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2012 par Atlantico : et s’il n’y avait qu’une chose à en retenir, pour vous, Eric Verhaeghe, ce serait quoi ?
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Heure du bilan

2012 par Atlantico : et s’il n’y avait qu’une chose à en retenir, pour vous, Eric Verhaeghe, ce serait quoi ?

2012 fut l'année du Tweet. De Valérie Trierweiller au Pape en passant par Jean-François Copé, Twitter s’est imposé comme le principal outil de communication dans la vie politique française, celui, franc et parfois offensif, par lequel passe la parole.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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2012 restera probablement dans les annales comme l’année du Tweet. De façon pour ainsi imperceptible, Twitter s’est en effet imposé comme le principal outil de communication dans la vie politique française, celui par lequel passe la parole qui fait foi et qui fait mouche.

 

Passons d’abord sur une campagne électorale où François Hollande a fait la démonstration de sa supériorité en Twitter. Doté d’une impressionnante équipe de riposteurs, celui qui est devenu président a dominé l’occupation du réseau social à gazouillis pendant la campagne. Ainsi, à l’issue du débat du 2 mai, 90 000 internautes ont posté 500 000 tweets dont la majorité était favorable à François Hollande. Ce soir-là, Twitter a confirmé une fonction relativement inattendue, par rapport à son utilité habituelle de diffusion de messages et de liens : le réseau s’est imposé comme un champ d’affrontement du politique où l’occupation du terrain vaut victoire sur l’adversaire.

 

C’est probablement avec le fameux Tweet de Valérie Trierweiller que Twitter a définitivement acquis son rôle de lieu privilégié, légitime, d’expression de la parole politique. En annonçant, contre la doctrine présidentielle officielle, son soutien à l’adversaire de Ségolène Royal, Valérie a créé un incident "diplomatique" tout à fait passionnant et brutalement révélateur du rôle nouveau conféré au réseau social. Tout à coup, un message de moins de 140 caractères baptisé "gazouillis" a pris infiniment plus de valeur que n’importe quel discours prononcé devant la presse écrite. Il a suffi d’un mot malheureux échappé sur un réseau improbable pour que la majorité présidentielle vacille.

 

Il faut remercier chaleureusement Valérie pour le bond en avant qu’elle a offert à la vie politique française. Par sa phrase maintenant légendaire, elle a révélé à l’opinion publique que la politique ne se faisait plus à l’assemblée, ni même dans les partis - mais que la parole qui compte est celle échangée de façon virtuelle sur Internet. D’un seul coup, plusieurs siècles d’éloquence politique (cet art était né en France avec les Etats Généraux de 1789...) ont cédé la place à une nouvelle ère où l’oraison est concentrée en quelques signes écrits divulgués au hasard d’un moment d’égarement.

 

Assez curieusement, c’est la nouvelle opposition politique qui a consolidé cette nouvelle pratique. François Fillon comme Jean-François Copé ont abondamment utilisé Twitter pour encourager leurs militants et leurs soutiens, pour catalyser les énergies. À ce jeu, il faut toutefois rappeler que rien ne vaut l’agilité de Nathalie Kosciusko-Morizet, championne toute catégorie de l’affection twitterienne. Un succès prometteur qui montre comment la présence sur les réseaux sociaux s’affirme de plus en plus comme un enjeu de carrière, même en politique. Même Alain Juppé a assuré son rôle de médiation entre les deux adversaires déchirés par des publications permanentes sur Twitter. Il a ainsi permis une forme de transparence dans la gestion du conflit qui participait d’un esprit démocratique intéressant.

Car il s’agit bien de cela : Twitter apporte deux éléments démocratiques décisifs au débat politique.

 

  • Premier élément : il permet de toucher l’ensemble des citoyens intéressés par le débat démocratique de façon somme toute très égalitaire. Il suffit de s’abonner au fil de l’homme politique concerné pour bénéficier de la diffusion immédiate de ses informations. Cette faculté, offerte par les réseaux sociaux, d’offrir de façon massive la même information aux personnes qui le souhaitent, constitue une très belle conquête démocratique. Dans une certaine mesure, il est même possible de s’interroger sur la compatibilité entre ce processus et la vie des partis politiques. Là où le parti est fondé sur un tri, une sélection de la diffusion dans l’information, intégrant des critères complexes de hiérarchisation et d’affinités, Twitter instaure une véritable ouverture égalitaire qui bouleverse les habitudes et les comportements.

 

  • Second élément démocratique : la capacité dont chaque citoyen inscrit sur Twitter dispose pour interpeller ses élus et ouvrir un débat direct avec lui. Sur ce point, les pratiques sont relativement différentes selon les élus. Mais le plus bel exemple de réussite dans ce domaine est probablement donné par le pape Benoît XVI, qui choisit de reprendre les questions posées par les internautes pour y répondre directement.

 

Qu’on le veuille ou non, cette accessibilité parfaite des décideurs, offerte par les réseaux, bouleverse les équilibres jusqu’ici construit dans la parole politique. Dans le mode de communication traditionnel, la seule possibilité offerte au citoyen de contredire l’élu est donnée par le suffrage. Quand on ne partage pas l’avis du décideur, on le censure à l’élection suivante.

 

Cette terrible loi a justifié bien des torsions de la part des partis politiques. Tous les partis de gouvernement ont en effet instauré des procédures d’investiture aux élections destinées à juguler au maximum le choix laissé aux électeurs le jour du scrutin. Ces logiques visent toutes à minimiser la portée du débat démocratique. Twitter les met à bas.

 

Restent maintenant les handicaps de Twitter.

D’abord, son espèce de permanence, de mouvement incessant, soumet le débat public à une tyrannie de l’immédiateté qui se situe au-dessous des exigences de sérénité propres à la décision publique. De même que la cotation continue à la bourse a vérolé la fonction financière des marchés, le débat continu et quasiment cutané qui sévit sur Twitter ne prête guère au recul nécessaire à une vision à long terme.

 

Surtout, la brièveté des messages encourage les stratégies de Blitzkrieg. Je garde ici en mémoire un article que j’avais écrit sur Jean-Luc Mélenchon, qui m’a valu une avalanche de messages incendiaires sur Twitter. Comme si ce réseau social était un espace de domination par le nombre et la voix. Ce risque-là : celui d’une prise de pouvoir symbolique et d’une intimidation virtuelle ne doit pas être négligé.

 

Au fond, Twitter n’est qu’une étape dans la constitution d’un débat démocratique virtuel, dont l’achèvement sera donné par la construction d’un outil donnant le temps au temps. Un anti-Twitter avec des messages longs, par exemple.

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