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Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'entretient avec des élèves de l'école Castle Rock, à Coalville, dans le centre de l'Angleterre, le 26 août 2020.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'entretient avec des élèves de l'école Castle Rock, à Coalville, dans le centre de l'Angleterre, le 26 août 2020.
©Jack Hill / POOL / AFP

Adieu les petites Anglaises

Les règles d’immigration post Brexit provoquent un effondrement des séjours scolaires en Angleterre

Guilhem Dedoyard

Guilhem Dedoyard

Guilhem Dedoyard est journaliste à Atlantico.

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Moins de 50 kilomètres séparent les côtes françaises des rivages britanniques. Et tous les élèves de France apprennent l’anglais dès leur plus jeune âge. Aussi, la Grande-Bretagne, pays voisin et membre de l’Union européenne était l’endroit rêvé pour pratiquer la langue de Shakespeare dans le cadre d’un séjour linguistique. Mais le Brexit est venu changer la donne. Comme le rappelle le site du gouvernement lié à ces questions, « depuis le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni est un pays tiers à l’Union européenne. Le droit de l’Union a cessé de s’appliquer au Royaume-Uni ». Les formalités administratives se sont complexifiées avec des contrôles plus drastiques à la frontière mais surtout, depuis le 1er octobre, les voyageurs sont dans l’obligation d’être en possession d’un passeport valide. Jusqu’alors la carte d’identité suffisait encore. De même, le document de voyage collectif, facilitant la participation aux voyages scolaires des élèves mineurs de nationalité non européenne, ne sera plus accepté par le Royaume-Uni. Fort heureusement, « pour les voyages scolaires de courte durée, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne sont exemptés de visa. » Une complexification des procédures qui n’est pas sans conséquence sur l’organisation de ces voyages.

Environ 550.000 élèves concernés 

Avant la crise du Covid, environ 10.000 voyages scolaires étaient organisés depuis la France vers le Royaume-Uni, selon les chiffres communiqués par l’ensemble des professionnels du secteur (EDV, UNOSEL, RESOCOLO, OFFICE, CDM) en avril dernier. De plus, 50 000 jeunes effectuaient un séjour linguistique, par le biais du programme Erasmus (dont le Royaume-Uni s’est désormais retiré) notamment. Environ 550 000 jeunes étaient ainsi potentiellement concernés par les nouvelles mesures. Alors que le Covid a arrêté complètement les voyages scolaires pendant presque deux ans, 2022 semble être l’année du redémarrage. Avant la pandémie, le Royaume-Uni était la première destination pour les voyages linguistiques depuis la France et les professionnels du secteur s’inquiétaient à l’époque que les nouvelles règles en vigueur fassent diminuer de 50 % les voyages scolaires à destination du Royaume-Uni. En plus de la lourdeur administrative, une autre donnée d’importance rentrait en compte, le prix. Les opérateurs estimaient ainsi que le prix d’un voyage en Grande Bretagne allait augmenter de 10 à 20% en raison du Brexit.

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Force est de constater que ces craintes semblent fondées. Selon une enquête de l’ Union Nationale des Organisations de Séjours Linguistiques et de formations en langues (UNOSEL, un label des organisateurs de séjours linguistiques, colonies de vacances et voyages scolaires éducatifs) auprès d’un panel de 602 professeurs ayant été interrogés sur leur intention d’organiser des voyages scolaires pour l’année 2021-2022, le constat est sans appel. Seul un enseignant sur deux prévoit avec certitude d’organiser un voyage, mais le Royaume-Uni n’est plus une destination de choix. Près d’un tiers (31%) des voyages prévus ont pour destination la France, notamment en raison de l’effet Covid, mais le Royaume-Uni n’est même pas sur le podium. En deuxième position on retrouve l’Espagne (17,8%) et l’Italie (16,4%). Le Royaume-Uni est ainsi quatrième avec seulement 12,5% des séjours prévus. « En 2019, 23% des séjours de nos organismes labellisés se déroulaient en Espagne, 16% en Italie. La France ne représentait alors que 12% des séjours », là où le Royaume-Uni claironnait à 32%, précise l’UNOSEL. La République d’Irlande, pays anglophone et membre de l’Union européenne est la destination choisie par 8,2% des enseignants et l’Allemagne par 5,7%. L’enquête de l’UNOSEL montre évidemment que la situation sanitaire pèse sur la décision des professeurs d’organiser ces voyages ainsi que des lieux choisis. La gestion chaotique du Covid par le gouvernement de Boris Johnson a peut-être inquiété certains enseignants qui se reporteront de nouveau vers le Royaume-Uni une fois la pandémie finie, mais rien n’est moins sûr. 

Ce phénomène n’est d’ailleurs pas spécifique à la France. Selon les informations recueillies par le Financial Times, les opérateurs belges et allemands enregistrent le même phénomène. CTS Reisen organise normalement « 1,600 voyages scolaires chaque année à destination du Royaume-Uni ». Cette année, les écoles ont préféré se diriger vers Copenhague ou Amsterdam. La présence de nombreux enfants réfugiés, non-européens (ce qui engendre des coûts supplémentaires), dans les classes allemandes explique selon lui en partie cette décision rapporte le FT.

Reste que sur ce plan, le Brexit est perdant-perdant. Le Royaume-Uni se prive d’environ 100 millions de livres, selon les calculs des professionnels du secteur. Et pour les européens, à commencer par les Français, c’est une occasion manquée de pratiquer la langue anglaise en situation et de découvrir la culture britannique qui disparaît. Lorsque l’on sait que la France est déjà l’un des pays de l’Union européenne où la maitrise de l’anglais est la moins bonne, on ne peut que le déplorer. 

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