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"Au café de la ville perdue" : un récit plein de couleurs et d’émotions
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"Au café de la ville perdue" : un récit plein de couleurs et d’émotions

De : Anaïs Llobet Editions de l’Observatoire Publié en novembre 2021 324 pages 20 Euros

Elisabeth Autet

Elisabeth Autet

Elisabeth Autet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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THÈME

Une jeune romancière est à Chypre afin de connaître ce que fut la destinée de Varosha, ancienne station balnéaire, ville envahie par l’armée turque en 1974, et entourée depuis de fils barbelés.

Chaque matin, elle s’installe au « Tis Khamenis Polis », café de la ville perdue, afin d’écrire sur le douloureux destin de cette île où chypriotes grecs et chypriotes turcs se déchirent. Elle peine sur son texte jusqu’au moment où…Giorgios, vieil homme, s’approche d’elle en parlant de Varosha ; Ariana, la jeune serveuse tatouée, fille d’Andreas, propriétaire du café, s’approche également de la jeune écrivaine.

Ariana va alors proposer à la romancière de l’aider à reconstituer l’histoire de Varosha si celle-ci l’aide à immortaliser la maison du 14, rue Ilios que son père s’apprête à vendre. Au gré de la Grande et Petite Histoire, nous voici embarqués dans l’histoire de Varosha, de ses habitants, et plus particulièrement de la famille d’Ariana.

En alternant les chapitres se déroulant au moment de l’enquête et ceux qui se sont déroulés dans les années 1960, la romancière construit une fresque familiale avec ses secrets, ses drames. Ioannis , jeune chypriote grec, tombe amoureux d’Aridné, jeune chypriote turque ; malgré les réticences des 2 familles, ils se marient. Nous suivons le quotidien de ce jeune couple, de ces familles au gré du développement balnéaire de leur ville. Des trahisons, l’invasion de la ville par les Turcs auront raison de l’amour du jeune couple. Ils disparaîtront.. Leur fils Andreas sera élevé par la sœur d’Ioannis ; cet Andreas propriétaire du café et père de la jeune Ariana. La romancière remonte le fil de la vie de tous ces personnages tout en les ancrant dans le présent.

POINTS FORTS

- L’histoire fort bien rendue de ce conflit armé, des ressentiments entre les différentes communautés.

- L’alternance entre la découverte de l’incroyable histoire de cette ville de Varosha, ville balnéaire importante et réputée dans les années 1960 quand stars d’Europe et d’Hollywood s’y pressaient et le récit des combats que se livrèrent Grecs et Turcs pour le contrôle de Chypre, et cette histoire familiale servant de support à  l’Histoire.  L’auteure nous entraîne à suivre cette famille brisée par un conflit sans fin, une famille avec son lot d’amour, d’épreuves terribles, pleine de rancœurs, de trahisons. Forte personnalité que celle d’Ariana qui veut faire revivre cette maison du 14, rue Ilios et en garder tous les souvenirs. Cette jeune fille fait écho, en quelque sorte, à la personnalité d’Aridné, sa grand-mère, cette chypriote turque.

QUELQUES RÉSERVES

Malgré l’originalité de la construction, j’ai éprouvé une difficulté à entrer dans le livre : trop de longueurs au début. Les allers-retours entre les différentes périodes de l’histoire m’ont parfois déroutée. La fin du livre, la petite histoire un peu violente, m’a semblé ne rien apporter à l’Histoire de Varosha.

ENCORE UN MOT...

Qu’ils soient Grecs, Trucs ou Chypriotes… les personnages apparaissent durs, menteurs, manipulateurs mais tous aiment Varosha. Les personnages féminins font preuve d’une grande force.

Ce livre est l’occasion de redécouvrir l’Histoire de cette île de Chypre qui n’est pas un petit bout de confetti ensoleillé en Méditerranée, mais le théâtre de violents conflits entre deux peuples. Je l’ai lu alors que nous vivons des moments tragiques : l’Histoire ne serait-t-elle qu’un perpétuel recommencement ?

Avec une langue expressive, c’est un récit plein de couleurs, de sensations, d’odeurs, d’émotions, un récit qui nous parle de mémoire, de nostalgie, d’héritage avec beaucoup de sensibilité.

Et j’ai aimé l’exergue d’Italo Calvino.

UNE PHRASE

- « Il a raison, c’est trop tard…… Le 14 rue Ilios n’existe plus. Elle est arrivée trop tard. Ce n’est plus une maison mais un ensemble de pierres et de poutres recouvertes de chiures d’oiseaux. Et derrière elle, devine Ariana, c’est toute la ville qui gît, les entrailles ouvertes, en putréfaction ». (p. 298)

« Je la regardai s’éloigner, le cœur serré. J’avais cru le 14, rue Ilios éternel comme le Tis Khamenis Polis. En réalité, tout changeait ; il n’y avait que l’écriture qui figeait les instants et prétendait les enraciner dans la mémoire. J’étais peut-être parvenue à sauver une maison, quelques souvenirs, mais ce n’était qu’artifice. Dans la vie, sitôt le livre refermé, l’oubli s’emparerait du reste ». (p.308)

L'AUTEUR

Anaïs Llobet est journaliste, a travaillé aux Philippines, à Moscou, actuellement à Nicosie pour l’AFP. Elle a publié Les Mains lâchées (Plon, 2016)et Des hommes couleur du ciel (éditions de l’Observatoire) a reçu le prix Etonnants Voyageurs en 2019.

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