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Des scientifiques ont 40 jours pour observer le cœlacanthe.
Des scientifiques ont 40 jours pour observer le cœlacanthe.
©Wikimedia/Todd Huffman

Kézako

Cœlacanthe : le poisson venu de la nuit des temps qui va nous expliquer d’où on vient

Le cœlacanthe, un poisson mythique, fait l'objet d'une expédition scientifique qui durera 40 jours au large de l'Afrique du Sud. Une équipe de scientifiques va tenter de mieux comprendre les secrets de ce poisson si particulier.

Gaël  Clément

Gaël Clément

Gaël Clément est professeur en paléontologie et maître de conférence au Muséum national d'histoire naturelle.

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Atlantico : Une équipe composée d'un plongeur, Laurent Ballesta, et de six scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle sud-africain, s'apprête à explorer les fonds marins pour étudier l’un des poissons le plus vieux du monde : le cœlacanthe. Qu'est-ce que le cœlacanthe ? En quoi ce poisson est-il mythique?

Gaël Clément : Le cœlacanthe est un animal très rare qui vit dans l’océan Indien, dans des eaux entre 100 et 400 mètres de profondeur, il peut atteindre deux mètres de long. A première vue, il ressemble un peu à un gros mérou, sauf qu’il possède plus de nageoires. Il est surtout remarquable, car il est un témoin du passage entre un animal de type poisson et un animal de type vertébré terrestre. Il y a 360 millions d’années, des animaux munis de pattes et de doigts sont sortis de l’eau pour donner l’ensemble des vertébrés terrestres : amphibiens, reptiles, oiseaux…
Le cœlacanthe n’est pas notre ancêtre, mais c’est un proche cousin des vertébrés terrestres, et comme nous sommes des vertébrés terrestres, on peut dire que c’est notre lointain cousin aquatique.
Il est en grand danger d’extinction. Par rapport à la conservation de la biodiversité marine, il faut absolument qu’on le connaisse un peu mieux afin de la protéger.

Que reste-il à découvrir sur ce spécimen (reproduction, comportement en groupe...) ?

Son anatomie est assez bien connue. Lorsque les biologistes l’on découvert, ils ont vu l’intérêt de l’étudier. Par contre, on ne connait absolument rien de sa biologie, de son comportement, de son mode de reproduction, de ses déplacements, de son brassage génétique… On ne sait pas combien de temps il vit, sa durée de gestation…. Presque tous les spécimens de cœlacanthe qui ont été observés ou pêchés sont des adultes. On ne sait pas où sont les bébés. Les scientifiques s’attendent à découvrir une nurserie, probablement dans les profondeurs de l’océan Indien. Le but de cette mission est de travailler avec des plongeurs professionnels qui vont, pour la première fois, rentrer en contact direct avec l’animal. Les scientifiques vont mettre en place des protocoles d’observation : prélèvements, marquage avec des balises, films pour mieux observer sa nage.

Pourquoi est-il nécessaire d'étudier ce poisson pour comprendre notre évolution ?

C’est intéressant de l’étudier car il porte des traces dans son anatomie de la sortie des eaux des vertébrés : son poumon, ses nageoires semblables à des petits bras.
Son étude approfondie devrait permettre de répondre à trois grandes questions. Tout d’abord, comprendre son comportement social afin de le mettre en parallèle avec celui des autres poissons et des vertébrés terrestres. Ensuite, avec les films réalisés, nous allons observer la nage du cœlacanthe, qui est a priori une nage quasi reptilienne. Ces observations seront mises en regard avec des fossiles de 360 millions d’années, qui sont les premiers animaux marcheurs munis de pattes et de doigts. Tout cela afin d’apprendre sur les conditions de marche au moment de la sortie des eaux.
Enfin, le crâne de cœlacanthe est articulé en deux parties. Il est le seul à posséder ce type de crâne aujourd’hui. Cependant il y a 400 millions d’années, tous les poissons avaient un crâne articulé de cette façon y compris les premiers poissons sortis des eaux. Mais les premiers vertébrés terrestres ont réalisé la fusion de ces deux parties en une seule boite crânienne. De nos jours, tous les vertébrés terrestres ont une boite crânienne unique. Étudier le crâne du cœlacanthe permettra de mieux comprendre l’évolution en une seule boite crânienne.

Propos recueillis par Manon Hombourger

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