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"Esthètes japonais" de Minh Tran Huy, Nicolas Gaudemet, René de Ceccatty, Philippe Forest et Marie Céhère est publié aux éditions Plon.
"Esthètes japonais" de Minh Tran Huy, Nicolas Gaudemet, René de Ceccatty, Philippe Forest et Marie Céhère est publié aux éditions Plon.
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"Esthètes japonais" : Dans l'intimité des inspirations littéraires

"Esthètes japonais" de Minh Tran Huy, Nicolas Gaudemet, René de Ceccatty, Philippe Forest et Marie Céhère a été publié aux éditions Plon.

Le Comité Editorial de Culture-Tops

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Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.). Le Comité Editorial en charge de ces chroniques spécifiques est composé d'Hélène Renard, Marie de Benoist, Anne Jouffroy, Charles Edouard Aubry, Jean Ruhlmann, Rodolphe de Saint Hilaire, Bertrand Devevey. 
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"Esthètes japonais"

De Minh Tran Huy, Nicolas Gaudemet, René de Ceccatty, Philippe Forest et Marie Céhère
Plon, Collection Fidelio Nov 2021
104 pages
13 €
Recommandation : BON 

THÈME

Le concept de cet ouvrage est très simple : cinq auteurs contemporains expriment, chacun en une courte nouvelle, leur lien avec des écrivains japonais "modernes" dont la quête du beau et du sens de la vie sont un trait d'union.

Ainsi Minh Tran Huy raconte Haruki Murakami, Nicolas Gaudemet, Yukio Mishima, René de Ceccatty, Kenzaburô Ôé (prix Nobel de littérature),  Philippe Forest, Yuko Tsushima et Marie Céhère, Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature).

Admiration, révélation, collaboration, souffrances, chemins de résilience, chaque auteur parcourt leurs œuvres avec un regard complice tout en mettant parfois à nu ses liens ressentis, révélés ou vécus.

POINTS FORTS

Le pont fait entre les auteurs et leurs inspirations respectives est d'autant plus intéressant qu'il est exploré du point de vue des 5 écrivains nouvellistes. Chaque point de vue est différent, même si les sensibilités se rejoignent sur les parallélismes ressentis dans les parcours de vie, l'exorcisme de la souffrance, la perception de l'identité japonaise.

D'une écriture également différente, élégante et vive, ces petites nouvelles vous "happent" rapidement et se lisent facilement. L'insertion de citations aide à comprendre le point de vue exprimé autant qu'elle donne à découvrir l'écriture et la poésie des auteurs présentés.

Enfin, ces petites nouvelles témoignent, pour la plupart d'entre elles, de la complexité de la traduction d'un texte qui vise non pas à transposer des mots, mais à exprimer la sensibilité et la culture de l'auteur avec la plus grande justesse possible. Un travail qui ne peut se faire sans complicité objective entre traducteur et auteur.

QUELQUES RÉSERVES

Sans doute ces cinq petites nouvelles parleront davantage à des lecteurs familiers de ces grands auteurs japonais. Cependant, le fil de chaque nouvelle donne un aperçu des œuvres citées, ce qui éclaire agréablement le propos.

On regrette alors une petite synthèse sur ces “esthètes”, qui nous dispenserait d’accompagner cette lecture d’un détour par la prothèse numérique, wikipédia ou autre !

ENCORE UN MOT...

Esthètes Japonais est un petit recueil qui est moins élitiste ou confidentiel qu'il n'y paraît. La qualité des auteurs associée à sa construction en miroirs offre l'opportunité d'une double découverte : celle de circuler aux sources des inspirations d'écrivains contemporains et celle de découvrir - survoler peut être - l'œuvre de grands auteurs japonais. Ce regard parfois intime et naturellement subjectif  est aussi l'occasion de découvrir leur vie et une partie de leurs créations traduites en anglais ou en français. 

Poètes, écrivains ou chanteurs, racontés au filtre de la sensibilité d'auteurs français contemporains, voilà le charme que semble révéler cette nouvelle série "Fidelio" des Editions Plon.

UNE PHRASE

- "Six mois se sont écoulés. Le temps qu'il m'a fallu pour me soigner de Confession d'un masque. Je suis entré en mathématiques supérieures. J'explore Le Pavillon d'or, qui confirme l'éclat du style et ne corrode pas, lui, mon équilibre psychologique. Je me sens sécurisé et poursuis avec La mort en été, bien que je goûte moins les nouvelles. Chez Gibert ou à la Fnac de Tours, j'achète Une soif d'amour, Après le banquet, Le marin rejeté à la mer : histoires vénéneuses chantées dans une voix somptueuse. 

Me rendais-je compte que mes choix dessinaient comme une danse autour du feu, évitant un roman au parfum toxique, qui affiche un homme nu, accroupi, tête dans les genoux : Les Amours interdites ? " (P. 34, Nicolas Gaudemet raconte Yukio Mishima.)

- "Car je ne peux être plus différente et plus proche d'un auteur comme je le suis de Kawabata. Mes jours et mes nuits avec lui ressemblent bien à la contemplation hallucinée de ma figure dans un miroir brisé agité par un vent violent. Il me connaît sans avoir pu rien savoir des jeunes femmes du XXIème siècle, de l'autre côté de l'hémisphère. Comme lui, j'ai connu la maladie, ce royaume secret dont on revient méconnaissable pour soi-même. Comme lui, j'ai vécu avec la mort comme voisine de chambre. Comme lui, j'ai inversé la lumière et l'ombre […] et fait trop de cauchemars pour ne pas craindre l'obscurité, ce repaire de terreurs que nous enfantons tous seuls. " ( P. 96, Marie Céhère raconte Yasunari Kawabata).

L'AUTEUR

Minh Tran Huy est romancière. Française d'origine vietnamienne, elle a publié 7 romans et a reçu de nombreux prix. Nicolas Gaudemet a chroniqué pour Culture-Tops le roman Les inconsolés de Minh Tran Huy https://www.culture-tops.fr/critique-evenement/romans/les-inconsoles
Elle raconte Haruki Murakami. Écrivain, journaliste et traducteur, c'est l'un des auteurs japonais les plus lus au monde. Étrangeté, fantastique et science-fiction sont des singularités de ses inspirations, par ailleurs nombreuses. Son œuvre est très importante et maintes fois récompensée.
Culture Tops a publié trois chroniques sur ses œuvres :
Le chant du vent
Des hommes sans femmes
Le meurtre du commandeur

Nicolas Gaudemet est à la fois un homme engagé dans la vie culturelle (par des responsabilités managériales chez Orange, à la Fnac, aujourd'hui chez Plon et un poste de directeur de Cabinet du Secrétaire d'Etat au Numérique) et un écrivain. Son premier roman La Fin des idoles, prix Jules Renard 2019 du premier roman, a été chroniqué sur Culture-Tops.. Il est aussi chroniqueur pour Culture-Tops.
Il raconte Yukio Mishima. Partagé entre culture occidentale et culture Japonaise, entre tradition et modernité, il a écrit (notamment) une quarantaine de romans, dont Confession d'un masque (1949) qui a fait de lui un des écrivains japonais les plus connus en Europe.
Nicolas Gaudemet a chroniqué un inédit de Mishima, Vie à Vendre, et une des deux biographies de référence sur l'auteur, écrite par John Nathan qui fut aussi un de ses traducteurs.

René de Ceccatty est écrivain, de romans, d'essais et d'adaptations pour le théâtre. Directeur littéraire, il est aussi traducteur du Japonais et de l'Italien. Il a reçu de nombreux prix pour ses romans et traductions. 
Il raconte Kenzaburô Ôé, initialement spécialiste de la littérature française, et dont l'œuvre, influencée par la culture occidentale, est marquée par le handicap de son fils, à laquelle il veut donner une voix. Son attachement à son pays cohabite avec un nihilisme comme forme de rejet des évolutions du monde moderne. Prix Nobel de littérature en 1994, il a utilisé sa notoriété pour dénoncer le militarisme, la puissance et l'énergie nucléaire.

Philippe Forest est professeur de littérature et écrivain. Corédacteur de La Nouvelle Revue française des éditions Gallimard, son œuvre est marquée par la disparition de sa fille, qu'il évoque dans L'Enfant éternel, Prix Femina du premier roman en 1997. Il a écrit 9 romans et de nombreux essais sur la littérature, dont un sur Kenzaburô Ôé.
Il raconte Yuko Tsushima. Écrivaine japonaise, elle reste marquée par la mort de sa mère et de son jeune frère. Dans Vous, rêves nombreux, toi, la lumière (1991), qui est considérée comme son œuvre majeure, elle évoque la souffrance de cette perte et donne une couleur autobiographique à son travail d'écrivain. Une quinzaine de ses œuvres ont été traduites en français. 

Marie Céhère est critique littéraire et écrivain. Elle participe à la rédaction de revues et sites d'information et a écrit trois récits, dont un sur Brigitte Bardot.
Son roman Les petits poissons a fait l'objet d'une chronique sur Culture-Tops : https://www.culture-tops.fr/critique-evenement/romans/les-petits-poissons
Elle raconte Yasunari Kawabata. Premier écrivain Japonais à recevoir cette consécration, il est élu Prix Nobel de littérature en 1991 ; on le décrit comme un écrivain majeur du XXème siècle. Auteur de critiques littéraires, puis de nouvelles et de romans, ses récits courts sont une des marques de son identité littéraire, comme son attachement à décrire les sentiments humains. Publiés entre 1916 et 1964, Les récits de la paume de la main (comme allusion à la brièveté de ces textes) sont parmi les plus connus.
Vous trouverez sur le site les chroniques sur deux de ses livres : 
Premières neiges sur le Mont Fuji
Ecoute le vent

La série « Fidelio » a été créée par Dominique GuiouetNicolas Gaudemet, qui en assurent conjointement la direction.

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