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Ce haricot magique est-il à la hauteur des espoirs qu’il suscite pour sauver la planète en plein dérèglement climatique de la faim
©Johanna Royo/Flickr

Innovation

Ce haricot magique est-il à la hauteur des espoirs qu’il suscite pour sauver la planète en plein dérèglement climatique de la faim

Des scientifiques annoncent avoir mis au point par croisement génétique un haricot qui peut supporter de fortes chaleurs. Le but : anticiper le réchauffement climatique, et garder un rendement élevé dans les zones tropicales.

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale. Il est Médaille d'Or 2017 de l'Académie d'Agriculture de France

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

Marcel Kuntz n'a pas de revenu lié à la commercialisation d'un quelconque produit. Il parle en son nom, ses propos n'engageant pas son employeur.

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Atlantico : L'International Center for Tropical Agriculture qui travaille a la création de nouvelles plantes de culture adaptée aux conditions difficiles annoncent avoir créé un nouvel haricot, en croisant les gènes d'un haricot "moderne" avec une ancienne souche mexicaine. Résutat : un haricot qui peut résister à la hausse anticipée des températures, et donc ne pas être impacté par la baisse de la productivité des terres agricoles si le climat devient plus difficile. Comment fonctionne cette innovation ? Est-elle vraiment révolutionnaire ?

Marcel Kuntz : Il s'agit d'une trentaine de lignées de différents haricots qui ont toutes été obtenues après croisement avec un haricot originaire du Nord du Mexique et qui est plus résistant à la chaleur. On a ainsi transféré les caractères génétiques qui conférent cette résistance à d'autres haricots d'intérêt agricole.

C'est certainement utile d'améliorer les propriétés génétiques des plantes, y compris pour cultiver ces haricots dans des zones où leur culture n'était pas possible jusqu'à présent, car trop chaudes. D'un autre côté, la communication sur ces variétés, en arguant que ces lignées seront adaptées au réchauffement climatique, me semble un peu exagérée. Si le climat change, la température ne sera pas le seul paramètre à varier : il peut aussi y avoir propagation de maladies et de ravageurs. Il faut donc également se préoccuper des résistances à ces bio-agresseurs.

De plus, les calculs de ces chercheurs reposent sur des modèles, qui devront être testés dans la vraie vie. Parler de ce genre de travaux, c'est bien et cela nous change des habituels discours catastrophistes sur tout et n'importe quoi. Mais l'agriculture, pour nourrir demain la population, a besoin de bien plus d'investissements que des haricots pouvant produire des graines à une température plus élevée de 3°C : génétique assistée par marqueurs, biotechnologies, technologies de l'information, etc. 

Le défi est immense pour nourrir plus de 9 milliards d'êtres humains. Sans compter qu'il faudra produire plus en réduisant l'impact environnemental.

Mais l'argument de préparer le réchauffement climatique n'est-il pas la question majeure pour l'agriculture en zone tropicale ?

Il y a déjà tellement de défis qui existent et sur lesquels il faut investir que la température – même s'il faut travailler dessus – n'est qu'un paramètre. Il y a beaucoup de pays où le facteur militant n'est pas le réchauffement climatique mais l'eau, et où les besoins en termes d'innovation sur les plantes portent sur ce point. Alors bien sûr, c'est utile de trouver la meilleure combinaison de gènes pour résister à la hausse des températures, mais je pense qu'il s'agit aussi d'une manière de justifier l'obtention de nouveaux crédits...

Est-ce forcément une bonne manière de préparer l'avenir de l'agriculture que de créer "de toutes pièces" de nouveaux types de plantes comme ce haricot ?

Depuis que les chasseurs/cueilleurs se sont mis à l'agriculture, on fait de la sélection génétique pour avoir des plantes adaptées aux champs. Le maïs ou le blé sont des plantes créées par l'homme. Depuis le XXe siècle, on le fait juste à un niveau industriel et scientifique sans recourir au hasard. La génétique est donc capitale bien sûr, mais la logique de l'amélioration des plantes n'a en soi rien de nouveau. Et dire pour des raisons écologiques que l'on n'en aurait plus besoin va à l'inverse de tout ce passé.

Si ce haricot devient si efficace, ne risque-t-on pas d'en devenir "dépendant" au risque de délaisser les autres types de harciot, et de devenir vulnérable à terme ?

Certes, dans le passé on a pu utiliser des types de maïs plus performant, et lorsqu'une maladie est venue les décimer, on ne pouvait pas se retourner. Mais on a alors développé en paralèlle une quantité de nouveaux maïs qui s'adaptent à tous les climats. Ce n'est jamais aussi simpliste que ce que la propagande politique nous pousse à croire. Et les généticiens savent très bien qu'il faut toujours trouver une solution future face à un agent agresseur qui saura trouver la parade. Ils préparent dont toujours l'anticipation des problèmes de demain. 

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