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Après Orlando, les gays vont-ils se droitiser ?
©Reuters

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Après Orlando, les gays vont-ils se droitiser ?

L’attentat d’Orlando sape durablement les fondements de cette alliance entre minorité musulmane et minorité homosexuelle. Il montre en effet que les homosexuels n’ont absolument rien à gagner de la montée de l’islamisme, telle qu’elle est encouragée de fait dans les quartiers les plus sensibles, y compris au plus haut niveau du Parti Socialiste.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Après l’attentat d’Orlando, une question doit être suivie avec une attention particulière: la puissante communauté gay, traditionnellement à gauche et opposée au bloc identitaire, va-t-elle changer son fusil d’épaule et se montrer moins tolérante vis-à-vis de la communauté musulmane? Il est trop tôt pour le dire, mais nous assistons peut-être à un basculement des positions politiques acquises jusqu’ici.

Gays et anti-racisme: une continuité naturelle

Dans le grand mouvement de lutte contre la domination majoritaire (chrétienne et hétérosexuelle), les mouvements homosexuels ont, à la fin des années 80, cherché à multiplier les points d’attaque. L’émergence de SOS Racisme, en son temps, fut l’une des facettes de cette stratégie, bientôt augmentée avec la naissance d’Act’Up.

Les deux associations ont la particularité d’avoir été activement soutenue par l’un des plus éminents représentants de la communauté gay en France, Pierre Bergé.

Dans les années 90, s’ouvre donc une ère où l’expression des minorités convergent dans une contestation globale de ce qui est aujourd’hui défendu par les mouvements identitaires. Cette convergence des luttes, comme dirait la Nuit Debout, s’est largement appuyée sur une posture victimaire qui a soudé les affects. Les immigrés sont des victimes de l’esprit colonial défendu par les Français de souche. Ces derniers n’aiment pas les homosexuels et les discriminent volontiers.

Difficile de soutenir un combat sans soutenir l’autre.

Les gays et la pensée unique

L’unité de combat a aussi impliqué l’unité de méthode, fondée sur une logique binaire appelée pensée unique. D’un côté, il y a le langage autorisé: les minorités sont victimes de la majorité, et elles ont droit à une sorte de réparation éternelle pour cette discrimination, et en même temps qu’elles bénéficient d’une impunité, d’une sorte de grâce permanente.

De l’autre, il y a ceux qui refusent la tyrannie des minorités et la déconstruction organisée du fait majoritaire. Ceux-là sont forcément d’extrême-droite, des fascistes, des dissidents.

Face à la montée d’un projet politique sournois mais invasif dans les « quartiers », fondé sur une compréhension politique de l’Islam, la communauté gay a donc volontiers rejoint la communauté féministe dans la cécité et la persécution tyrannique. Tous ceux qui ont expliqué que les attentats de 2015 participaient d’une visée politique dangereuse liée à une montée d’un Islam non laïcisé en France ont été assimilés à des racistes bien sûr, mais aussi des partisans naturels de l’homophobie, du machisme, de la discrimination sexiste.

En quoi Orlando change la donne

L’attentat d’Orlando sape durablement les fondements de cette alliance entre minorité musulmane et minorité homosexuelle. Il montre en effet que les homosexuels n’ont absolument rien à gagner de la montée de l’islamisme, telle qu’elle est encouragée de fait dans les quartiers les plus sensibles, y compris au plus haut niveau du Parti Socialiste.

À force de nier les évidences qui montaient, les évidences sont venues aux homosexuels: ils seront les premiers sur la liste des victimes d’un système de soumission à l’Islam. Dans le grand débat qui opposent les défenseurs de « l’après-tout ce n’est pas si grave » et les partisans d’un retour à une laïcité intégrale et militante, les homosexuels ont largement, jusqu’ici, rejoint le premier camp. Orlando souligne l’erreur stratégique de cette attitude.

Combien de temps prendra la droitisation homosexuelle ?

Reste à savoir combien de temps prendra la transformation politique des points-clés de l’identité homosexuelle. D’un simple point de vue sociographique, le phénomène est intéressant à suivre. Dès le début de l’année 2016, un premier signe est apparu: le romanHistoire de la Violence d’Édouard Louis met en scène la désillusion et l’incompréhension d’un jeune homosexuel victime de la violence perpétrée par un Arabe. Or, Edouard Louis est une sorte de ludion créé de toutes pièces par la communauté homosexuelle et qui en exprime assez bien les clichés, les caricatures et les stéréotypes.

Orlando devrait accélérer ce mouvement de « reflux » et de dissociation entre la minorité homosexuelle et la communauté musulmane.

Cet article a été publié sur le blog d'Eric Verhaeghe

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