Une idée simple pour réformer l'école (en contournant la bureaucratie de l’Éducation nationale) | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
L'école française ne fonctionne pas.
L'école française ne fonctionne pas.
©Reuters

Le Nettoyeur

Une idée simple pour réformer l'école (en contournant la bureaucratie de l’Éducation nationale)

Les quatre pendants de cette proposition seraient de donner à des établissements volontaires une autonomie complète, de changer leur mode de financement, de baser l'admission des enfants sur une loterie et d'évaluer les résultats.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

Voir la bio »

L'école ne fonctionne pas. C'est ce que chacun sait, et dont personne ne veut parler.

Et chacun sait également qu'il est politiquement impossible de réformer l'Education nationale.

Alors, que faire ?

Voici une idée. Cette idée contournerait la bureaucratie de l'Education nationale en ne concernant que quelques établissements publics, sur la base du volontariat des professeurs et des parents.

L'idée serait la suivante.

Premièrement, donner aux établissements volontaires une autonomie complète. Autonomie budgétaire, autonomie de statut, autonomie de recrutement, autonomie de programmes...

Deuxièmement, changer leur mode de financement : le financement est attaché au cartable. Chaque année l'établissement reçoit une dotation budgétaire sur la base suivante : le montant moyen dépensé par l'Education nationale par élève dans chaque catégorie (maternelle, primaire, collège, lyéce), multiplié par le nombre d'élèves dans l'établissement. Plus un bonus pour les enfants dont les parents ont des revenus faibles et un malus pour les enfants dont les parents ont des revenus élevés, plus un gros bonus pour les enfants handicapés.

Troisièmement, l'admission des enfants sur la base d'une loterie. Pourquoi une loterie ? Parce que c'est ce qui permet l'évaluation. En science sociales, il existe le problème qu'on appelle le problème des variables omises. Si je change la politique de mon établissement et que mes résultats s'améliorent, qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire que mon changement de politique a provoqué de meilleurs résultats ? Pas forcément. Ca peut aussi vouloir dire que, par exemple, les enfants dans la zone d'où viennent mes élèves ont changé de profil socio-économique, et c'est ce profil qui est la cause d'un meilleur résultat. C'est cet effet, le biais des variables omises, qui provoque tant d'études sociologiques avec des résultats contradictoires, et qui crée la difficulté d'établir un lien entre corrélation et causation. Le seul moyen de contre-carrer ce biais, c'est d'employer la même méthode que la médecine emploie pour tester un médicament: au lieu de donner un médicament à un groupe, on prend un groupe, on le divise au hasard en deux, et on donne à une moitié le médicament, et à l'autre moitié un placebo. La division au hasard fait que les causes autres que le médicament qui pourraient influer sur la santé du groupe s'annulent les unes les autres; et comme il y a ce groupe de contrôle qui a reçu le placebo, on peut savoir avec un bien plus grande certitude que les résultats sur le groupe est dû au médicament et non à d'autres causes.

L'attribution des places à l'école par loterie a le même effet : on crée un groupe témoin d'élèves, qui permet d'évaluer la performance de l'établissement avec beaucoup plus de valeur probante que les évaluations de l'éducation qui sont faites à l'heure actuelle et qui, scientifiquement, ne peuvent rien prouver. L'attribution des places par loterie réduit également l'envie que pourrait avoir l'école de choisir les meilleurs élèves, et uniquement ceux-là, pour booster ses résultats.

Ca veut dire, donc, que le quatrième pendant de ma proposition est qu'il faut une évaluation des résultats. Cette évaluation doit se faire sur des critères les plus larges possibles. Si le seul critère est, par exemple, les résultats en maths, on pourra avoir une école qui fait faire des maths 30 heures par semaine et punit les mauvais à coups de fouet. Les élèves auront très certainement de très bons résultats en maths, mais c'est un modèle que, pour des raisons morales, nous ne voudrions pas perpétuer (en tous les cas j'espère).

Il faut, évidemment, des contrôles sur des critères académiques (maths, français, et ainsi de suite), mais également des contrôles sur des critères psychologiques plus larges : confiance en soi, épanouissement, et ainsi de suite. Il existe des tests psychologiques standardisés qui peuvent donner des résultats, forcément inexacts, oui, mais utiles, sur ces sujets.

L'intérêt de cette réforme est la suivante : elle permet à la fois l'expérimentation et la preuve du concept. Ce qui tue l'éducation nationale française est que tout le monde fait tout pareil. Il faut tenter des meilleures approches, et puisque personne n'a la science infuse, il faut tenter plusieurs choses et évaluer.

De plus, étant donné les énormes résistances au changement dans l'Education nationale et la société française en général, si on veut étendre des modèles qui fonctionnent, il faut une évaluation aussi scientifique et rigoureuse que possible, qui soit la plus probante possible, pour pouvoir dire : "Vous voyez? Ca marche."

Il existe certainement une ou deux douzaines d'établissements en France qui seraient prêts à se lancer dans ces expériences. Et si plusieurs fonctionnent, d'autres établissements rejoindront le mouvement. Et vite, nous aurons une boule de neige, et, au bout de nos efforts, une école dont nous pourrons être fiers.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !