"L'aigle égyptien, Nasser", de Gilbert Sinoué : une bio intéressante mais insuffisante dans l'analyse de la part d'ombre de ce mythique dirigeant | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"L'aigle égyptien, Nasser", de Gilbert Sinoué, éditions Tallandier.
"L'aigle égyptien, Nasser", de Gilbert Sinoué, éditions Tallandier.
©Fondation Louis Vuitton

Le livre du jour

"L'aigle égyptien, Nasser", de Gilbert Sinoué : une bio intéressante mais insuffisante dans l'analyse de la part d'ombre de ce mythique dirigeant

Une mise en lumière des multiples visages du maître de l'Egypte (de 1956 à 1970), de ses incontestables qualités (discernement, patience, diplomatie et surtout intégrité) et de sa part d'ombre (mesures dictatoriales, emprisonnements, police secrète).

Hélène Renard pour Culture-Tops

Hélène Renard pour Culture-Tops

Hélène Renard est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
Voir la bio »

L'auteur

Né en 1947 au Caire où il reste jusqu'à ses 18 ans, Gilbert Snoué arrive en France en 1968 et se consacre bientôt à l'écriture. Il conjugue les talents : romancier, biographe, dialoguiste et scénariste, conteur, musicien (guitare) et parolier... C'est principalement le Moyen-Orient (mais pas seulement), ses sagesses et ses religions, ses drames et ses mystères, qui lui fournit ses thèmes d'inspiration (Avicenne, le Livre de Saphir, Erevan, etc.) dont bien sûr l'Egypte (L'Egyptienne, La fille du Nil, Le dernier pharaon, etc...). Son premier ouvrage sur le pape Calixte 1er (publié en 1987) a été couronné du Prix du meilleur roman historique. Depuis, plusieurs autres ont été apprécié d'un large public et ont connu le succès (traductions et adaptations télévisuelles).

Thème

Les multiples visages du maître de l'Egypte (de 1956 à 1970), ses incontestables qualités (discernement, patience, diplomatie et surtout intégrité) et sa part d'ombre (mesures dictatoriales, emprisonnements, police secrète). Ce grand leader, resté vivant dans la mémoire des Egyptiens d'aujourd'hui, fut un patriote qui, ayant trouvé une Egypte en lambeaux, a su rendre la fierté à son peuple en le débarrassant de la mainmise britannique; ce fut un visionnaire qui a toujours tenu les Frères musulmans à l'écart, convaincu qu'un pays moderne ne peut s'appuyer sur le Coran; un chef d'Etat soucieux de l'éducation, de la distribution des terres; et un politique contraint de choisir le camp russe faute d'être entendu par l'américain... Mais ce fut aussi un homme qui, après l'échec de la République Arabe Unie (avec la Syrie), a dérapé vers la dictature, fait décapiter la bourgeoisie égyptienne, privant ainsi son pays du dynamisme économique; et a installé une terrible police secrète et des camps d'internement...

Points forts

- La documentation nécessaire à toute biographie est ici distillée agréablement, le style étant plus romanesque qu'universitaire. Le lecteur suit les événements historiques et le récit chronologique sans difficulté.

- De nombreux points de l'histoire du pays sont éclairés : l'enfance et le parcours militaire du jeune officier Nasser (et celle de son ami Sadate). L'inconsistance du roi Farouk. La révolte des étudiants contre les Britanniques (déjà place Tahrir... en 1935). Les séquelles de la Seconde guerre mondiale. La déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël et bientôt la guerre en Palestine (en 48). La naissance et le rapide développement de la confrérie Les Frères musulmans (leur guide Hassan al-Banna est né en 1906). L'organisation des Officiers libres qui aboutira au coup d'Etat, à la nationalisation de Suez (juillet 56) et à la prise du pouvoir. La fureur des Français (à l'époque, Christian Pineau est aux Affaires étrangères). Et au final, stupeur, l'incapacité de l'armée et deux guerres désastreuses, l'une au Soudan, l'autre pendant les Six jours.

- Cette biographie, sans adopter un ton hagiographique, génère néanmoins une admiration pour cet homme d'exception. Elle nous le rend plus proche, presque sympathique. On le découvre amateur de livres, respectueux envers son épouse et ses filles, fidèle en amitié, sincère dans son rêve d'une société plus juste. On comprend mieux beaucoup d'aspects essentiels : son état d'esprit vis à vis de l'Occident, la fascination qu'il exerce sur le monde arabe.

- La situation actuelle au Moyen Orient, si complexe, peut ainsi être mieux appréhendée en étudiant le passé récent de l'Egypte, car rien ne nait du jour au lendemain... Points faibles - La montée en puissance de Nasser, de sa naissance, en 1918, aux années 60, est largement plus détaillée que les dix dernières années.

- D'où l'absence d'explication de la dictature. Les aspects sombres du personnage ne sont, certes, pas évincés, mais ne sont évoqués que sur quelques pages du chapitre 18 (sur un total de 21). A partir de 1961, une répression terrible se répand pourtant à l'égard des ennemis potentiels du régime : arrestations arbitraires, confiscations des biens, éliminations des nantis et des partis politiques, etc. L'auteur le mentionne mais se contente d'une simple phrase en guise d'explication : "une crise de paranoïa aiguë". On aimerait mieux comprendre, par une analyse plus en profondeur, pour quelles raisons cette dictature s'installe ou pourquoi Nasser la laisse s'imposer sans réagir. A-t-il été abusé par son entourage ? Est-il devenu faible parce que malade ? A-t-il voulu s'aligner sur d'autres despotes (en Russie, à Cuba) ? Comment expliquer que cet homme intelligent, prudent, ait laissé la dictature détruire son pays... et sa propre image ? Des questions qui auraient mérité des réponses plus fournies.

En deux mots ...

Comme beaucoup de Français, j'aime l'Egypte, si magnifique, et ses habitants, si accueillants. J'ai donc été passionnée par ce portait, ombre et lumière, d'un des plus fascinants Egyptiens du XX° siècle. Une phrase Court extrait du prologue : "28 septembre 1970. Aéroport du Caire. 11 h 30. L'été s'est retiré mais la chaleur demeure. Suffocante. Métallique. Le regard éteint, Gamal Abdel Nasser observe l'émir du Koweït qui gravit la passerelle... Il se sent las. Si las... "Rapprochez la voiture... et appelez le docteur Habib"... A 18 h 15, ses yeux se sont fermés, son bras est retombé mollement contre son flanc... Le raïs est mort. La grande chambre est fraîche. Les volets sont clos. Il n'y a plus qu'une épouse en deuil. Et une Egypte orpheline."

Recommandation

BonBon

Tweet Culture-Tops

Une bio intéressante mais insuffisante dans l'analyse de la part d'ombre de Nasser.

Informations

"L'aigle égyptien, Nasser", de Gilbert Sinoué, éditions Tallandier.

POUR DECOUVRIR CULTURE-TOPS, CLIQUEZ ICI : des dizaines et des dizaines de critiques sur chaque secteur de l'actualité culturelle

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !