si de part et d’autre du Rhin on se trouvait dans deux mondes différents. Angela Merkel propose d’évoluer progressivement vers une union  politique fondée sur une solidarité accrue entre les Etats, avec une surveillance stricte des budgets tout en développant un système de responsabilité politique. En revanche, elle s’étonne des premières mesures prises par le nouveau gouvernement français en faveur d’un retour partiel de la retraite à 60 ans, qui prend l’allure d’une provocation dans un monde où l’on repousse la cessation d’activité à 67 ans dans certains pays, voire davantage.

Par ailleurs un déluge d’impôts supplémentaires pourrait s’abattre sur les Français dès le mois de juillet, ce qui va à l’encontre d’une relance de l’économie qui bat de l’aile. François Hollande voudrait obtenir par ailleurs une mutualisation de la dette, alors que la réduction des déficits abyssaux de la France n’est pas à l’ordre du jour, ce qui conduirait l’Allemagne à devenir le bailleur de fonds pour assurer les fins de mois de l’Europe. Plutôt que de s’appuyer sur son puissant voisin pour engager une politique courageuse de redressement, le nouveau chef de l’Etat préférerait prendre la tête des pays du sud en difficulté pour faire pression sur le premier de la classe en lui faisant porter la plus grande part du fardeau.

Il  veut se poser en s’opposant, alors que son attitude préfigure aux yeux de Bonn le début des renoncements. La chancelière est visiblement exaspérée par les incantations en faveur de la croissance, émanation de vœux pieux, dès lors qu’elles ne s’accompagnent pas d’un plan précis, ce qui lui a valu d’y répondre par des propos très durs, en soulignant qu’elle n’accepterait jamais « des solutions de facilité et de médiocrité ». En réalité, Angela Merkel soupçonne son partenaire français de chercher à gagner du temps, pour éviter d’avoir à prendre des mesures impopulaires. Pourtant, il n’est plus possible d’attendre. Le problème grec est déjà dépassé.

Le feu a gagné l’Espagne et l’Italie est aux premières loges. Il pourrait s’étendre à tout le continent. Dans ce cas, l’Allemagne ne serait pas épargnée, comme en témoigne la remontée des taux d’intérêt qui l’affecte à son tour, comme si les palinodies européennes finissaient par détourner du vieux continent les détenteurs de capitaux qui préfèrent se tourner vers l’Amérique ou l’Asie, tandis que la spéculation toujours aux aguets, est prête à repartir de plus belle. Dans ce contexte morose, il ne reste plus qu’une solution à court terme : l’intervention des banques centrales qui vont suppléer à la carence des gouvernements  en inondant une fois de plus les marchés d’un flot de liquidités qui ira grossir à terme les montagnes de dettes sans que l’on puisse  être assuré qu’elles parviendront à réveiller la croissance.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !