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Carte du chômage en France : gare aux faux-semblants
©LOIC VENANCE / AFP

Réalité derrière les chiffres

Carte du chômage en France : gare aux faux-semblants

Si la situation au niveau national s’améliorait incontestablement avant le confinement, de manière contre-intuitive, le taux de chômage affiché par certains départements français n’est pas toujours représentatif de leur état de santé réel.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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L’analyse de la répartition géographique du chômage en France constitue un exercice classique pour les jeunes élèves de notre pays, qui, pour la majorité d’entre eux, auront rencontré cette carte au moins une fois au cours de leur scolarité. Cependant, son commentaire apparaît plus ardu qu’il n’y pourrait paraître au premier abord car, contrairement à une idée reçue, le taux de chômage par département n’est pas le reflet uniquement du dynamisme de l’emploi du territoire étudié, interprétation traditionnellement avancée pour expliquer les forts écarts au sein de l’hexagone. 

La dernière carte du taux de chômage au troisième trimestre 2019 que vient de publier l’Insee n’échappe pas à ce constat. En effet, une analyse rapide laisserait à penser que les départements affichant les taux de chômage les plus élevés sont les moins créateurs d’emploi, alors qu’inversement, ceux présentant les taux les plus faibles connaissent un boom de l’emploi. Pourtant, une analyse légèrement plus poussée nous montre que cette interprétation est erronée puisque la Seine-Saint-Denis et l’Hérault, deux des départements les plus dynamiques de France en termes de création d’emploi, figurent parmi les mauvais élèves sur le plan du chômage. A contrario, le Cantal, aux performances médiocres sur le plan de l’emploi,ne caracolant pas en tête au niveau national dans le domaine, se caractérise néanmoins par un faible taux de chômage. Il convient donc de distinguer plusieurs types dans les territoires aux plus forts et plus faibles taux de chômage pour essayer de déterminer la nature réelle de l’information statistique.

Concernant les départements aux forts taux de chômage, trois types, qui correspondent à des ensembles géographiques, aux logiques fortement différenciées se distinguent:

- Le nord du pays, comprenant la quasi-totalité de la région des Hauts-de-France (l’Oise exceptée) et deux départements de l’ancienne région Champagne-Ardenne (les Ardennes et la Haute-Marne). Ici, le chômage est à la fois le révélateur d’un faible dynamisme du marché de l’emploi, consécutif de la désindustrialisation, et d’une situation sociale difficile. Les emplois peu qualifiés qui disparaissent ne sont pas remplacés en nombre suffisamment importants par des emplois à plus haute valeur ajoutée, dans un contexte de faible niveau de qualification de la population locale, limitant la création d’entreprises.

- La Seine-Saint-Denis, seul département francilien, apparaît comme une anomalie, puisqu’elle affiche des taux de création d’emploi parmi les plus élevés du pays, en particulier très qualifiés, au sein d’une région globalement dynamique dans le domaine. Ses mauvaises performances au niveau du chômage ne sont donc nullement corrélées à l’économie locale mais sont le produit de l’héritage de la ségrégation socio-spatiale au sein de la métropole parisienne, qui fait que ce département loge prioritairement les populations défavorisées de la métropole, qui travaillent dans les autres départements de la région. A l’opposé, les cadres travaillant en Seine-Saint-Denis n’y résident pas.

- Le littoral méditerranéen constitue un dernier cas de figure. En effet, contrairement au nord de la France, le taux de chômage élevé n’est pas corrélé à la dynamique de l’emploi, favorable, plus proche de celle de la Seine-Saint-Denis, mais est plutôt la conséquence de la forte attractivité de ces départements pour des populations peu argentées extérieures au Midi de la France, et/ou du fait que,parmi les couples nouveaux arrivants, le conjoint ne trouve pas toujours un emploi immédiatement sur place.

Concernant les départements aux faibles taux de chômage, trois grands types, dispersés géographiquement, se démarquent, répondant chacun à des logiques variables :

- Les départements dont le faible chômage est le reflet de la situation favorable de l’emploi local. Il s’agit des départements rhône-alpins limitrophes de la métropole suisse de Genève, à la dynamique considérable de l’emploi irriguant les départements français environnants, mais aussi de l’Ille et Vilaine, grâce au développement de Rennes, ou encoredu secteur Vendée-Poitou au modèle de développement spécifique reposant sur des PME, plutôt industrielles dans le premier département et tertiaires dans le Poitou : assurances à Niort, tertiaire supérieur autour du Futuroscope à Poitiers.

- Les départements dont le faible chômage est le reflet de la situation favorable de l’emploi local et d’une spécialisation résidentielle dans l’accueil des catégories sociales supérieures. C’est le cas de l’Ouest parisien, traditionnelle terre d’accueil des populations aisées au sein de la métropole parisienne, d’autant que les activités du tertiaire supérieur s’y concentre, en particulier dans le département des Hauts-de-Seine.

- Les départements dont le faible chômage est une conséquence de l’émigration des jeunes. Cette situation concerne un nombre non négligeable de départements français faiblement peuplés, aussi bien dans la partie méridionale du Massif Central, que dans d’autres départements ruraux : le Gers, la Manche, la Mayenne et le Jura. La situation favorable du chômage local constitue donc un trompe-l’œil, car elle masque une très forte émigration des jeunes vers les métropoles dynamiques, que ce soit Toulouse, pour le Massif Central, Rennes pour la Mayenne,Caen et la région parisienne pour la Manche, Lyon ou Genève pour le Jura.

En définitive, le taux de chômage ne constitue qu’un indicateur très imparfait des dynamiques territoriales hexagonales, qui ne doit pas masquer les difficultés que rencontrent certains départements, comme, par exemple, le Cantal ou le Jura. Il suffit, par exemple, de faire un tour par un jour de pluie dans la ville jurassienne déclinante de Saint-Claude pour comprendre que ces données sur le chômage ne veulent pas dire grand-chose !

Pour retrouver la carte interactive, avec les différentes données pour chaque département, cliquez ICI

A lire aussi : Nette baisse du chômage : la trajectoire difficile à tenir

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