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Abandon de NDDL : pourquoi Emmanuel Macron et Edouard Philippe surestiment l'habileté politique de leur décision
©ludovic MARIN / POOL / AFP

Conséquences

Abandon de NDDL : pourquoi Emmanuel Macron et Edouard Philippe surestiment l'habileté politique de leur décision

L'opération de communication est une réussite pour le gouvernement. Mais l'opération Macron-Philippe aura bien des conséquences, tant financières que politiques.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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A première vue l'opération Macron-Philippe montrant, à grand renfort de mise en scène et de dramatisation, qu'à l'inverse de leurs prédécesseurs, ils savaient, eux, prendre des décisions difficiles, est plutôt réussie: d'après un sondage Elabe pour BFM-TV, réalisé dans la foulée de l'annonce de l'abandon de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, 74% des Français ont déclaré approuver ce choix , laissant les élus de l'Ouest,-Gauche et Droite réunis à leur fureur, accuser le Président de la République "de bafouer 179 décisions de justice" en faveur du projet et de "capituler " devant les Zadistes. Au delà de cette approbation globale, 58 % des personnes interrogées estiment que le gouvernement a fait preuve de "courage", alors que 42% disent qu'il a renoncé et cédé aux opposants."Déni de démocratie" clament encore les partisans du projet à l'instar de l'ancien Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. Mais ce dernier était trop respectueux lorsqu'il était à Matignon, pour bousculer les atermoiements de François Hollande. Et Nicolas Sarkozy avait reculé devant la résistance des zadistes, craignant que le sang coule dans une opération d'évacuation. "Il est temps désormais que l’Etat soit clair dans ses choix et ferme dans leur mise en oeuvre", a déclaré Edouard Philippe. Il est attendu.

 Aujourd'hui en première ligne, le Premier Ministre tente de justifier l’abandon du projet "de l'aéroport de la division" par "la gravité des enjeux économiques que le pays traverse", et "la gravité des enjeux de sécurité". Mais l'exécutif est loin d'en avoir fini avec cette affaire, et les conséquences de cet abandon seront multiples : même si l'évacuation de la Zade se passe convenablement, (il est trop tôt pour se livrer à des pronostics), l'addition sera lourde, pas uniquement sur le plan financier :  il y aura également un prix à payer sur le plan politique. Impossible d'avancer une estimation chiffrée ou un pronostic électoral car l’impact de ce coup d'arrêt sera considérable dans l'Ouest de la France, et sans doute au delà.

Les conséquences financières

Sur le plan financier : même si le montant de 350 millions d'euros de dédommagement prévu dans le contrat en cas d'abandon pour la société Vinci peut être réduit à l'issue de négociations, voire de procédures judiciaires, l'Etat devra mettre la main à la poche. Et ceci en dépit des allégations fantaisistes de la France Insoumise dont les porte paroles affirment que l'Etat n'a pas à verser un sou de dédommagement au grand capital...Loin du discours sur la priorité donnée à l'amélioration des transports de proximité, le premier Ministre a promis le renforcement des liaisons ferroviaires entre Nantes, Rennes et les aéroports parisiens. Cette compensation qui nécessitera des aménagements de gares, aura forcément un coût que la SNCF ne sera pas seule à supporter. Car personne ne croit que l'allongement de la piste de l'aéroport de Nantes représente une véritable alternative au projet Notre Dame Dame-des-Landes. "Il n'y a pas de plan B, cette extension ne verra jamais le jour car derrière, il y a des sites Natura 2000 ; donc, ça ne se fera pas " affirme la présidente du groupe LR des Pays de Loire. Au delà des problèmes soulevés par les questions environnementales chaque fois qu'il est question de la réalisation d'un projet, surgit la question plus générale : une politique d'aménagement du Territoire est-elle encore possible en France, quand on voit que tout nouveau projet d'équipement engendre des occupations et la création de Zade ? 

La recentralisation "en marche"

De la politique d'aménagement du territoire à la politique tout court, il n'y a qu'un pas. Cette affaire ravive débat qui oppose les élus locaux à Emmanuel Macron. Il va s'envenimer dans les semaines à venir à cause du projet de révision constitutionnelle annoncée par le Chef de l'Etat. L'opposition de droite et les élus de la "vieille" gauche reprochent au "nouveau" pouvoir, en fait à Emmanuel Macron, de méconnaitre les réalités du monde rural et des territoires en général. Ils accusent l’exécutif de porter des coups à la décentralisation en les privant d'autonomie financière, notamment avec la "suppression" de la taxe d'habitation : "la recentralisation est déjà en marche", déclare régulièrement le président du Sénat, Gérard Larcher. Et si l’on cite le président du Sénat, c'est parce que la représentativité des territoires est au centre de la révision constitutionnelle que peaufine actuellement l'Elysée. Cette révision prévoit la réduction du nombre de parlementaires (députés et sénateurs), ce qui posera la question de la représentation des départements les moins peuplés qui pourraient ne plus avoir d'élu...Cette hypothèse serait inconcevable pour les sénateurs qui sont par essence, les représentants des "territoires". Or, pour passer la barre du Congrès et de la révision constitutionnelle, Emmanuel Macron a besoin de l'appoint de voix d'une partie des sénateurs de droite. Même si nombre d'élus du Palais du Luxembourg ne sont pas hostiles à la politique gouvernementale, ils ne sont pas pour autant prêts à se faire hara kiri. Alors, l'affaire Notre-Dame-des-Landes, sera-t-elle la goutte d'eau qui fait déborder le vase ? Servira-t-elle de prétexte au Sénat pour dire "non" à la révision constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron qui serait contraint de lancer un référendum (opération toujours risquée), pour mener sa réforme à bien ? On est loin de la piste de l'aéroport de Nantes Atlantique, mais tellement dans la globalité de la gouvernance d'un pays. 

 

 

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