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Le gazon n'est pas celui que vous croyez
Le gazon n'est pas celui que vous croyez
©Reuters

Salauds de jardiniers !

Votre pelouse, pire qu'un vol transatlantique pour le climat ?

Si la sensibilité au dérèglement climatique rime souvent avec respect de la nature, l'inverse n'est pas forcément vrai : selon des chercheurs américains, les fertilisants azotés utilisés pour verdir les pelouses occupent une part majeur de l'émission globale des gaz à effet de serre aux Etats-Unis.

Frédéric Decker

Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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Atlantico : Récemment, une équipe de chercheur de l'Appalachian State University a cherché à savoir quel pouvait être le coût en termes d'émissions de gaz à effet de serre lié aux travaux de jardinage. Quels sont les travaux qui sont les plus mis en cause ?

Frédéric Decker : Quoi que l'on fasse, c'est un fait, nous polluons, y compris en jardinant ! L'entretien de nos pelouses, acte qui peut paraître très anodin, n'est pas très écolo. Entre la tonte et donc des émissions de gaz à effet de serre, surtout si l'on tond avec une tondeuse à essence, et l'entretien basique, chacun d'entre nous contribue à réchauffer notre atmosphère. Mais c'est surtout l'utilisation d'engrais qui n'arrange pas les choses : à base d'azote, ils se dégradent ensuite dans le sol pour évoluer en acides nitreux ou protoxyde d'azote.

Le sol et les océans sont les principales sources naturelles de ce gaz mais il est également produit par la combustion de matières organiques et de combustibles fossiles, l’industrie... Sa production dans les sols est fortement augmentée par la fertilisation azotée. En France, l’agriculture contribuerait à hauteur de 76 % aux émissions de N2O provenant essentiellement de la transformation des produits azotés (engrais, fumier, lisier, résidus de récolte) répandus sur les terres agricoles.

Les chercheurs mettent notamment en évidence certains produits comme les fertilisants pour gazon à base de protoxyde d'azote. en quoi cette substance est-elle particulièrement mauvaise dans son action sur le dérèglement climatique ?

On accuse souvent de CO2 (dioxyde de carbone) d'être la principale voire l'unique source du réchauffement climatique. Ce n'est pas le cas ! De nombreux gaz à effet de serre, naturels ou non, existent, tels que le CH4 (méthane) ou encore le N2O (protoxyde d'azote) et même le H2O (vapeur d'eau !).

Dans le cas du protoxyde d'azote, sa production mondiale semble augmenter constamment d'année en année. D'autre part, son pouvoir réchauffant par rapport à 1kg de CO2 est estimé à 296, contre 23 pour le méthane ! Et sa durée de vie dans l'atmosphère est estimée à 114 ans (contre 12 ans pour le méthane). Sa  concentration actuelle est de 0,327 ppm, contre 1,8 ppm pour le méthane et 396 ppm pour le dioxyde de carbone. Avant l'air industrielle, sa concentration était probablement de 0,270 ppm, soit une augmentation de 21%.

En s'ajoutant aux autres gaz à effet de serre, le NO2 ne fait qu'aggraver la situation de notre atmosphère dans ce contexte de réchauffement climatique.

Existe-t-il des alternatives pour les jardiniers ? 

Il n'y a pas de solution miracle, mais des petits gestes, simples, à adopter. Tout d'abord, indépendamment du NO2, utiliser de préférence une tondeuse électrique, beaucoup moins polluante...

Pour limiter voir éviter l'utilisation d'engrais, il suffit de ne pas ramasser l'herbe coupée, en tous cas pas entièrement : en la laissant au sol, et en prenant garde de l'étendre équitablement à toute votre pelouse à l'aide d'un râteau, l'herbe coupée lui permettra de s'auto-entretenir ! Un engrais on-ne-peut-plus naturel et bio... et très économique ! Enfin, même en cas de sécheresse estivale, évitez d'arroser votre pelouse : les prochaines pluies d'automne leur redonneront leur verdure et réduiront votre facture d'eau !

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