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Bouter l’Anglais... une sortie du Royaume-Uni tuerait-elle l’Europe ou la sauverait-elle ?
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Jeanne

Bouter l’Anglais... une sortie du Royaume-Uni tuerait-elle l’Europe ou la sauverait-elle ?

Jacques Delors a suggéré ce vendredi au Royaume-Uni de quitter l'Union européenne. Les Britanniques y seraient plutôt favorables, mais serait-ce une bonne chose pour l'Europe ?

Sophie Loussouarn

Sophie Loussouarn

Sophie Loussouarn est spécialiste de l’histoire politique et économique du Royaume-Uni et proche du monde politique anglo-saxon.

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Atlantico : L’Union Européenne serait-elle renforcée ou fragilisée par une sortie du Royaume-Uni ?

Sophie Loussouarn : Pour l’Union européenne, le retrait du Royaume-Uni serait une source d’affaiblissement considérable et remettrait en question ses ambitions d’être une grande puissance face à la montée du continent asiatique. Outre les arguments militaires et diplomatiques et les arguments économiques, la participation du Royaume-Uni est vitale pour l’Union européenne, afin de maintenir la paix et d’éviter les guerres qui ont déchiré l’Europe au cours des siècles passés. Le Royaume-Uni est un modèle démocratique qui a pour origine la Magna Carta de 1215 et reste la sixième économie mondiale, avec de nombreux atouts, notamment la place financière de Londres et une ouverture sur le monde. Comme en témoigne la déclaration de Jacques Delors, la France se réjouirait certes du retrait de la Grande-Bretagne, sans mesurer qu’il affaiblirait le nord de l’Europe et déplacerait la place financière de Londres vers Shanghai ou Hong-Kong. Pourtant, la France et le Royaume-Uni ont en commun une conception identique de la souveraineté nationale.

L’idéologie britannique actuelle est-elle trop éloignée de la politique européenne pour rester dans l’UE ? Qu’est-ce qui rapproche encore le pays de l’Union des 27 ?

Le Royaume-Uni est entré dans l’Union Européenne le 1er janvier 1973 après le départ du Général de Gaulle qui avait mis son veto à la candidature britannique en 1963 et 1967. Le Royaume-Uni a toujours été un membre à part de l’Union Européenne et a choisi de rester à l’écart du volet social et de l’union monétaire.

Lorsque l’euro a été créé, le Premier Ministre britannique Tony Blair a jugé que le Royaume-Uni n’était pas prêt à entrer dans la monnaie unique et a décidé de garder la livre sterling afin de conserver la haute main sur la politique monétaire et fiscale britannique.

Si le Royaume-Uni a toujours eu à cœur de défendre son intérêt national, ses revendications en matière de droit du travail s’expliquent par la volonté de privilégier la flexibilité du marché du travail qui lui a toujours permis de maintenir un taux de chômage plus bas que le reste des pays de l’Union européenne (7,9% de chômage au Royaume-Uni en novembre 2012, contre plus de 10,8% pour la France et 25% pour l’Espagne).

Néanmoins, le Royaume-Uni peut encore influencer l’Union Européenne, comme l’a montré la position du Premier Ministre David Cameron le 24 novembre 2012 lorsqu’il a demandé un rabais au budget européen et qu’il a reçu le soutien de l’Allemagne, de la Suède et des Pays-Bas.

Le Royaume-Uni est aujourd’hui encore très proche de l’Union Européenne et lui apporte une vision libérale de l’économie. Le Royaume-Uni a signé un accord de coopération militaire avec la France en novembre 2010. En outre, Le Royaume-Uni partage les mêmes valeurs que les autres pays européens en matière de politique énergétique, de lutte contre le réchauffement climatique, de sécurité et d’aide au développement.

 

Le Royaume-Uni aurait-il intérêt à sortir de l’UE et à avoir uniquement un partenariat économique avec cette dernière ? Quelle serait alors sa stratégie ?

L’appartenance à l’Union Européenne qui est le plus grand marché unique du monde avec 500 millions d’habitants et une zone économique plus vaste que les Etats-Unis et le Japon réunis a beaucoup bénéficié à l’économie britannique. L’Union Européenne est non seulement un espace de libre-échange sans droits de douane mais également un ensemble de règles communes auxquelles les 27 pays membres doivent se plier. Comme l’a déclaré le Premier Ministre britannique le 9 décembre 2011 : « Le Royaume-Uni est membre de l’Union Européenne parce que cela est bon pour les emplois britanniques, pour l’investissement britannique et pour le commerce britannique. Nous sommes une nation commerçante et nous avons besoin de marchés ouverts. » Le Royaume-Uni exporte 51% de ses biens et services vers des pays de l’Union Européenne, contre 13% aux Etats-Unis. L’appartenance à l’Union Européenne a permis au Royaume-Uni de créer 3,5 millions d’emplois. En outre, le Royaume-Uni bénéficie d’investissements étrangers importants. L’appartenance à l’Union Européenne est essentielle pour les entreprises britanniques. Le droit de la concurrence européen a contribué à ouvrir des marchés et a permis aux entreprises britanniques de se développer sur le continent. Les tarifs téléphoniques ont beaucoup baissé ce qui a bénéficié aux entreprises et aux ménages britanniques.  Enfin, la libre circulation, le droit de travailler et d’étudier dans les pays de l’Union Européenne a permis à 1,6 millions de Britanniques de s’installer dans un autre pays que le Royaume-Uni.

Cependant, il existe des alternatives à l’appartenance à l’Union Européenne. La zone européenne de libre-échange créée en 1959 par le Royaume-Uni et qui regroupe aujourd’hui l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse serait une alternative à l’Union Européenne, mais ces pays réunis ont une population inférieure à celle du Grand Londres. Par ailleurs, la zone européenne de libre-échange n’a pas l’influence politique et économique de l’Union Européenne et n’est pas un marché unique. L’Espace Economique Européen créé en mai 1992 serait également  une solution puisqu’il permettrait la libre circulation des biens, des services et des peuples des pays membres.

L’Accord nord-américain de libre-échange, ratifié en janvier 1994 pourrait être pour le Royaume-Uni une deuxième possibilité à l’Union Européenne. Cet accord regroupe les Etats-Unis, le Mexique et le Canada et constitue un marché de 400 millions de personnes. Le commerce entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada a doublé depuis 1993, mais ces trois pays ont une frontière commune alors que le Royaume-Uni serait un membre off-shore et rien ne dit qu’il serait le bienvenu dans un club régional transatlantique.

La troisième possibilité serait pour le Royaume-Uni de se tourner vers le Commonwealth, association qui regroupe 54 pays de tous les continents et assure le rayonnement du Royaume-Uni dans le monde, notamment en Inde. Cependant, le Commonwealth ne peut pas rivaliser avec l’Union Européenne en terme de débouchés commerciaux.

 

Les prochaines élections au Royaume-Uni auront lieu en 2015. Peut-on s’attendre à un inversement de la tendance eurosceptique ? Le labour peut-il revenir au pouvoir ?

La montée de l’euroscepticisme s’explique par la crise de la zone euro qui a frappé de plein fouet l’économie britannique très dépendante de l’Union Européenne pour ses exportations. Néanmoins, l’euroscepticisme n’est pas le seul fait du Royaume-Uni et se répand également en Espagne et au Portugal. Les sondages réalisés par l’Observer en novembre 2012 ont révélé que 56% des Britanniques seraient favorables à une sortie de l’Union Européenne. Les élections européennes de 2014 seront le premier test qui permettra de juger l’état de l’opinion britannique et de vérifier la montée du très eurosceptique UK Independence party de Nigel Farage dans un scrutin proportionnel qui permet la représentation de petits partis au Parlement européen.

David Cameron est favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne mais il doit faire face à la montée du UK Independence Party qui rallie aujourd’hui 7% des Britanniques qui ont voté pour le parti conservateur en 2010. En outre, le Maire de Londres, le très populaire Boris Johnson, qui apparaît aussi comme un rival du Premier Ministre David Cameron est favorable à l’organisation d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni  à l’Union Européenne. A la différence de nombreux membres du parti travailliste, le chef actuel du parti, Ed Miliband, s’oppose à l’organisation d’un référendum. Les élections législatives auront lieu en mai 2015 et il convient aujourd’hui d’attendre les vœux que prononcera David Cameron le 1er janvier 2013 à l’occasion du quarantième anniversaire de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union Européenne.

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