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Nos goûts en matière de maison ont bien changé.
Nos goûts en matière de maison ont bien changé.
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Série : l'évolution des goûts

Architecture et agencement intérieur : nos goûts en matière de maison ont bien changé

Si les goûts alimentaires évoluent, les goûts en matière d'architecture aussi. Troisième épisode de notre série sur l'évolution des goûts.

Romain Gourmelon

Romain Gourmelon

Romain Gourmelon est un spécialiste de l'rchitecture du XVIIIème siècle qu'il a étudié à l'Ecole du Louvre ainsi qu'à Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il a orienté mes recherches sur les travaux du lorrain Richard Mique, architecte de Stanislas Leczinski, Marie Leczinska et Marie Antoinette. Aujourd'hui, il propose des études historiques auprès des collectivités et particuliers afin de valoriser notre patrimoine architectural.

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Les modèles architecturaux évoluent en fonctions des styles, ils sont le miroir des goûts de l'époque et le reflet des goûts artistiques en général. Les modes sont aussi importante, les styles se succèdent pour les illustrer. Par exemple, on passe du Paris Haussmanien grandiose et sobre de la fin du 19ème au Paris coloré des années 20. Les années 20 et l'art nouveau marquent l'arrivée ou le retour des céramiques et des matériaux colorés. Dans l'entre deux, le goût s'est déplacé vers les briques, des immeubles blancs unis sont passés aux bâtiments rouges.

Les goûts changeant sont aussi un moyen de marquer une rupture entre deux styles, à titre d'exemple on peut citer le contraste qui existe entre le Paris haussmanien et celui des années folles.

A l'intérieure des demeures, les changements sont tout aussi présents. Par exemple, au 17ème siècle, on aimait les grandes pièces, aux fonctions polyvalentes ; au 18ème, on redivise les appartements qui sont eux-même plus petits et chaque pièce est toujours polyvalente, quant au 19ème, c'est l'époque de pièce intime, spécialisée. C'est le reflet d'un mode de vie, avec le retour des banquets, des repas entre amis... On choisit des pièces intimes, chaleureuses.

D'autre part, cette évolution de l'architecture existe et est rendue possible grâce aux progrès techniques et est également nécessaire, surtout au 19ème, à cause de l'exode rurale. L'Etat impose un certain style dans un but d'unité mais aussi pour des raisons pratiques. Le Paris haussmanien, par exemple, reste le reflet d'une époque mais marque aussi l'apparition de rues plus larges, d'immeubles plus hauts.

Si la ville est remodelée, c'est en partie une histoire de mode et en partie dans le but de pouvoir accueillir des populations entières issues de l'exode rural.

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Atlantico : Comment le goût pour les types de maison a-t-il évolué au cours des 200 dernières années ?

Romain Gourmelon : .A partir du XIXème siècle, on commence à distinguer deux grands types d’habitations bien distinctes : le logement individuel et le logement collectif.Bien que déjà connu et répandu depuis de nombreux siècles, l’habitat collectif se développe de manière exponentielle au sein des grandes villes. Cette croissance est bien entendue une des composantes de l’exode rurale dû à une industrialisation massive. C’est donc en ville que les plus grandes transformations vont avoir lieu, ainsi que l’évolution même des habitations.

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La maison rurale particulière quant à elle n’évolue que très peu, du moins jusqu’au milieu du XIXème siècle, sous l’impulsion de l’évolution de l’habitat urbain mais également grâce au progrès des techniques de construction et de transport. Il faut également à noter la multiplication des ouvertures et des percements par l’utilisation du verre à vitre. A l’intérieur, le grand changement va s’opérer par le traitement du sol, où dalles et carrelage remplacent la terre battues.

Les grands progrès de la fin du XIXème et du début du XXème siècle (électricité, eau courante, gaz…) vont également transformer le logement, qu’il soit urbain ou rural, collectif ou individuel.

En France entre les deux guerres, plus de 2 millions de personnes quittent la campagne pour la ville. Ce nouvel exode va radicalement changer, non seulement les villes et leur périphérie, mais sera aussi au départ de la création des grandes cités périurbaines.

Ces cités, bien que déjà existante dès le début du siècle précédent, revêtent à présent une toute nouvelle forme, plus étendue, plus haute et plus peuplée. C’est bien avec la hauteur qu’il va falloir compter au XXème siècle. La création de l’ascenseur va permettre de construire toujours plus haut avec une emprise réduite au sol, pour pouvoir accueillir toujours plus d’habitants. L’innovation dans ces nouveaux édifices ira même jusqu’à imaginer des groupements de logements quasiment autonomes. On peut ici parler de l’industrialisation du bâtiment et par extension du logement. Le meilleur exemple de ce bouleversement dans les années 1930 est la création de la Cité de la muette à Drancy (1931-1934). Ces premiers pas vers des logements collectifs de grandes ampleurs prendront un nouveau tournant avec Le Corbusier et la construction de sa Cité radieuse à Marseille à partir de 1947. Cet immeuble va annoncer les grands ensembles qui constitueront les grandes cités périurbaines. Ces créations de nouveaux logements aboutiront même dans certains cas à la création de nouvelles villes. C’est dans ce cas l’habitat qui crée son propre territoire.

Après le choc pétrolier, cette politique des grands ensembles va commencer à être abandonné au profit d’autres types de logements. C’est à cette période que le modèle pavillonnaire va trouver un écho favorable en lointaine périphérie des villes. Ces logements remontent au développement urbain du XIXème et du premier exode rural. Il englobe à l’époque les nouvelles maisons de plaisance mais également les maisons ouvrières des cités patronales. A partir de 1975, le développement des réseaux de transport et routiers, la démocratisation de la voiture mais aussi les incitations gouvernementales vont amener de nombreuses familles à investir dans ces pavillons plus ou moins loin des centres ville. Ces pavillons sont loin d’être isolés les uns des autres et ce regroupent sur de vastes étendues. Ce modèle va rapidement s’imposer au Etats-Unis et est aujourd’hui le logement principal de millions d’individus. Ces pavillons sont le modèle d’habitation des classes moyennes.

Il est cependant difficile de faire un état global de l’évolution de l’habitat au cours des 200 dernières années, tant les types d’habitation sont divers : logement collectif, maison rurale, villa, grande demeure…

Il faut tout de même noter que l’habitat est de tout temps et de toutes les sociétés un marqueur social fort. Chaque groupe, chaque classe sociale va définir son logement propre.

Aujourd’hui avec ces modèles bien définis, les enjeux semblent bien différents. La nouvelle crise du périurbain amène déjà à se positionner différemment sur la façon de concevoir le logement, et notamment sur son emprunte par rapport à son territoire et par rapport aux questions environnementales.

Comment la taille et la conception des pièces de vie ont-elles évolué ? 

Concernant l’habitat collectif, les espaces de vie vont rapidement se hiérarchiser. Les pièces de vies communes donnent généralement sur la rue tandis que chambres, cuisines, et pièces d’eau sont relayées à l’arrière.

Au cœur de la maison individuelle les pièces aussi se spécialisent, et chaque lieu du logement acquiert un usage propre. Là encore il faut distinguer la maison individuelle des classes bourgeoises à celle des classes plus ou moins défavorisées. Les besoins sont différents, dans un cas on cherche la fonctionnalité des espaces pour vivre, dans l’autre ce sera en plus la recherche du confort et l’affirmation même d’un statut social. Ces deux aspects confèrent à chacun de ces deux types, des caractéristiques propres.

Quelle a été l'évolution des matériaux utilisés ?

Les matériaux vont avoir un rôle primordial dans l’évolution de l’habitat, mais aussi de l’architecture plus généralement. Une fois encore le XIXème siècle est une période d’innovation et de maîtrise de nouveaux matériaux comme certains aciers. C’est en 1840 que Louis Vicat élabore le ciment moderne, qui va tenir une place majeur dans les constructions postérieures. Le béton bien qu’usité depuis l’Antiquité, connait une révolution à partir de 1890 avec l’invention du béton armé.

Dans le monde rural, on remplacera au XIXème siècle presque définitivement bois et torchis par pierres et briques, et pour le couvrement la tuile et l’ardoise se démocratisent fortement. Il faut bien entendu ici prendre en comptes les spécificités régionales et territoriales.

Depuis quelques années, la recherche de nouveaux matériaux "propres" non polluant, respectant le territoire et l’environnement, est un moteur dans la conception de nouvelles architectures, de nouveaux types de logements. Les énergies renouvelables seront certainement, dans quelques années, une composante incontournable dans l’élaboration de l’habitat du futur.

En matière de couleurs et de décoration, quelles ont été les évolutions majeures ? 

Il est difficile de résumer l’évolution de l’aménagement et de la décoration des différents types d’habitation sur 200 ans. Pour se faire il faudrait se référer aux grands mouvements artistiques des arts décoratifs. C’est peut être dans ce vaste domaine des arts que les changements, les transformations, les évolutions seront les plus foisonnants. Ces modes suivent bien entendu les grands mouvements artistiques tels que l’Art Nouveau, Art Déco, le Modernisme et bien d’autres.

Il s’agit tout de même de remarquer dans cette riche période, l’apparition du design. Le design ne peut être dissocié de l’innovation technique et de la production en série, elle est même son fondement propre. Le design révolutionne l’aménagement de ces habitations, puisqu’il est le principe même de la démocratisation de la création, de l’inventivité ou encore de la technicité au service de tous, par son caractère de production à plus ou moins grande échelle.

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