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"Le monde sans fin" de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain : un mix entre pédagogie et polémique pour aborder les questions qui fâchent
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"Le monde sans fin" de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain : un mix entre pédagogie et polémique pour aborder les questions qui fâchent

Janvier, le mois des résolutions ?

Dominique  Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse pour Culture Tops

Dominique Clausse est chroniqueur pour Culture Tops

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THÈME

« Le Monde sans Fin » propose une forme de BD plutôt originale, le Dialogue Graphique. Les 192 pages de cet ouvrage sont rythmées par les questions qu’adresse le dessinateur Christophe Blain à son « scénariste » (le mot n’est pas tout-à-fait le bon) Jean-Marc Jancovici, et par les réponses de ce dernier, et le tout est mis en image par Blain. Le sujet : l’énergie : comment on la produit, comment on la consomme, comment elle influe sur notre mode de vie, mais aussi sur notre environnement. Tout au long de ces pages, Jancovici va nous expliquer, avec beaucoup de pédagogie, comment notre monde est devenu progressivement dépendant de l’énergie qu’il consomme de façon exponentielle.

Il va nous détailler les différentes productions d’énergie, avec un grand principe, un poil provocateur, il n’y a pas de bonnes et de mauvaises sources d’énergie, elles ont toutes leurs défauts et leurs avantages. Puis il terminera sur les perspectives d’évolution de notre monde, de son climat et surtout de ses habitants, en insistant sur nos responsabilités d’êtres humains face aux choix à faire pour réellement vivre dans « un monde sans fin ». Car, il est là l’enjeu quasi philosophique de cet ouvrage : contrairement à ce que nous imaginions les siècles précédents, nous savons maintenant que les sources d’énergie dont nous disposons ne sont pas inépuisables. Serons-nous assez courageux et intelligents pour éviter le scénario d’un film catastrophe, celui d’une fin plus proche que nous l’imaginons ?

POINTS FORTS

Ici, point de scénario, au sens où on l’entend habituellement, le dialogue remplace l’histoire, et on est plus dans une docu-BD que dans un album classique. Mais, la lecture n’est jamais ennuyante, et on a le sentiment de ressortir de cette lecture plus intelligent qu’on y est entré. Jancovici allie Pédagogie et Polémique, pour aborder toutes les questions qui fâchent, en prenant le temps de bien nous les expliquer, et ainsi de mieux nous faire comprendre pourquoi il faut parfois bousculer les idées reçues. Sa grande leçon est de ne pas regarder les choses de façon trop simpliste : remplacer les énergies carbonées, comme le Pétrole ou le Charbon, par les énergies renouvelables, comme l’Eolien ou le Solaire, est tout simplement impossible, et donc il faut élargir notre vision et prendre le problème dans toutes ses composantes. Ainsi, il nous donne une vision très positive de l’énergie nucléaire (ce qui va en fâcher certains), arguant que celle-ci doit trouver sa place dans le mix-énergétique, et il va aussi nous donner des pistes de réflexions qui nous concernent nous, en tant qu’individus. Nous devons faire des nouveaux choix de vie, moins énergivores, mais sans construire autour de ces choix une politique de culpabilisation. En effet, la conclusion de cette BD tient dans notre acceptation positive de ces choix et leur intégration dans un quotidien apaisé.

Les illustrations proposées par Christophe Blain servent le propos, par une modestie graphique qui n’empêche pas son talent de s’exprimer. Grâce à lui, les échanges graphiques entre les deux auteurs gardent une forme de légèreté qui rend la lecture moins aride, même dans les passages plus complexes. Ainsi, il glisse ça et là des petites madeleines en décalage avec le sérieux du propos, comme, par exemple, la présence furtive de Satanas et Diabolo, héros des dessins animés de notre enfance.

QUELQUES RÉSERVES

Et de la complexité, il y en a dans ces pages ! Jancovici et Blain ont voulu mettre beaucoup d’éléments factuels dans cette Bande Dessinée, et parfois, on s’y perd un peu et le fil de la démonstration nous échappe.

Une autre réserve tient dans le fond du discours. Si, comme moi, vous n’êtes pas expert du sujet, vous ne pouvez qu’être conquis par le propos des auteurs, mais il faudrait pouvoir avoir des droits de réponses à certains arguments par d’autres experts pour challenger les théories évoquées. Ce serait amusant de faire un tome 2, sous forme de controverse.

ENCORE UN MOT...

ET SI ON DEMARRAIT 2022 AVEC DE BONNES RESOLUTIONS ?

J’ai choisi comme image pour illustrer cette chronique un des dernières pages du récit, car elle évoque pour moi sa force et ce qu’il faut en retenir. Chacun d’entre nous peut faire partie de la solution au défi énergétique et climatique de la Planète, pas en tant qu’individu isolé, mais en tant que maillon d’une chaîne solidaire et intelligente. On voit bien toutes les limites et les difficultés de cette proposition. Les auteurs ne les évitent pas : nos vies sont égoïstes, nos richesses sont mal réparties, nos cultures, nos religions, sont différentes, mais ce n’est qu’en relevant les défis générés par ces obstacles que nous permettrons à nos enfants, ou plutôt à nos arrière-petits-enfants, de vivre dans un Monde réellement sans Fin. Ce n’est pas gagné, mais ça vaut le coup d’essayer.

Donc si cette BD peut toucher beaucoup de lecteurs et que chacun puisse, en la refermant, prendre ses petites résolutions, ce ne sera déjà pas si mal ! Un peu moins de voiture pour les petits trajets, un peu moins de tourisme aérien, ou un peu moins de viande dans son assiette sont quelques pistes pour ces petits efforts.

UNE ILLUSTRATION

L'AUTEUR

(d’après le site Dargaud)

Christophe Blain est né en 1970. Trois semaines en fac de droit, deux années en école de graphisme et une courte immersion dans l'art contemporain aux Beaux-Arts de Cherbourg n'auront heureusement pas raison de sa vocation : le dessin, en général, et la bande dessinée en particulier. La fréquentation de l'atelier des Vosges, où il côtoie la nouvelle génération d'auteurs des années 1990 (Sfar, Bravo, Trondheim, David B., Satrapi, etc.), le décide enfin à se consacrer au neuvième art, dans lequel il fait une entrée remarquée en 1997 avec "La Révolte d'Hop-Frog" (Dargaud, scénario de David B.) avant d'obtenir la reconnaissance publique et critique avec les séries "Isaac le Pirate", "Socrate le demi-chien" et "Gus" (Dargaud). En 2010 sort le premier volet du diptyque "Quai d'Orsay, chroniques diplomatiques" (Dargaud) avec Abel Lanzac, coscénariste, qui lui confie ses expériences au ministère français des Affaires étrangères lors de l'ère Villepin ; il les retranscrit avec humour et clairvoyance dans cette oeuvre originale. "Quai d'Orsay" devient un véritable best-seller (plus de 500 000 exemplaires vendus !) et est adapté au cinéma en 2013 par Bertrand Tavernier.  Il a reçu à deux reprises le prix du meilleur album du festival d'Angoulême, pour le premier tome d'"Isaac le pirate" (en 2002) et pour le tome 2 de "Quai d'Orsay" (en 2013), ce qui fait de lui l'un des rares auteurs à avoir obtenu deux fois cette distinction. En 2019 paraît le premier volet des d'une aventure du "lieutenant Blueberry" (Dargaud) avec Joann Sfar (chroniqué sur ce site).

Jean-Marc Jancovici est associé co-fondateur de Carbone 4, une société de conseil et de données spécialisée dans les questions liées au changement climatique, et président du think tank The Shift Project. Il est également enseignant à Mines ParisTech, membre du Haut conseil pour le climat, et conférencier. Il est l'auteur ou le co-auteur de plusieurs livres dont "L'Avenir climatique, quel temps ferons-nous ?" (Points), "Dormez tranquille jusqu'en 2100" (Odile Jacob) ou "C'est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde" (Seuil). Il est diplômé de l'École Polytechnique et de l'école Nationale supérieure des télécommunications. Jean-Marc Jancovici est considéré comme le spécialiste incontournable en matière d'énergie et de climat. "Le Monde sans fin" (Dargaud) est sa première bande dessinée réalisée avec un grand nom du 9e art, Christophe Blain.

Culture Tops

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