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Allons nous laisser mourir les territoires ? Solutions numériques ?
©JOEL SAGET / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

Allons nous laisser mourir les territoires ? Solutions numériques ?

Il nous faut résister au fatalisme : des solutions modernes existent.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Les territoires meurent. Nous pourrions être fatalistes. Darwiniens. Nous résistons à cette idée car nous les avons connu vivants. Comme un membre de notre famille. Ces petits villages, ces villes moyennes, qui nous ont souvent donné naissance et dans lesquelles nous avons même plaisir à retourner. Mais que nous ne reconnaissons plus. Elles deviennent des terres labourées au désespoir, et accouchent de graines de violence. La violence bourgeonne partout et prospère, rejoignant ainsi, sur la base de cet unique point commun sa sœur, la grande ville, qui pourtant pourvue d’argent et d’attention, bruisse de violence et de perte d’identité. Culturelle notamment. Est ce que le digital peut contribuer à changer cela ?

Nos communes sont en faillite. Ce n’est pourtant, ni une profession ni rentable, ni politiquement correcte. Mais c’est ainsi. Il n’y a plus ni travail, ni perspectives. Que des dettes et des terres vides. Pour les villes moyennes, l’hôpital est devenu le plus grand employeur. Ils soignent des condamnés. Déprimant. Les politiques n’ont pas de solution et on peut les comprendre. Le travail se concentre, la grande ville aspire la valeur des territoires, car sa folie concentratrice a besoin de sang, jusqu’au jour où elle les aura vidé et devra trouver de se nourrir ? De l’homme.

Dans le monde, quelque soit les cultures et les climats, la tendance est la même. Les terres agricoles se sont vidées, et ses habitants, en tous cas, la plupart de ceux qui sont restés, passionnés de cette terre dont ils nourrissent l’humanité, font souvent l’actualité pour de sombres raisons. Faible retraite. Suicide. Eux, dont le travail nous permettait de vivre. Ils sombrent politiquement. Aussi.

Dans le monde, à la grande différence de ce qui se passait avant, les grandes villes n’innervent plus les plus petites. Elles s’innervent entres elles, entre mégalopoles, mais n’apportent plus aucune richesse aux territoires qui les entourent. Les études sont sans appel. Hong Kong, New York, Shang Haï, travaillent. Mais entre elles, uniquement. Il faut donc s’urbaniser ou mourir. Et pourtant s’urbaniser, c’est mourir un peu. Récemment, même si on peut expliquer les chiffres, l’espérance de vie montre un signe de baisse….en ville !

Ce désespoir recèle d’un terrible effet boomerang. Le populisme. Dans les villes moyennes qui avaient fait le choix de l’immigration, la disparition des « français de souche », partis à « la grande ville », celle des emplois, a laissé place à une forte proportion d’immigrés installés ou récents, provoquant la révolte sourde au quotidien, sonore dans les urnes, des plus âgés, qui eux, sont restés. Les exemples se multiplient partout, et le FN y gagne une partie de ses voix, comme ses équivalents le font en Italie, Autriche, Angleterre, Allemagne… La fronde populiste naît de la perte de l’emploi et de l’incompréhension des plus vieux, qui sont aussi ceux qui votent le plus. Une large partie de l’électorat de Trump, est celui des territoires oubliés du centre des USA, qui a perdu tout espoir dans le rêve américain, sa dignité et son emploi. Et blâme les politiques de Washington DC, qui ont laissé ses emplois partir à l’étranger. Comme le dit John Lettieri, dirigeant du Economic Innovation Group à Washington, votre réussite pour le moment est une question de « zip code » (code postal) !

Mais dans le même temps, la concentration des emplois, dans les grandes villes, produit pour une raison différente, les mêmes effets. Violence et stress. Même la conduite est devenue source de péril. Perte de toute mixité sociale, liée à la montée des prix immobiliers, inaccessibles aux classes moyennes et populaires, et une discrimination à l’embauche réelle, qui a accru le désespoir d’une partie des enfants de l’immigration dont les parents avaient un emploi, mais pas eux. Dès lors, l’amertume s’est fait violence, une mixité partielle s’est transformée en combat de rue sur fonds d’affrontement culturel et confessionnel, jusqu’aux extrêmes que l’on connaît.  Et la trop forte proportion de chaque clan, favorise la « ghettoisation », dénoncée régulièrement et que tout le monde aime à nier au nom du politiquement correct. Le combat ne fera qu’empirer. Car la situation économique, ne pourra servir de pansement. Et l’incompréhension désormais profonde et ancrée, ne fera plus marche arrière.

Et c’est là l’autre surprise. Les riches en emploi des grandes villes, rejoignent les pauvres en emplois des campagnes dans une détestation commune,  une forme de désespoir et de pauvreté aux causes différentes, mais aux conséquences identiques. Même le « riche » des villes, qui entend les discours et les promesses de l’automatisation, comprend que son appartement cossu de quartier chic, ne lui sera plus accessible, quand 47 à 92% des tâches qu’il ou elle, effectue, seront remplacées par l’automatisation en moins de 15 ans. Et contrairement aux Schumpéteriens béats, qui veulent rester aveugles et sourds, ou qui, incapables de faire la différence entre Paris et le reste du monde, chacun a bien compris que l’emploi connaîtra un véritable cataclysme. Ainsi, ce riche urbain, rencontre ce pauvre rural, et ils partagent tout à coup, la peur du présent et du futur pour mieux communier dans le rejet de l’avenir, et la cession au populisme. Comme aux USA. 40% de l’électorat de Trump est un riche urbain. 

Alors le digital dans tout cela ? Coup de massue final ou bouée de sauvetage. Je me contenterais, cette semaine pour manager le suspense de tracer les pistes de ce feuilleton, qui émaillera vos congés scolaires :

Internet est en baisse dans le monde. Raison ? Les territoires, petits et moyens, ne font pas partie des priorités des acteurs du numérique. Telecom inclus. La fracture s’accroît. Le digital y contribue.

Le nombre de pays qui sombre dans le populisme ou la dictature a augmenté de 20% depuis 15 ans.

Le digital, pour tenir ses promesses et gagner (ou ne pas trop perdre) d’argent, a besoin de concentration. Donc privilégie les grandes villes.

Le digital ne créé lui aussi des emplois que dans les grands centres urbains. Pas ailleurs.

En contrepartie :

Le digital et le travail à distance favorisent, la vie à distance du travail. Donnant une opportunité de repeupler les territoires éloignés. Pour y retrouver calme, air pur et alimentation de qualité.

Le digital permet, même au plus profond du Sahel, de donner vie à des activités, des productions, des échanges, impossibles autrement. La blockchain pourrait contribuer à sauver la bande sahélienne en moins de 10 ans !

La qualité, qui repointe son nez, dans les désirs du consommateurs, demande de réinventer les territoires afin qu’ils la produisent.

La contrainte, mère de l’humanité, donne au désespoir, des outils pour le conjurer.

Voilà les thèmes que je développerai pour vous lundi prochain, cela vous donne 1 semaine pour y travailler, il y aura interro !

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