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L'euro n'a profité que de manière hétérogène aux douze pays fondateurs.
L'euro n'a profité que de manière hétérogène aux douze pays fondateurs.
©Reuters

Plein aux as (ou pas)

15 ans après, qui en Europe a le plus bénéficié de l’euro (curieusement, pas forcément les pays auxquels vous pensez) ?

Marquée par la crise économique, l'histoire de la zone euro peut se diviser en deux phases : celle entre 1999 et 2007, prospère, et celle qui court à aujourd'hui. Croissance, salaires, chômage... En dépit d'une volonté politique d'homogénéisation des économies, l'euro n'a profité que de manière hétérogène aux douze pays fondateurs.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Depuis sa naissance, la zone euro avait une vocation ; la convergence des économies qui la composent. Après quelques années de succès, voyant la majorité des membres bénéficier d’une croissance soutenue et d’une baisse continue du niveau de chômage, la panne sèche arriva. L’existence de la zone euro se sépare donc en deux phases distinctes, entre les jours heureux compris entre 1999 et 2007, et une période noire, qui dure depuis lors.

Loin d’avoir été homogène, contrairement au plan initial, l’ensemble européen composé aujourd’hui de 19 pays, a été témoin de destins divergents, dont l’Allemagne, par évidence, est désignée comme étant la grande gagnante. Par l’exemple, le plus grand pays de la zone euro devenait une sorte de guide pour les autres membres, faisant de cette réussite la preuve vivante que la zone euro offre un cadre propice au succès. Cette divergence de résultats, entre une Allemagne gagnante et d’autres pays à la traine, n’est rien d’autre que la preuve ultime que ces "autres pays" auraient pu faire aussi bien que l’Allemagne. Mais leur incapacité à faire "les bonnes réformes" les auraient condamnés à l’oblitération économique.

Pourtant, et lorsque l’on prend en compte les pays présents dès le départ de l’aventure, en 1999, soit l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays Bas, l’Irlande, le Luxembourg, la Finlande, le Portugal, la Belgique, l’Autriche, et en y ajoutant le nouveau membre arrivé en 2001, la Grèce, la comparaison peut parfois surprendre.

Dans un premier temps, la croissance. Si les deux super vainqueurs de la zone euro sont le Luxembourg et l’Irlande, deux pays qui ont en partage certaines caractéristiques fiscales, la zone euro se séparent entre un ventre mou d’une croissance comprise entre 20 et 28% sur 15 ans, soit une médiocre performance comprise entre 1.2 et 1.7% de croissance annuelle, et trois pays qui ont subi une stagnation économique quasi-totale, soit le Portugal, l’Italie, et la Grèce.

Croissance réelle totale. Zone euro 1999-2014

Cliquez sur les graphiques pour les agrandir

Dans ce dernier cas, si la Grèce avait pu connaître une spectaculaire accélération de sa croissance sur la première période de la zone euro, la seconde lui a repris l’intégralité de la richesse accumulée.

Croissance réelle. Zone euro 1999-2014

Dans un second temps, le taux de chômage. Et là, le bilan est peu flatteur. Car en dehors de la Finlande et de l’Allemagne, l’ensemble des pays de la zone ont vu leur taux de chômage augmenter entre 1999 et 2014.

Différentiel de Taux de chômage 1999-2014. Euro zone. Eurostat. En points de %

La recherche de la convergence économique a produit des résultats satisfaisants sur la première période, mais la crise de 2008 a fait voler l’unité en éclats. Les cas de la Grèce et de l’Espagne sont ici symptomatiques du mal européen.

Evolution des taux de chômage. Zone euro. 1999-2014. Eurostat

Concernant la progression du salaire annuel moyen, la divergence est toute aussi importante entre les différents pays membres.

Croissance réelle du salaire moyen. En Parité de pouvoir d’achat. Eurozone. Eurostat.

Alors que le salaire moyen a baissé de 4% sur une période de 15 ans au Portugal, il a progressé de 34% en Irlande. Il est également à noter que le salaire annuel moyen allemand ne progresse que de 8.42% en 15 ans, juste derrière la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne, et moitié moins que le salaire moyen français, en parité de pouvoir d’achat.

Concernant le niveau de salaire de 2014, l’Irlande et le Luxembourg trônent à nouveau en tête du classement, en parité de pouvoir d’achat.

Salaire annuel moyen en PPP. 2014 Euro zone. Eurostat

En dernier lieu, les inégalités. Ici le constat est net. C’est l’Allemagne qui a été témoin de la plus spectaculaire progression de son coefficient de Gini au cours des 15 dernières années. 

Différentiel Indice de Gini. Eurostat. Euro zone. 1999-2014

Alors que l’Allemagne figurait parmi les bons élèves du classement des inégalités avant son entrée dans la zone euro, le pays chute dans le classement 2014, juste devant les pays du sud de l’Europe.

Indice de Gini. Eurozone 2014. Eurostat

L’Allemagne est bien la première puissance économique européenne, une place qu’elle a acquise au prix de salaires faibles et d’une forte progression des inégalités. Mais la position favorable de l’Allemagne ne permet pas de masquer l’essentiel, c’est à dire la prise en compte globale de ces acteurs.

Croissance réelle Europe des 12. 1999-2014. Eurostat et tendance connue entre 1999 et 2007 (pointillés noirs)

Entre 1999 et 2007, les douze pays "fondateurs", pris dans leur ensemble, ont connu une croissance réelle moyenne de 2.18%, ce qui a constitué la période forte de la zone euro, entrainant une véritable baisse du chômage, dont le record bas a été atteint en mars 2008, avec 7.2%. Les 7 années suivantes ne peuvent même pas prétendre au qualificatif de "stagnation", puisque le PIB réel de 2014 est encore inférieur à son niveau de 2008. Ce qui a provoqué une forte hausse du chômage pour l’ensemble de la zone, celui-ci atteint encore 10.8% aujourd’hui, c’est-à-dire un niveau plus élevé qu’il ne l’était à la naissance de l’euro, en janvier 1999. (10%)

Taux de chômage Europe des 12. 1999-2015

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